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DES FRUITS

Nous avons maintenant à examiner les fruits et à constater qu'ils ont la même origine et sont soumis aux mêmes lois. Nous parlons surtout ici des réceptacles que la nature a formés pour renfermer les graines, ou plutôt, pour protéger ou développer un plus ou moins grand nombre de semences fécondes. Nous prouverons en peu de mots que la structure du fruit peut s'expliquer comme la nature et l'organisation des parties dont il a été parlé précédemment.

1. Dans quelquesApocynées et quelques Renonculacées le style trahit son ori-ginefoliacée par la présence de deux bandes parenchymateuses qui en occupent les côtés. • La métamorphose descendante va encore nous aider à compren-dre ces lois de la nature; dans les œillets, par exemple, fleurs si con-nues et si recherchées à cause de leu rs dégénérescences, on remarque souvent que les capsules séminales se transforment en folioles du calice, tandis que les styles diminuent de longueur dans une certaine proportion on trouve même des œillets chez lesquels l'ovaire se transforme entièrement en un calice; les divisions de ce calice por-tent encore à leur sommet des traces de style et de stigmate. A l'in-térieur, une nouvelle corolle plus ou moins complète se développe à la place que les semences occupaient'.

Ailleurs, la nature nous indique clairement, par des formations régulières et constantes, la fécondité dont les feuilles sont capables. Ainsi, une feuille de Tilleul modifiée et cependant très-reconnais-sable, porte sur sa nervure moyenne un pédoncule où s'attachent les fleurs et le fruit. Dans une espèce de Ruscus, la manière dont la fleur et le fruit sont attachés à la feuille est encore plus remarquable s. La fécondité des feuilles caulinaires est plus grande encore et presque incroyable dans les Fougères ces végétaux, par une force in-térieure, et peut-être sans le concours des deux sexes, développent et répandent un nombre considérable de semences ou germes; ainsi, une feuille le dispute en fécondité avec une plante parfaite, avec l'ar-bre le plus développé3. 3.

1. Dans le Sempervivum le Papaver orientale, l'Erica tetralix, les étamines se métamorphosent souvent en carpelles. Cette monstruosité est fréquente dans la Joubarbe des toits M. Brogniard l'a étudiée avec soin sur des pieds de Chei-ranthus cheri et de Polemonium cseruleum. (Cons. Bulletin de la Société bot. de France, t. VIII, 1861, p. 454.) Dans te Mérisier double, dans l'Ancolie, on peut suivre également avec la plus grande netteté la transformation des feuilles caulinaires en carpelles.

2. Les exemples de Goethe sont mal choisis. Dans le Tilleul, le pédoncule floral ne naît pas de la feuille mais il est soudé avec elle. Dans le Ruscus acu-leatus cette prétendue feuille est un véritable rameau avec lequel le pédoncule floral se soude intimement dans une certaine étendue. L'auteur eût mieux fait de citer, comme exemples de la fécondité des feuilles, les feuilles d'Euconis regia, de Rochea falcata, etc., sur la surface desquelles on peut aisément faire naître des bourgeons adventifs.

3. L'étude de la fructification des fougères démontre clairement la réalité de la métamorphose des nervures en pédoncules. Ainsi dans les Osmondes et les Ophioglosses, les sporanges sont disposées en |ianicules ou en épis sur des ner-vures de feuilles dont le limbe s'est contracté et déformé en perdant son paren-- En présence de cette observation, et malgré la diversité des fruits au point de vue de leurformation, de leur composition, de leur adhé-rence, nous ne pouvons en méconnaître la nature foliacée. Le folli-cule, par exemple, n'est qu'une feuille simple, repliée sur elle-même, soudée sur ses bords les siliques sont formées par des feuilles appli-quées l'une sur l'autre; les capsules sont composées de plusieurs feuilles réunies autour d'un point central, dont les faces intérieures sont adossées l'une à l'autre et dont les bords sont soudés. Nous pou-vons nous convaincre de cette constitution lorsque les capsules se séparent à la maturité et que chacune des parties composantes se montre sous l'aspect d'une feuille repliée. De semblables phénomènes ont lieu avec régularité dans les différentes espèces d'un même genre; par exemple, les capsules de la Nigelle orientale sont formées de follicules à demi soudés entre eux et groupés autour d'un axe, tandis qu'ils sont complétement soudés dans la Nigelle de Damas i La nature nous cache souvent l'analogie du fruit et de la feuille lorsqu'elle produit des fruits succulents et charnus, durs ou ligneux. Mais elle ne surprendra pas notre attention si nous voulons la suivre dans toutes les phases de ses transformations. Il nous suffit ici de présenter la notion générale, et d'indiquer par quelques exemples la constance de la nature. La grande variété des fruits pourrait prê-ter à de plus nombreuses considérations.

L'affinité des fruits avec les autres verticilles de la fleur se révèle aussi par le stigmate qui, souvent, est intimement uni à l'ovaire. Nous avons déjà indiqué l'analogie du stigmate et de la feuille, nous pouvons la confirmer de nouveau par l'exemple du Pavot à fleurs doubles; dans ce cas, les stigmates qui surmontent la capsule se transforment en pétales colorés délicats, semblables à de petites feuilles 1.

chyme. Dans les Aneimia les graines sont placées sur des feuilles réduites aux nervures et à un long pétiole transformé en pédoncule commun. 1. La nature foliacée du fruit est également très-évidente dans les carpelles du Co~MfM orborMMtt:, du ~tercMft'a p~ant/c~o, des~t/pffMum, etc. Colutea arborescens, du Sterculia platanifolia, des fait singulier etc. Pavot 2. Le professeur Goeppert de Breslau a signalé le fait singulier d'un Pavot officinal dont les étamines, pendant deux générations, se sont transformées en carpelles, lorsque les graines étaient semées dans un terrain très-fertile. (Voir Flore des serres, t. VI, p 244.)

Le fruit nous offre l'exemple du plus haut degré d'expansion auquel puissent atteindre les plantes pendant la série de leurs évolutions; son volume, son développement intérieur sont souvent considérables. Il parait qu'après la fécondation, la semence déjà for-mée non-seulement profite pour son développement de la sève des autres parties de la plante, mais détermine un afflux vers le fruit; les vaisseaux du fruit sont alors développés, dilatés et acquièrent leur plus haut degré d'expansion. Les gaz jouent aussi dans ces modifica-tions un rôle important; on peut le conclure de ce qui a été dit plus haut, et de la présence de l'air pur dans les gousses dilatées du baguenaudier.

La graine nous présente à la fois le plus haut degré de contrac-tion et d'organisation intérieure. On peut remarquer que plusieurs graines s'entourent de feuilles comme d'enveloppes immédiates, qu'elles les transforment peu à peu, en en modifiant complétement l'apparence primitive. Nous avons déjà dit comment plusieurs se-mences peuvent se développer, soit à l'intérieur, soit à la surface d'une feuille; nous ne serons donc pas étonnés de voir un germe libre s'envelopper d'un tégument foliacé.

Les fruits ailés de plusieurs plantes, et en particulier ceux de l'Orme, du Frêne, de l'Érable et du Bouleau, nous offrent des exem-ples de feuilles recouvrant des semences et incomplétement modi-fiées. Un autre exemple très-remarquable de la manière dont la graine s'entoure graduellement d'enveloppes plus ou moins larges, nous est offert par les trois zones de graines dont se compose le ca-pitule des Soucis; la zone extérieure a de l'analogie avec les sépales, seulement la nervure s'allonge sous l'influence des graines, la feuille se recourbe, et la cavité déterminée par cette courbe est séparée dans sa longueur par une étroite membrane divisée elle-même en deux loges. La zone suivante offre des modifications plus complètes; la feuille est moins large et la cloison a disparu; d'un autre côté la forme est plus allongée, les graines disposées en série le long de la nervure dorsale sont plus apparentes, leurs saillies sont plus mar-quées. Ces deux zones de graines ne sont pas, ou sont incompléte--

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