FORMATION DU STYLE
J'ai cherché jusqu'ici à démontrer l'identité des diverses parties de la plante malgré les variétés de leurs formes extérieures; il me de-viendra d'autant plus facile, comme on peut le prévoir, d'expliquer de la même manière la structure des organes femelles. Nous examinerons d'abord le style séparé du fruit, comme nous le trouvons quelquefois dans la nature; nous le pourrons d'autant mieux qu'il se distingue du fruit par sa forme. Nous remarquerons d'abord que le style se présente au même degré d'accroissement que les étamines. Nous avons vu que les éta-mines sont produites par une contraction. Les styles sont souvent dans le même cas, et si leur longueur n'égale pas toujours celle des étamines, du moins elle s'en rapproche beaucoup. Dans quelques cas, le style ressemble à un-filet dépourvu d'anthères, et l'analogie entre ces deux parties est beaucoup plus marquée que pour d'autres organes. L'élongation du style et du filet staminal semble également due à l'action des vaisseaux spiraux. Cette considération prouvera une fois de plus que, ni les organes femelles, ni les mâles, ne sont des parties spéciales; elles ont au contraire la plus étroite affini.é, et autorisent à définir avec plus de netteté la fécondation, en l'appe-lant une anastomose.
Nous voyons souvent que le style est composé; dans ce cas, les parties constitutives en sont quelquefois, mais non toujours, isolées vers le sommet. Les soudures dont nous avons déjà indiqué les effets se réalisent surtout ici; et il doit en être ainsi, puisque ces parties délicates, resserrées dans le centre de la fleur avant leur entier dé-veloppement, sont contraintes de s'unir étroitement. Dans quelques cas anomaux, la nature nous révèle plus ou moins clairement l'analogie du pistil avec les autres parties de la fleur. Ainsi, le pistil de l'Iris est surmonté d'un stigmate qui s'étale sous forme de feuille. Le pistil en forme de parasol des Sarracéniées ne paraît pas formé de plusieurs feuilles, cependant il a conservé encore la couleur verte'. Si nous nous aidons du microscope, plusieurs stigmates, ceux des Crocus, des Zannichellia, par exemple, nous pa-raitront constitués comme des calices poly phylles. Il est des circonstances dans lesquelles, par suite d'une méta-morphose régressive, les styles et les stigmates prennent de nouveau l'aspect foliacé; ainsi, le Banunculus asialicus devient double, parce que les pistils et les stigmates se changent en pétales, tandis que les étamines demeurent sans changements en dehors de cette corolle nouvelle; nous aurons à citer plus loin d'autres exemples remar-quables.
Rappelons maintenant la remarque déjà faite. Le style et les étamines appartiennent à un même degré de l'échelle des dévelop-pements, ce qui confirme notre principe de l'expansion et de la contraction alternatives. A partir de la germination des graines jus-qu'au développement le plus complet des feuilles caulinaires, il y a expansion; dans la formation du calice il y a contraction; les pétales sont le résultat d'un second épanouissement, et les organes sexuels d'une seconde contraction nous verrons bientôt que le plus haut de-gré d'expansion est atteint dans le fruit, et que le plus haut degré de contraction est réalisé dans la semence. Tels sont les six degrés par lesquels la nature développe successivement la plante, accomplis-sant ainsi l'œuvre éternelle de la propagation par les deux sexes.