‹ Œuvres scientifiques de GoetheChapitre 35 sur 79 · Gœthe's Werke, XXVIII, p · texte numérisé non relu

Gœthe's Werke, XXVIII, p

2. Consult. Jean Muller, Traité de Physiologie, trad. française. Paris, 1845, t. II. p. 339.- Les couleurs époptiques peuvent se développer dans sept con-ditions. 1° Au contact des surfaces de deux corps durs et trans-parents, et cette condition peut se réaliser dans plusieurs cas, notamment lorsqu'une couche d'air est interposée entre deux verres, l'un plan, l'autre convexe. Si les deux surfaces sont dis-posées devant une fenêtre de manière à être vues par réflexion, on distingue au contact des surfaces un point noir entouré de six ou sept anneaux colorés; si les verres sont vus par transmis-sion, le centre des anneaux est blanc et les couleurs de chacun d'eux sont complémentaires de celles des anneaux par réflexion. Avec le rouge, les anneaux sont successivement noirs et rouges, mais avec la lumière blanche ils sont teints des différentes couleurs du spectre. Ces phénomènes sont bien visibles lors-qu'on emploie des verres convexes et concaves, polis et pressés l'un contre l'autre.

« Je ne les ai jamais vus, dit Goethe, d'une manière plus bril-lante qu'en faisant usage de l'objectif d'un télescope achromatique. Le crown-glass et le flint-glass de la lentille étaient disposés comme il vient d'être dit »

2° Les métaux qui se clivent en lames très-minces, comme le mica, le gypse, donnent également des anneaux colorés. Ces faits s'expliqueraient ainsi dans la doctrine des milieux troubles

Les verres que nous employons dans nos recherches peuvent être considérés comme aussi transparents que possible; mais nous pen-sons que le contact mutuel, la pression exercée déterminent un trou-ble aux surfaces supérieures et inférieures; de ce trouble résultent aussitôt des couleurs, et voici comment chaque anneau représente tout le système. Les deux couleurs opposées, jaune et bleue, s'asso-cient par leur bord rouge, et le pourpre apparaît; au contraire, le vert se produit, comme dans les recherches au moyen des prismes, par le mélange du jaune et du bleu.

« A la lumière transmise, les anneaux sont vus d'une autre cou-leur qu'à la lumière réfléchie; nous expliquons cette circonstance par le trouble, comme nous l'avons fait pour les couleurs dioptriques de la première classe. On ne peut élever aucun doute sur la réalité

1. Gœthe's Werke, XXXIII, § 445. de ce trouble. En effet, la réunion des plaques de verre polies, union si intime qu'elles adhèrent presque l'une à l'autre, produit une sorte de demi-soudure les deux surfaces perdent ainsi quelque chose de leur poli et de leur transparence. Ce qui confirme cette manière de voir, c'est cette considération que, vers le centre des lentilles, là où elles sont fortement appliquées l'une contre l'autre, la transparence est entière et les couleurs ne se manifestent pas »

On peut encore produire les couleurs entoptiques dans les circonstances suivantes 3° En soufflant sur une surface de verre ou sur une pierre bien polie. 4° En réunissant les deux condi-tions précédentes; on souffle sur une surface de verre et on la recouvre aussitôt d'une autre plaque qu'on fait glisser sur elle. 5° En formant des bulles à l'aide de liquides, comme le vin, la bière, le savon. Une bulle de savon paraît blanche d'abord mais à mesure que l'insufflation la développe, on distingue vers la partie supérieure de brillantes teintes irisées. Les cou-leurs se disposent en zones concentriques vers l'un des pôles, qui devient noir, lorsque son épaisseur diminue. 6° Les cou-leurs entoptiques apparaissent sur les corps diaphanes solides, réduits en lames minces. 7° Elles sont visibles, lorsque certains métaux sont portés à une haute température. 8° Enfin, lorsqu'on grave au diamant sur une plaque de verre des traits rappro-chés et parallèles, on distingue la disposition nommée réseau dans le langage de l'optique.

Après une analyse attentive des expériences, le poëte revient à sa doctrine, et s'efforce d'établir qu'elle peut conduire aisé-ment à l'explication de chaque classe de phénomènes. Malheu-reusement, pour parvenir au but qu'il se propose, l'auteur imagine les théories les plus hypothétiques. On en jugera par l'exemple suivant il s'agit des couleurs que développe une haute température à la surface de l'acier poli.

« A une certaine température, l'acier poli paraît jaunâtre; si l'acier est plus chaud, le jaune devient de plus en plus obscur et passe au pourpre; plus l'acier est épais, plus il passe facilement à la teinte bleue élevée. On obtient cette belle teinte si on retire rapide-ment l'acier du foyer et si on le plonge dans la cendre. Les ouvriers 1. Gœthe's Werke, XXXIII, p. 124-125, §452et454. qui travaillent l'acier le bleuissent ainsi; si on continue à maintenir l'acier hors du feu, il devient bleu clair, et cette teinte persiste. a L'éclat de l'acier et les transformations diverses qu'il subit s'expli-queraient peut-être aisément par la doctrine des milieux troubles. L'a-cier poli réfléchit fortement la lumière; si on suppose que l'éclat pro-duit par la chaleur joue le rôle d'un milieu trouble, on comprendra le développement de la teinte jaune claire; le trouble devenant de plus en plus intense, la couleur passera successivement par les teintes rouge, rouge pourpre et rouge rubis. Que l'on considère maintenant la couleur au degré le plus élevé d'obscurité, et que l'on suppose un éclaircissement progressif du milieu trouble; alors apparaîtront le violet, le bleu foncé et enfin le bleu clair; ainsi s'accomplit la gra-dation des phénomènes1.

Nous laissons le lecteur sous l'impression de ces explications étranges. En les lisant, on ne sera pas étonné de l'indifférence avec laquelle les physiciens ont accueilli la doctrine des milieux troubles.

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