C. Couleurs paroptiques
Les couleurs paroptiques ou périoptiques se produisent lors-que la lumière rayonne sur les bords d'un objet, ou les contours d'une petite ouverture la physique moderne les rattache à la diffraction de la lumière. Goethe énumère d'abord les conditions du phénomène; nous les indiquerons en rapportant l'expérience suivante, qui est fondamentale.
On fait pénétrer un faisceau de lumière solaire par une ou-verture très-petite pratiquée dans le volet d'une chambre obs-cure, en diminuant l'intensité de la lumière au moyen d'un papier coloré disposé à l'ouverture; on reçoit le faisceau lumi-neux sur une lentille, et on le projette sur un tableau; si alors
1. Gœthe'sWerke, XXVIII, p. 110, S 384. on intercepte par un écran, ou un corps opaque quelconque une partie du faisceau, aussitôt des franges alternativement obscures et lumineuses se projettent sur le tableau.
On obtient également les mêmes résultats à l'aide de la lu-mière artificielle, en plaçant devant une lampe une plaque percée d'un très-petit orifice; à un mètre à peu près on fixe une loupe d'un pouce de foyer et on promène une carte dans l'intervalle: aussitôt les franges deviennent apparentes. La première condition pour produire ces effets, est l'étroi-tesse de l'ouverture sur les parois de laquelle se croisent les rayons lumineux provenant des objets extérieurs. Après avoir longuement développé ce point, Goethe insiste sur une seconde condition, la faible intensité de la lumière qui pénètre par l'ouverture si l'ouverture est très-étroite, la lumière est af-faiblie, et les bords de l'image projetée paraissent entourés d'une couronne jaune et bleue. On augmente l'éclat de l'appa-rition en interposant dans le cône lumineux un cheveu, une aiguille ou un autre corps opaque. Goethe rapporte quelques exemples de semblables phénomènes, et après diverses tenta-tives d'explications peu favorables à sa doctrine, il conclut ainsi
«t Le temps seul nous apprendra si les phénomènes des couleurs paroptiques peuvent s'expliquer d'après les théories des milieux troubles, ou par les hypothèses d'une demi-obscurité et des modi-fications physiologiques de la rétine, ou bien, comme on l'admet jusqu'à présent, par une propriété spéciale de la lumière elle-même1. »
Des couleurs paroptiques objectives, l'auteur passe à l'examen des couleurs paroptiques subjectives; ce sujet lui donne occa-sion de présenter d'intéressantes remarques physiologiques.
« Dans une chambre obscure, on place un papier blanc devant une ouverture près de laquelle est appliqué habituellement un mi-croscope solaire on distingue alors un cercle bleu au bord infé-rieur, et un cercle jaune au bord supérieur du papier, même lorsque les yeux sont complètement ouverts et élevés, de manière à ce qu'au-- 1. Gœthe's Werke, XXVIII, p. 115, §414. cune auréole n'apparaisse si l'on fléchit la tête, les couleurs se montrent en sens inverse. Ces phénomènes paraissent dépendre de ce que les humeurs de notre œil sont achromatiques, dans le centre où se fait habituellement la vision, tandis que, dans des positions particulières, comme lorsque nous élevons ou fléchissons la tête, l'œil ne semble plus doué de cette propriété. Il en est ainsi, surtout 7 lorsque nous considérons des images fortement abaissées. »
L'expérience suivante s'explique de la même manière
a On se place près d'une fenêtre, de manière à ce que les barreaux obscurs se détachent sur un ciel grisâtre; on fixe un barreau hori-zontal, on fléchit la tête en avant, on dirige obliquement les yeux en haut; alors on distingue sur le bord inférieur du bois une bande d'un rouge jaune vif, tandis qu'au bord supérieur elle apparait teinte en bleu clair. Plus le ciel est d'un gris clair, plus la chambre est obscure et l'œil reposé, plus l'apparition est vive, quoiqu'elle se montre aussi à l'observateur, même à la vive lumière du jour.
<t Si l'on fléchit de nouveau la tête en arrière, et si on dirige les yeux de manière à voir en bas le barreau horizontal, l'apparition lumineuse aura lieu en sens inverse, les bords supérieurs seront jaunes et les bords inférieurs bleus » »
Les expériences de Goethe ont de l'importance au point de vue de l'achromatisme des yeux; l'explication qu'il donne se rapproche beaucoup de celle du célèbre physiologiste Muller; ce savait a conclu de ses nombreuses expériences, que l'oeil n'est achromatique que d'une manière relative, qu'autant qu'il s'accommode à la distance de l'objet'.
Couleurs époptiques.
Goethe traite dans ce chapitre des phénomènes connus en physique sous le nom de couleurs des lames minces, anneaux de Newton, réseaux. Il n'y a rien de bien nouveau dans les expériences qu'il décrit et dont il étudie les conditions le point de vue le plus original, mais non le plus heureux, consiste dans une nouvelle tentative d'application de la doctrine des milieux troubles.