ÉTUDES ET ÉCRITS SUR LA MÉTÉOROLOGIE
Goethe avait été entraîné par son goût pour les arts à l'étude des couleurs à la même époque de sa vie, passionné pour les beautés de la nature, et encore sous le charme des im-pressions que lui avaient laissées ses voyages en Italie et en Suisse, il se livre à quelques recherches sur la météo-rologie.
De toutes les branches de la science, la météorologie est celle qui établit le plus aisément un lien entre les inspirations de l'artiste et les méditations du savant. Le spectacle des états du ciel, les aspects changeants des nuages, les pluies, les grêles et les orages qui se forment au-dessus de nos têtes, les appa-ritions de météores lumineux comme les aurores boréales, les halos et l'arc-en-ciel ont quelque chose d'étrange et de mer-veilleux qui sollicite et captive l'attention. Pour une âme dispo-sée à sentir vivement, de pareilles études devaient avoir un charme irrésistible; aussi le poëte s'y laissa-t-il d'autant plus facilement entraîner, que des conditions particulières favori-saient ses goûts, et lui permettaient de continuer ses observa-tions, soit pendant ses voyages, soit pendant son séjour à Weimar.
On ne lira pas sans intérêt le récit que Goethe nous a laissé sur les circonstances dans lesquelles il entreprit ses premières recherches.
k Dans mon enfance, mon esprit jeune et vivement impression-nable possédé du besoin d'apprendre, mais formé par une éduca-tion faite à la ville, ne trouvait guère d'autre satisfaction que la contemplation de l'atmosphère. Le lever du soleil était masqué par le toit de la maison voisine; mais je jouissais de son coucher. Il m'était plus aisé d'ailleurs de prolonger ma promenade pendant la nuit que de devancer le jour. L'affaiblissement graduel de la lu-mière à l'approche d'une belle soirée, les couleurs brillantes du ciel, lorsque la clarté s'évanouit, l'approche de la nuit, tenaient bien souvent en suspens l'esprit du flâneur solitaire. Les pluies d'orage, les nuages chargés de grêle qui nous viennent de l'ouest, provo-quaient mon attention, et je possède encore quelques-uns de mes dessins sur les formes les plus remarquables des nuages, aux diver-ses époques de l'année.
Les regards du poëte et du peintre ne sauraient demeurer étran-gers au spectacle des phénomènes atmosphériques, ce sont eux qui, pendant les voyages et les traversées, provoquent les observations du plus haut intérêt, puisque d'un temps clair et d'un vent favo-rable dépendent souvent, sur terre et sur mer, le succès d'un départ nécessaire, ou d'une promenade d'agrément.
« J'enregistrais souvent sur mes tablettes de voyage, l'ensemble et la suite des phénomènes atmosphériques, et j'en notais avec une attention particulière les cas les plus remarquables. Malheureuse-ment, toutes mes observations manquaient de lien et de coordination scientifique c'est seulement lorsque le grand-duc eut fait disposer au sommet de la montagne d'Etters un observatoire de météoro-logie, que je pus comparer mes observations à celles de Howard et classer les formes des nuages d'après les distinctions que ce savant avait présentées. Je ne manquai pas de rappeler à mes souvenirs ce que je connaissais déjà, et je portai de nouveau mon attention sur tout ce que l'atmosphère peut présenter d'intéressant à nos re-gards. Je saisis avec joie la théorie de Howard, parce qu'elle éta-blissait entre les phénomènes un lien qui m'avait manqué jusqu'a-lors. Il m'était impossible de comprendre, et de représenter les états complexes de l'atmosphère, par des nombres et des lignes, aussi étais-je satisfait de trouver les phénomènes les plus sim-plement présentés, et mieux en rapport avec ma manière de voir. Comme dans le vaste ensemble de la nature, tous les phénomènes ont des rapports fixes et absolus, comme chacun d'eux est le prin-cipe ou la conséquence de l'autre, je dirigeai mon attention vers les faits que l'œil peut saisir, et je résolus d'établir entre les phé-nomènes célestes, les phénomènes terrestres, le baromètre et le mothermètre, des rapports tels qu'il devint possible de ne pas avoir sans cesse entre les mains des instruments de précision. a Dès que je me fus approprié la théorie de Howard, j'en fis moi-même une courte analyse, puis je revins à la nature, et je cherchai à reproduire par le dessin les formes variées des nua-ges. Je stimulai aussi le zèle d'hommes plus jeunes qui se livraient alors à la même étude avec une attention soutenue. Je ne pouvais négliger les travaux des Forster, dans lesquels j'avais tant à ap-prendre cependant les figures qu'il donne sont en partie l'imita-tion de celles de Howard, elles ne sont ni caractéristiques, ni con-formes à la réalité; d'ailleurs l'auteur a trop souvent recours à une théorie, qui est à mon avis, idem per idem « Je reviens donc à mon ancienne manière de considérer les phé-nomènes de la nature dans leurs développements successifs, dans leur union avec ceux qui les suivent ou les précèdent; par là, j'ar-rive d'une manière dilférente à un ensemble vivant, d'où je déduis une notion qui s'associe bientôt à une idée plus générale » Luke Howard, dont la doctrine a si vivement impressionné Goethe, est le premier des physiciens qui ait tenté de soumettre aux règles d'une classification méthodique les formes capri-cieuses des nuages, et de les représenter à l'aide d'une nomen-clature aussi simple qu'expressive. Il est indispensable, pour l'intelligence des détails qui suivent, de rappeler les principes de cette nomenclature 9.
Howard admet dans les nuages trois modifications simples et distinctes, le cirrus, le cumulus, le stratus.
Les cirrus sont ces nuages qui flottent à l'horizon, semblables à un réseau délié, aux boucles d'une chevelure en désordre, à 1. Forster né à Londres en 1789, est mort en 1850. On lui doit entre autres travaux Researches about Atmospheric phoenomena, Londres, 1812. Journal of the Weather. Londres, 1805.