DE LA SOCIÉTÉ ROYALE DES SCIENCES DE GOETTINGUE
Monsieur le vénérable Jubilaire,
Le jour où, plein d’une jeune ardeur de corps et d’esprit, vous avez atteint votre centième année, ce jour, une fête sans pareille dans l’histoire de la science, est aussi pour la Société soussignée une grande fête commémorative.
Aux hommages que le monde entier vous adresse aujourd’hui, nous nous permettons de joindre les vœux que nous formons, autant pour le grand savant que pour l’homme vénérable que nous sommes fiers de compter parmi les nôtres depuis dix ans.
Celui qui, de nos jours, vénéré Monsieur, jette un regard rétros-
pectifsur la long’ue série de découvertes qui signale votre carrière, ne pourra sans difficulté en saisir toute l’importance; car depuis si longtemps nous sommes déjà habitués à voir les résultats dus à votre zèle de chercheur s’établir sur une base inébranlable. Il en est de même de vos recherches qui se sont tellement infusées à la jeune génération des travailleurs, qu’elles sont devenues pour la science aussi quotidiennes que le pain de chaque jour et la demeure le sont pour l’homme, sans que la jouissance de ces deux biens les plus indispensables ne s’exprime chez lui par des sentiments d’expansion joyeuse et reconnaissante.
En réalité, il serait difficile de dire. Monsieur le Jubilaire, ce que serait devenu, sans votre collaboration, le développement de la science. Que serait la chimie organique sans votre merveilleux travail sur les corps gras végétaux et animaux, une œuvre, qui à elle seule, a suffi pour assurer à son auteur des lauriers impérissables ?
Que seraient nos connaissances sur la nature de la glycérine, des éthers, des corps gras ; que seraient nos idées sur cette marche remarquable de la simple hydratation que vous avez reconnue dans la saponification, sans vos travaux des années 1811-1823, qui, accomplis par vous dans ce court espace de temps, auraient pris à d’autres la vie entière?
Veuillez nous pardonner si aujourd’hui, dans ce grand jour, nous fixons notre regard sur le plus considérable de vos travaux, au lieu d’en embrasser l’ensemble, la totalité. Nous n’avons pas oublié vos recherches dans le domaine de la chimie organique, ni les innombrables travaux qui nous montrent la trace de votre influence dans toutes les branches de la chimie spéciale. Et qui ne se rappellera la renommée de votre nom dans vos recherches optiques, qui ont autant d’intérêt pour la science que d’utilité pratique dans l’industrie de la teinture des tissus? Si, malgré la diversité rare de vos travaux, nous rappelons surtout vos grandes recherches sur les corps gras, nous croyons en même temps faire acte, de justice en rapport avec votre situation dans la science : car, ces recherches sont devenues classiques dans la méthode et initiatrices par leurs résultats, de même qu’elles ont acquis une importance considérable dans l’application industrielle. Elles brilleront devant les générations futures comme un modèle de recherches dans les sciences naturelles, alors même que si, dans nos considérations chimiques ébranlées dans leur base par le changement incessant des théories, nos idées sur les atomes et les molé-
cules ont fait place à des formules exprimées dans un langage incompréhensible.
La certitude d’avoir travaillé pour tout l’avenir, non seulement par les résultats mais encore par l’exemple de votre œuvre, sera votre plus grande joie dans ce jour d’honneur. Monsieur le Jubilaire.
Que cette joie vous reste encore bien longtemps, et que le soleil qui, durant tant d’années, a éclairé avec une fidélité rare votre longue et illustre vie, veuille encore éclairer de ses rayons le soir de votre existence !
Avec l’expression de sa participation sincère et de sa vénération,
*La Société royale des Sciences de Gœttingue vous salue.
ADRESSE
DE l’association AMÉRICAINE POUR l’ AVANCEMENT DES SCIENCES.