A. AUWERS
ADRESSE
DE l’académie des SCIENCES DE MUNICH.
Monsieur,
L’Académie des sciences de Munich, en venant offrir ses hommages et ses félicitations au plus âgé de ses membres pour le centième anniversaire de sa naissance, est heureuse de se rendre l’interprète des sentiments de gratitude et de respect profond, dont non-seulement la Bavière, mais le monde entier des savants et des lettrés est animé à votre égard.
Vos recherches chimiques sur les corps gras d’origine animale, ont fourni un modèle qui doit, à jamais, éclairer et diriger tous les chimistes, en montrant comment l’investigation analytique de
certaines combinaisons compliquées, offertes par la nature, doit
être conduite. Par vos grands et précieux travaux sur les corps gras, qui, par leur nature, invitent si peu à l’analvse, vous nous avez appris à transformer ces substances en combinaisons simples et bien caractérisées, et c’est par là que vous avez créé un domaine de la chimie organique, lequel a déjà porté les fruits les plus mémorables. La sagacité et la pénétration de votre génie a reconnu, de bonne heure, l’importance de vos découvertes purement scientifiques pour l’industrie et la vie pratique, pour la salubrité et le bien-être des hommes. Renonçant au profit personnel que vous auriez pu tirer de vos grandes découvertes, vous êtes devenu le créateur d’une industrie d’une haute importance, et c’est par elle que vous continuez de contribuer au bien-être des nations intelligentes du globe.
Non content de ces résultats dans le domaine de la pure chimie, et infatigable dans votre cabinet comme dans votre laboratoire, vous avez porté, avec un succès égal, la lumière dans d’autres sciences voisines de la vôtre. La preuve en est dans vos travaux sur la théorie des couleurs, comme aussi dans vos recherches historiques, qui ont éclairé les coins les plus obscurs de l’intelligence humaine.
Ce sont donc, en ce jour de votre fête, des actions de grâces que notre Académie vous oflre, pour avoir reculé les limites de notre science et pour nous avoir permis de jouir d’une si riche moisson de vérités et de découvertes. Cependant nous avons encore le
sentiment d’un bienfait particulier qui nous invite à vous présenter nos hommages respectueux: vous êtes le seul survivant de cette élite de héros de la science, dont la gloire, jadis, a attiré le jeune Liebig à Paris, et dont l’hospitalité lui a permis de profiter de leurs lumières; le savant qui pendant de longues années a été président de notre Académie, a exercé une influence immense sur le développement de la chimie organique, et par là, nous sommes redevables de l’introduction de cette science chez nous et des bienfaits dont elle nous a déjà comblés, à ces hommes illustres, parmi lesquels vous brillez comme un astre de premier ordre.
Puissiez- vous. Monsieur, jouir encore pendant de longues années de votre gloire, et lavoir briller de nouveau par les succès de vos élèves.
Agréez, Monsieur, l’expression de nos sentiments respectueux et dévoués.
Ion. DOELLINGER,
Président.
Ad. BAEGER,
Correspondant de l’Académie des Sciences, de l’Institut de France.
Munich, ce ^11 août 1S86.
ADRESSE