‹ Œuvres sociales de ChanningChapitre 8 sur 19 · I.c travail est une école de dévouement cl de justice · texte numérisé non relu

I.c travail est une école de dévouement cl de justice

Et ce n’est pas tout ; le travail est une école de dévouement aussi bien que de justice. L’homme, pour se soutenir, doit servir les autres; il faut qu’il fasse ouprodui.se quelque chose pour leur bien-être ou leur satisfaction. C’est une des belles lois de la Providence

que, pour vivre, il faut que l’hoiiimcsoiluli’e à autrui. F.li bien ! celte utilité doit être une des lins de son travail, tout autant que le désir de g<igner sa vie. L’ouvrier doit songer à l’intérêt de ceux pour lesquels il travaille aussi bien qu’au sien propre ; et en agissant ainsi, en désirant, au milieu de scs sueurs et de sa peine, servir les autres aussi bien que lui-même, il s'exerce au dévouement, il grandit en vertu autant que s’il distribuait l’aumône à pleines mains. Un tel motif sanctifie, ennoblit les occupations les moins relevées. C’est chose étrange, que les travailleurs ne songent pas davantage à l’immense utilité de leurs peines, et ne cherchent pas dans cette réflexion un plaisir de bonne nature. Celte belle cité, avec scs maisons, ses ameublements, scs marchés, ses promenades et ses nombreux établissements, a été élevée par les mains d’artisans et d’ouvriers ; ne devraient-ils pas trouver une joie désintéressée dans la vue de leur œuvre? Le maçon ou le charpentier qui passe devant une maison qu’il a construite ne devrait-il pas se dire : « Cet ouvrage de mes mains procure chaque Jour, chaque heure, à toute une famille, du bien-être et des jouissances, et ce sera encore un doux abri, un lieu de réunion domestique, un séjour d’affection, plus d’un siècle après que je dormirai dans la poussière. » Une satisfaction généreuse ne devrait-elle pas naître de cette pensée? C’est en mêlant ainsi des idées de bonté à un travail vulgaire, que nous leur donnons de la force et que nous en faisons une habitude de l’âme j

Le travail donne une noble impulsion à l'esprit.

De plus, le travail peut être exécuté de telle sorte

qu’il donne une noble impulsion à l’esprit. Quelle que soit la profession d’un homme, sa règle doit être de remplir ses devoirs parfaitement, de faire de son mieux, et d avancer ainsi continuellement dans son état. En d’autres termes, on doit se proposer la perfection, non pas seulement pour l’utilité qu’en retire la société, mais aussi pour le plaisir sincère qu’un homme éprouve en voyant un ouvrage bien fait. C’est là un moyen important de culture. De cette manière, l’idée de perfection prend racine dans l’esprit et s’étend bien au delà du métier. L’ouvrier prend le goût d’achever tout ce qu’il entreprend. Tout ce qui est imparfait, négligé, lui déplaît en toute circonstance ; son idéal grandit, et tout est mieux fait dans sa vie, parce qu’il est devenu plus diflicile dans son état.

Du profit que peut donner l’adversité. ^

Dans toutes les conditions, il y a une chose qui \ pourrait et devrait tourner au profit de l’éducation personnelle. Chaque condition a ses fatigues, ses chances, ses peines. Nous essayons d'y échapper. Nous désirons avec ardeur un abri, un sentier uni, des amis qui nous encouragent, des succès sans revers. Mais la Providence a permis les orages, les désastres, les inimitiés, les souffrances; et la grande question de savoir si nous atteindrons le but, si nous grandirons en force de cœur et d’esprit, ou si nous serons ! faibles et misérables, ne dépend de rien tant que de / Pusage que nous ferons de l’adversité. Les maux ex / térieurs sont faits pour maîtriser nos passions, et for- | cer nos facultés et nos vertus à une action plus intense. : Ils semblent même parfois créer des énergies non- 1

! velles. La difficulté est l’élément ; la résistance est j l’iruvre véritable de rhoinme. L’éducation ne va ja- I mais si vite que lorsque des affaires embarrassées, l’opposition des hommes ou des éléments, des chan- / gemenls inattendus, ou d’autres sujets de soufiranccs, I nous l’amènent à nos ressources intérieures, nous font I demander notre force à Dieu, au lieu de nous décourager, nous dévoilent le but suprême de la vie, et 1 nous inspirent une calme résolution. Nulle grandeur,

' nulle vertu n’a de prix tant qu’on ne l’a pas essayée ^ à ce creuset. Ce n’est pas adiré qu’il faille |)rovoquer i les épreuves. Elles viennent assez vite d’cllcs-mèincs,

; et nous avons plus à craindre d’y succond)cr que d’en avoir besoin. .Mais quand Dieu les envoie, ce sont do nobles moyens d’éducation, et, comme tels, acceptons-les et supportons-les courageusement. C’est ainsi l que tout, dans notre condition, peut servir à notre I amélioration.

La forme républicaine est un puissant moyen d’éducation.

Je n’ai plus que le temps de considérer un dernier moyen d’éducation personnelle. Nous le trouvons dans notre gouvernement libre, dans nos relations et nos devoirs politiques. C’est un des grands bienfaits des institutions libres qu’elles contribuent à exciter et à maintenir en action l’esprit d’une nation. On dit que l'éducation du peuple est nécessaire au maintien d’une république, mais il est également vrai qu’une répui blique est un puissant moyen d’éducation. C’est l’Universitc du peuple. Dans un Etat libre, une responsabilité considérable pèse sur chaque citoyen ; il y a 'de grands sujets à discuter, de grands- intérêts à dc-

DE r/ÉDUC\TION PERSONNELl.E.

battre. Le citoyen est appelé à adopter des mesures qui aiïectent le bien-être de millions d’hommes et les destinées de la postérité. Il doit considérer non- seulement les rapports intérieurs du pays qui l’a vu naître, mais au.ssi les rapports avec les Etats étrangers; il lui faut juger d’une politique qui touche le monde civilisé.

Il est appelé, par sa participation à la souveraineté nationale, à entretenir l’esprit public et l’amour du bien \ général. Celui qui essaye de remplir fidèlement ces \ obligations, se donna une excellente éducation. Les j grandes questions qui autour de lui partagent l’opi- ' nion provoquent de sérieuses discussions, fortifient | nécessairement son intelligence et l’accoutument à re- ^ garder plus loin que son propre intérêt. Il acquiert une vigueur, une force, une largeur d’esprit inconnus sous un gouvernemen» ^’““':3tique.

Dangers do l’esprit de parti.

On dira [leut-ctre que je décris ce que les institutions libres devraient faire pour le caractère de l’individu, mais non leur effet actuel; l’objection, j’en conviens, n’est que trop vraie. Nos institutions ne nous améliorent pas comme elles le pourraient et le devraient faire ; la principale cause de ce mécompte est évidente ; il faut s’en prendre à l’esprit de parti. Cette influence est si fatale, que je me sens obligé de prévenir tout homme qui désire sa propre amélioration de SC tenir en garde contre elle. Je ne vous dirai pas que l’esprit de parti perdra le pays ; il vous fait une guerre plus terrible. La vérité, la justice, la fran- , cliise, la loyauté, un jugement sain, l’empire sur . vous-même, les douces affections, c’est là ce qu’il j

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allaquc sans cesse et ce qu’il se plaît à détruire.

Je ne dis pas qu’en politique vous deviez rester neutres. Les partis qui régnent autour de vous diffèrent de caractère et de principes (bien moins toutefois que ne l’affirment les passions) ; et, autant que la conscience le permet, on doit soutenir le parti qu’on croit le meilleur. En un point, cependant, tous les partis se ressemblent. Tous ils attisent l’esprit funeste que je condamne. Cbcz tous règne la fureur de l’esprit de parti. Associez des hommes pour une cause commune, bonne ou mauvaise, placez devant eux un corps fortement engagé dans l’intérêt opposé, aussitôt une nouvelle passion tout à fait distincte du premier sentiment qui les a réunis, un zèle ardent, fougueux, consistant surtout dans l’aversion de ceux qui sont d’une opinion contraire, se développera chez eux avec une effroyable énergie. Il n’est point de passion plus violente ni plus implacable. C’est chose assez difficile pour un individu qui soutient tout seul un intérêt ou une opinion, que de réprimer en lui l’orgueil, l’entêtement, l’amourdela victoire, la colère ou d’autres sentiments personnels. Mais qu’il se joigne à une multitude pour la même affaire, et alors, sans plus se contenir, il laisse entrer dans son cœur toute la violence, tout l’entêtement, toute la haine de ses alliés. Le triomphe de son parti lui devient mille fois plus cher que le principe, vrai ou faux, qui a été la première cause de division. Ce n’est plus pour une idée que l’on combat, mais pour le pouvoir, pourlavictoirc ; cos luttes criminelles, désespérées, encombrent l’histoire et la flétrissent. Peu importe au fond ce qui divise les hommes, que ce soit un pied de terre, ou la préséance dans un

cortège, une fois le combat engagé, rcntêtcmcnt, le mauvais vouloir, le désir frénétique de la victoire, la crainte de l'humiliation et de la défaite feront d’une niaiserie une question de vie ou de mort. L’empire d’Orient fut ébranlé jusque dans ses fondements par des partis qui n’avaient d’autre sujet de division que le mérite des cochers de l’amphithéâtre.

L’esprit de parti est opposé à l’independanee morale.

L’esprit de parti est tout à fait contraire à l’indépendance morale. A mesure qu'un homme s’en laisse pénétrer, il ne voit, il n’entend, il ne juge qu’avec les sentiments et les idées de sa coterie. Il renonce à la liberté humaine, au droit d’user de sa propre pensée et de l’exprimer, il n’est plus que l’écho des applaudissements ou des imprécations dont les chefs ou les partisans passionnés trouvent bon de faire retentir le pays.

11 faut toujours se défier des partis, mais surtout en ce qui touche la réputation de nos adversaires. Si vous croyez ce qu’on vous dit d’eux, ce sont toujours des hommes sans principes, sans franchise, dévorés par l’égo'isme et brûlant de s’élever, même sur les ruines de leur pays. Lorsque j’étais jeune, j’étais habitué à entendre prononcer avec horreur, presque avec exécration, les noms d’hommes qui sont maintenant salués par leurs anciens ennemis comme les champions de grands principes, et comme dignes des plus hautes charges publiques. Cette leçon que j’ai reçue dans ma jeunesse et que les années ont fortifiée, je ne l’oublierai jamais.

ŒUVllES SOCIALES DE CIIAMSING.

Des calomnies contre les riches.

Je ne veux rien dire de nos divisions politiques. Mais parmi les questions du jour, il y a certaines auuisalions, certaines récriminations, Ibndécs sur la différence des conditions sociales, qui me paraissent si contraires au progrès des individus et de la société, que je demande la permission de ni’y arrêter un moment. D’un coté, on nous dit tpie les riches sont toujours prêts à fouler aux pieds les pauvres, et, d’un autre, on répète que les pauvres regardent la propriété des riches d’un mauvais œil et avec des intentions hostiles. Ces clameurs me semblent également injustes et également faites pour démoraliser. Quant aux riches qui ne sont qu’une poignée parmi notre population, qui n’ont pas un seul privilège, et qui de plus ne possèdent comparativement qu’une faible part de la fortune du pays, il est étonnant qu’on en fasse un sujet d'alarme. La fortune immense, toujours croi.ssante de ce pays, où est-elle? Enfermée dans quelques mains? Entassée dans quelques coffres-forts? Non, elle est partout comme l’atmosphère , et presque aussi variable, changeant do mains, suivant le temps, passant du riche au pauvre, non par violence, mais à force de travail et d'hahilelé. Le bien des riches, c'est une goutte d’eau dans l’Océan ; et c’est un fait bien connu, (pie, dans notre pays, h s hommes remarquables par leur opulence ont très j eu d’influence politique. Que les riches fassent cntièicment leur devoir ; qu’ils favorisent comme ils le devraient le grand objet de la société, c’est-à-dire l’élévation du peuple, l’amélioration de son intelligence,

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de son caractère cl de sa condition, on ne peut le prétendre jamais qu’ils soient sensibles aux souffrances physiques de leurs frères, qu’ils ouvrent une main libérale pour secourir les pauvres et pour soutenir des établissements utiles, on ne peut non plus le nier. Parmi eux il y a d’admirables modèles d’humanité. 11 n’y a donc aucune raison de les tenir en suspicion comme ennemis du peuple.

Des calomnies contr.; les pauvres.

Je ne considère pas comme moins calomnieux ces cris poussés contre les classes ouvrières, comme si elles visaient au renversement de la propriété. Lorsque nous songeons à la condition générale et au caractère de cette partie de notre population, lorsque nous nous rappelons que ces hommes sont nés et ont vécu dans nos écoles et nos églises, qu’on leur a fait apprendre une industrie protitablc, qu’ils jouissent de plusieurs des agréments de la vie, que la j)lupart possèdent quelque propriété et espèrent en acquérir davantage, qu'ils ont pour améliorer leur sort plus de ressources qu’on n’en a jamais eu , qu’ils sont attachés à des intérieurs agréables par toute la force des affections domestiques, qu’ils peuvent, grâce à la facilité de l’éducation, mettre à la portée de leurs enfants les premières places de la société, qu’ils sont élevés au milieu d’une civilisation avancée et familiarisés avec scs avantages ; lors(|ue nous nous rappelons tout cela, pouvons-nous imaginer qu’ils soient assez insensés, assez aveugles sur leurs intérêts, assez sourds à la voix de la justice et de la religion, d’une insouciance assez coupable en ce qui touche la paix et la

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sûreté (le leurs familles pour être prêts à faire nau-^ frager l’ordre social, dans l’idée de se partager la dépouille des riches, dépouille qui ne ferait pas vivre un mois la communauté? Sans doute il n’y a de sécurité absolue en aucun temps, et il en sera ainsi tant que les nations n’auront pas été régénérées par une éducation plus élevée qui atteigne et vivifie toutes les classes; mais il n’y a pas, je crois, un endroit sur la terre où la propriété soit plus en sûreté qu’ici, parce que nulle part elle n’est distribuée avec plus d’égalité et de justice. Dans les États aristocratiques, où la richesse est par masses énormes, parce qu’une législation partiale l’a substituée pendant une longue suite d’années sur un petit nombre de têtes privilégiées, quand le peuple, après avoir dormi pendant des siècles, s’éveille à l’intelligence, au respect de lui-même, et à la connaissance de ses droits, la propriété se trouve exposée à des attaques que nous n’avons pas à redouter chez nous. Il est vrai qu’ici comme ailleurs, parmi les membres les moins heureux de la société, il y a des hommes désappointés, désespérés, mûrs pour l’émeute et la guerre civile; mais il est vrai aussi que ce qui distingue ce pays de la façon la plus frappante et la plus honorable, c’est l’intelligence, le caractère et la condition de la grande classe des travailleurs.

Des spéculations honteuses.

P(!/Ur moi, il me semble que s’il y a quelque danger pour la propriété, ce danger ne vient pas de l’ouvrier, mais de ceux qui sont trop pressés de faire fortune. Par exemple, dans cet État, aucun acte dénoncé par les alarmistes ou les conservateurs comme subversif

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du droit de propriété ne me paraît aussi grave qu’une loi récente qui autorise une compagnie à construire un pont sans péage dans le voisinage immédiat d un autre pont autorisé par une précédente législature, et construit sur la foi d'un privilège. Ht de qui est venue cette attaque contre la propriété? Des niveleurs? Des ouvriers nécessiteux? Des hommes disposés à écraser j les riches? Non; mais de spéculateurs qui .désirent ' des bénéliccs plus considérables. Allons |)lus loin; quelle circonstance était plus propre chez nous à détruire la confiance et à exciter le peuple contre les capitalistes que la récente, mauvaise et criminelle administration de quelques-unes de nos banques ? Ht d'où cela venait-il? Du riche ou du pauvre? Du cultivateur ou de l’homme d’affaires? Permettez-moi de le demander, qui est-ce qui, dans la société, exécute le plus en grand l’œuvre de spoliation ? Est-ce que la propriété n’est pas arrachée des mains de ceux qui la possèdent par d’infàmcs et audacieuses banijueroutes, plus souvent que par les brigands et les voleurs de profession ? Quelques spéculateurs sans principes n’ont-ils pas quelquefois causé des souffran- ( ces, des maux plus étendus que tous les condamnés j d’une prison publique? La propriété a donc plus à î redouter de ceux qui courent après la richesse que de ceux qui vivent à la sueur de leur front.

Je ne crois pas, cependant, qu’elle ait rien de sérieux à craindre ni des uns ni des autres. Tous les progrès que font l'industrie, les arts utiles, le commerce, la science, la jurisprudence, l’imion fraternelle et le christianisme pratique, sont autant de murailles élevées autour d’une fortune honnclcinent acquise,

autant de barrières contre la violence et la rapacité révolutionnaires. Ne nous tourmentons donc pas par de vaines alarmes, et, de plus, ne nous enflammons pas les uns contre les autres .par des calomnies mutuelles. Que là où tous ont un intérêt commun, on ne • se partage pas en deux camps. C’est une façon de pousser les hommes au crime que de leur prêter des desseins criminels. Nous ne garantissons pas notre propriété contre les pauvres en les accusant de former le plan d’un brigandage universel ; et ce n’est pas le moyen de bien disposer le riche en faveur de la société, que de le dénoncer et de le flétrir comme ennemi du peuple. De tous les partis, ceux qui tiennent à la différence des conditions sont les plus funestes ; et il n’est aucun pays où ils aient moins de raison d’être que dans le nôtre.

Devoirs publics des citoyens riches.

Parmi les hommes les plus excellents, surtout parmi les plus religieux, il en est qui, par dégoût de la violence et des ruses des partis, ont renoncé à toute action politique. Je crois qu’ils ont tort. Dieu les a placés comme citoyens dans une situation qui leur impose des devoirs, et il ne leur est pas plus permis de se . soustraire à ces devoirs qu’à ceux de fils, d’époux, ou de père. Ils ont une dette à remplir envers leur pays, et ils doivent l’acquitter en soutenant les plus honnêtes gens et les meilleures mesures. Et qu’ils ne disent pas qu’ils ne peuvent rien. Tout homme de bien, s’il est fidèle à ses convictions, est utile à son pays. Tous les partis sont retenus par les gens de bien qu’ils renferment. Les meneurs sont toujours forces

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de chercher ce que leur parti peut supporter, et de modifier leurs mesures de manière à ne pas choquer les hommes à principes qui se trouvent dans leurs rangs. Un honnête homme qui ne se fait pas l’esclave de son parti, mais qui le juge avec impartialité, le censure librement, en accuse les fautes et refuse d’appuyer le mal , celui-là fait du bien à ceux qui l’entourent et cultive noblement son esprit.

Je conseille respectueusement à ceux à qui j» m’adresse de prendre part à la politique de leur pays; elle est le véritable enseignement d’un peuple et contribue beaucoup à son éducation. Je vous le conseille, tâchez d’acquérir une idée claire des questions qui agitent le pays, faites-en votre étude, au lieu de perdre votre loisir en des conversations vagues et passionnées. Le temps que perd le peuple à s’occuper des bruits du jour pourrait, s’il était mieux employé, lui rendre familiers la constitution, les lois, l’histoire et les intérêts du pays, et l’affermir ainsi dans ces grands principes qui servent à décider les mesures particulières. A mesure que le peuple s’améliorera, il cessera d’être l’instrument des intrigants politiques. Ceux qui recherchent ses votes ne s’adresseront plus à ses passions et à ses jalousies, mais à son intelligence. Ce ne sera plus une influence nominale, mais une influence réelle qu’il exercera sur le gouvernement et les destinées du pays, et en même temps il grandira en science et en. vertu.

Influence des journaux sur l'cducniion publique.

Je ne dois pas quitter le sujet de la politique considérée comme moyen d’éducation, sans parler des

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journaux, qui forment la principale lecture du peuple, s C’est la littérature des masses. Malheureusement on î ne comprend pas assez l’importance de la publicité ;

I on songe peu à son action sur l’éducation inlellectuelle et morale de la nation. Un journal devrait être rédigé par l’un de nos écrivains les plus habiles, et le revenu devrait être suffisant pour assurer la collaboration des gens les plus capables. Mais il nous faut prendre les . feuilles publiques telles qu’elles sont, et celui qui désire cultiver son intelligence peut encore en tirer parti, s’il choisit les meilleures de celles qui sont à sa portée. Il doit bannir de sa demeure, comme il en , bannirait la peste, les journaux qui font le métier d’empoisonneurs publics ou de bouffons. Ce qui doit décider son choix ce n’est pas seulement le talent du rédacteur, mais l’esprit, l’intégrité, l’honnêteté, l’attachement constant du journal aux grands principes.

Surtout, s’il veut connaître la vérité, qu’il entende les deux partis. Qu’il lise aussi bien la défense que l’attaque ; qu’il ne prête pas l’oreille à une seule opinion I Nous nous condamnons nous-mêmes lorsque nous écoutons les accusations portées contre un individu sans vouloir entendre sa défense; est-il donc juste de lire des invectives continuelles, impitoyables, contre de nombreuses classes de citoyens, et de leur refuser l’occasion de se justifier?

11 a paru dans notre pays une nouvelle espèce de journaux quotidiens appelés journaux à un sou, et destinés à ceux qui ne peuvent se procurer des publications plus coûteuses. L’intérêt que je porte aux ouvriers m’engagea dernièrement à lire un de ces journaux; je fus content de trouver que les sujets utiles n’y

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faisaient pas défaut. Cependant deux choses m’affligèrent. Les colonnes consacrées aux insertions étaient remplies d’annonces de remèdes secrets, et, en' considérant que la santé est toute la fortune de l’ou-* vrier, je déplorais qn’on fit tant d’efforts pour l’amener à user de remèdes qui sont plus propres, je le crains, à miner qu’à rétablir sa constitution. Je fus également mécontent d’y trouver des comptes rendus | de procès correctionnels. Ces comptes rendus étaient' écrits dans un style approprié aux esprits les moins cultivés, et faits pour tourner en plaisanterie les événements les plus pénibles et les plus humiliants de la vie. Si les journaux des riches se faisaient un sujet d’amusement des vices et des misères du pauvre, il n’y aurait qu’un cri contre eux, et on aurait raison. Mais n’est-cc pas quelque chose de pire, que de Yoirj les plus pauvres chercher des sujets de rires et d’amusement dans la dégradation, les crimes, les malheurs,! le châtiment de leurs frères, de ceux qui, comme eux, sont condamnés à porter le plus lourd fardeau de la vie, et qui ont succombé aux tentations de la misère? Mieux vaudrait entrer dans un hôpital, et là, rire des] plaies et des eontorsions des malades, ou du délire furieux des aliénés, que de nous amuser d’excès brutaux et de passions infernales, qui n’exposent pas seulement le criminel à la pénalité écrasante des lois humaines, mais qui encourent le déplaisir du ciel, et qui, si Je repenlir ne les suit pas, entraîneront d^*. terribles punitions dans la vie à venir.

ŒUVRES SOCIAIES DE CIIA^N1^’G.

Le clirislinnisme est le grand moyen d’amélioralion personnelle.

Il nous reste un sujet important. Ce grand moyen d’amélioration personnelle : le christianisne, n’a pas encore été traité, et sa grandeur me défend de l’aborder maintenant. Je dirai seulement que si vous étudiez le christianisme dans ses monuments primitifs et non dans les symboles humains ; si vous considérez avec quelle évidente il nous révèle Dieu, quelle vie nous donne la grâce et l’énergie spirituelle qu’il nous promet ; comme il s’accorde avec la raison, la conscience et les meilleures affections de l’homme ; comme H se prête à nos hesoinsj à nos chagrins, à nos inquiétudes et à nos craintes; si vous considérez la force de ses preuves, la pureté de ses préceptes, la grandeur divine du caractère de son auteur, et l’immortalité qu’il ouvre devant nous, vous sentirez qu’il vous faut l’accueillir avec joie, avec reconnaissance, comme un secours, comme un encouragement dans l’œuvre de votre éducation personnelle, que vous chercheriez vainement ailleurs,

S«cessilé dvS ? .nyiUon de rcnfance.

J’ai indiqué quelques-uns des moyens d’éducation personnelle. J’espère que les réflexions que j’ai faites en suggéreront d’autres à ceux qui m’ont honoré de leur attention, et que l’intérêt qu’elles exciteront durera plus longtemps que l’heure présente. Je dois cependant à la vérité, de faire une dernière remarque. Je ne veux pas faire naître des espérances déraisonnables. Je dois donc dire que les moyens que je vous ai recommandés, bien qu’ils soient de nature à rc-

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compenser largement, et à tout âge, quiconque en 1 usera sincèrement, ne produiront cependant leur eflet j le plus complet et le plus heureux, que là où une | / éducation donnée de bonne heure aura préparé Tes- ' prit pour l’amélioration à venir. Ceux dont l’enfance a été négligée, bien que plus tard ils fassent des pro- \ grès dans la vie, ont grand’peine à réparer la perte de leurs premières années, et je le dis, afin que tous \ nous tâchions d’éviter cette perte à nos enfants, en les \ préparant, autant que nous le pourrons, à profiter de / tous les moyens d’éducation personnelle que les années apporteront avec elles. C’est pourquoi je vous prie de considérer d'un ail favorable ce que notre législature ainsi que de simples particuliers ont fait dernièrement ppur nos écoles publiques. La législature à établi, il y a quelque temps, un comité d’éducation avec un secrétaire, qui doit consacrer tout son temps à l’amélioration des écoles publiques. Je ne pense pas qu’on puisse trouver dans notre pays quoiqu’un de plus propre à remplir cette fonction de haute responsabilité que celui qui l’occupe maintenant*, et si ses efforts sont couronnés de succès, il acquerra un titre à la reconnaissance des gens de bien tel qu’aucun citoyen n’en a encore mérité dans cet État. Permettez-moi aussi de vous rappeler la munificence d’un simple particulier* qui, par une généreuse donation, a encouragé la

• M. Horace Mann a en effet conlribuo pins que personne àl'clablissement du régime acli.'el des écoles publiques Hans le Ma sacluissels, régime infiniment supérieur à celui des écoles prussiennes, qui suit copenHant ce qu’on possède de moins imparfait dans l’ancien continent.

I.e nombre proportionnel des enfants qui vont à l’école est plus considérable dans le Massaebussets qu’en aucun autre pays. (En. Lab.)

* M. Edmond nwiglit.

législature à voter l’établissement d’une ou deux écoles normales, afin de former de bons maîtres pour la jeunesse ; c’est là une mesure dont les progrès de l’éducation dépendent avant tout. Ceux qui s’intéressent activement à l’éducation publique sont les vrais bienfaiteurs de leur pays ; leurs noms méritent d’être transmis à cette postérité, qui devra ses plus puissantes ressources à leur prévoyante générosité.

Les établissements d’instruction doivent être dotés largement.

11 y a un autre moyen de faire avancer l’éducation dans toute la confédération, sur lequel j’appelle votre attention. Vous n’ignorez pas quelle est la vaste étendue ainsi que la valeur des terres publiques de l’Union. La vente annuelle de ces terres verse dans le trésor public des sommes considérables qui servent aux dépenses courantes du gouvernement. Cet emploi n’est pas nécessaire. En vérité, le pays s’est mal trouvé de l’excès de ses revenus, Je demande maintenant pourquoi les terres publiques ne seraient pas consacrées (en tout ou en partie, suivant le cas) à l’éducation du peuple? Cette mesure procurerait d’un seul coup ce dont le pays a le plus grand besoin, c’est-à-dire des maîtres capables, accomplis, zélés, et cela pour toute la génération qui s’élève. La faible rémunération accordée aujourd’hui aux instituteurs est d’un sombre présage ; elle est le seul obstacle réel que la cause de l’éducation ait à combattre. Nous avons besoin pour nos écoles d’iiommes et de femme» de talent, dignes par leur intelligence et leur moralité qu’on leur confie la jeunesse ; pour les avoir il faut les payer libéralement et leur donner d’autres preuves encore de la con-

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fiidération que nous avons pour eux. Dans l’état présent du pays, quand tant de voies sont ouvertes à la fortune, on ne peut engager des hommes supérieurs i à accepter des fonctions aussi pénibles que celles de ; l’enseignement, et d’une responsabilité aussi lourde, i sans des encouragements plus forts que ceux qu’on leur offre maintenant, ailleurs que dans nos grandes cités. Les fonctions d'instituteur devraient être considérées et récompensées comme étant des plus honorables de la société ; et je ne vois pas comment cela peut se faire, du moins de notre temps, à moins qu’on n’y emploie le domaine public. C’est la propriété du peuple, et seule elle suffit pour lui donner prochainement un système complet d’éducation publique*.

Cet objet important pour toutes les classes de la société intéresse surtout ceux dont les moyens de progrès sont restreints par une position peu aisée. Le peuple devrait s’y consacrer comme un seul homme, y travailler avec une seule âme. Artisans, fermiers, ouvriers I unissez-vous pour que le pays retentisse de ce cri : « Les terres publiques pour l’éducation I » Envoyez dans les conseils de la nation des hommes qui plaident cette cause avec force. Ni les triomphes de parti, ni les coalitions, ni les associations ne peuvent autant contribuer à votre progrès que la mesure qu’on vous propose. Rien, si ce n’est une éducation plus élevée, ne peut vous donner plus d’influer ,se et plus de véritable dignité. Les ressources du ûomaine public sagement appliquées, pendant plusieurs générations, à l’éducation de la société et de l’individu,

* Ce que demandait Channing a été fait en grande partie, grâce aux efforta d’Uorace Mann et de ses amis. (Éd. Lab.)

créeraient un nouveau peuple, éveilleraient dans la nation des forces morales et intellectuelles, telles que n’en présente l’histoire d’aucun pays et faites jiour commander le respect et exciter l’émulation du monde civilisé. Pour ce grand objet, les ouvriers doivent s’unir avec un irrésistible enthousiasme dans tous les partis, dans tous les États. Ils doivent séparer cette question de toute querelle étroite ou locale. Ils ne doivent pas permettre qu’on la mêle aux intrigues politiques. Dans cette affaire, l’enjeu de leurs enfants, le leur propre, est immense. Puisssent-ils être fidèles à eux-méines, à la postérité, à leur pays, à la liberté*, à la cause du genre humain !

Des objections contre l’instruction des classes laborieuses.

Je n’ignore pas que toute la pensée de ce discours rencontrera de l'opposition. Il est plus d’une personne qui me dira : « Ce que vous nous dites sonne bien, mais c’est impraticable. Les hommes qui rêvent dans leurs cabinets combinent d’admirables théories ; mais la vie pratique les dissipe, comme le vent emporte une toile d’araignée. Vous voudriez que tous les hommes fussent instruits, mais la nécessité veut que la plupart des hommes travaillent, et qui des deux, celui qui a du loisir, ou celui qui n’en a pas, a le plus de chance de l’emporter sur l’autre? Une faiblesse sentimentale peut reculer devant cette vérité ; mais il n’est pas moins vrai que la plupart des hommes ont été faits non pour l’éducation, mais pour le travail et la peine. »

J’ai énoncé l’objection en termes énergiques, afin que nous puissions la considérer en face. Pour moi,

DE L’ÉDUCATION PERSONNELI.E Ti

j’cn nie la valeur. La raison aussi bien que le sentiment s’élèvent contre elle. Certes, il est à croire que l'Éternelle Sagesse et l’ÉternelIe Bonté, en donnant à tout être humain la raison, la conscience et l’arfection, a entendu que ces facultés fussent développées; il est difficile de croire que Celui qui a fait ainsi de tous les hommes ses enfants, en ait cependant destiné la grande majorité à user leur vie dans les occupations les plus basses et dans d’infructueuses fatigues, au profit du petit nombre. Dieu ne peut pas avoir créé des êtres intelligents pour qu’ils avortent. Dans le corps, nous ne voyons pas d’organes faits pour s’atrophier dans l’inaction ; bien moins encore les facultés de l’âme nous ont-elles été données pour rester ensevelies dans une léthargie perpétuelle.

On répondra peut-être que l’intention du Créateur doit être inférée non de la théorie, mais des faits ; or, c’est un fait évident, que l’ordre et la prospérité de la société, qu’on doit supposer aussi dans les intentions de Dieu, demandent au peuple l’action de ses mains et non le développement de son esprit. Je réponds qu’un ordre social qui exige le sacrifice de l’esprit est très-suspect, et que véritablement il ne peut être sanctionné par le Créateur. Si, visitant un pays étranger, j’y voyais la grande majorité du peuple, mutilée, estropiée, privée de la vue, et que l’on me dît que l’ordre social exige cette mutilation, je dirais : Périsse cet ordre social ! Qui donc ne regarderait pas comme une insulte faite à son intelligence et à scs meilleurs sentiments, d’entendre dire que telle est l’intention de Dieu ? Et nous ne devons pas considérer avec moins

72 ŒliVnES SOCIALES DE CIIANNiNG.

(l’aversion un système social qui ne peut se soutenir qu’en mutilant et en aveuglant l’esprit du peuple.

Mais serrons la question de plus près. Le travail et l’éducation sont-ils inconciliables? Et d’abord nous avons vu que l’homme, au milieu même de son travail, peut et doit s’améliorer sensiblement, qu’il peut cultiver en son cœur le sentiment de la justice, la bienveillance et le désir de la perfection. Le travail est l’école de ces grands principes, et nous avons de fortes raisons de penser que, sous d’autres rapports, il ne doit pas nécessairement frapper l’âme de stérilité. Puis nous avons vu que les sources les plus fécondes de vérité et de sagesse ne sont pas les livres, tout précieux qu’ils soient, mais bien l’expérience et l’observation, et elles sont de toutes les conditions. Une autre considération importante, c’est qu’il n’est point de travail qui ne demande de l’activité intellectuelle, et que les meilleurs ouvriers sont ceux qui fortifient leur esprit ; ainsi ces deux intérêts, le travail et l’éducation, se donnent la main. C’est l’esprit, après tout, qui fait la besogne du monde ; plus il y a d’esprit et plus il y a de travail exécuté. L’homme, suivant le degré de son intelligence, fait accomplir à une force donnée une plus grande tâche, remplace les muscles par l’habileté, et avec moins de peine donne un produit supérieur. Rendez îes hommes intelligents, ils deviennent inventifs. Ils trouvent des procédés plus rapides. Leur connaissance de la nature les aide à mettre ses lois à profit, à comj)rendrc les substances qu’ils travaillent, à saisir les indications utiles que l’expérience fournit constâm*

DE L’ÉDUCATION PEIlSONNELLE. 75

ment. C’est par des ouvriers que quelques-unes des machines les plus utiles ont été inventées. Répande* l’éducation, et, comme le montre l’histoire de ce pays, les inventions utiles ne connaîtront pas de limites. Vous pensez que l’homme sans éducation n’exé- ^ cutera que mieux ce que vous appelez les corvées de la vie. Allez donc dans les plantations du Sud. Là ou lait de l’esclave une pure machine. Il est dépouillé des droits de l’homme, onétoulTe toute sa nature spirituelle, afin qu’il travaille et ne fasse rien que travailler ; et dans cette agriculture arriérée, dans ce sol épuisé, dans l’état grossier des procédés, vous trouverez le commentaire de votre doctrine, vous verrez si en dégradant l’homme vous en faites un ouvrier plus productif !

De la noblesse Ju travail manuel.

Mais on dit que toute éducation un peu développée met l’homme au-dessus de son étal, lui fait regarder son métier comme bas et vil, et le dégoûte des occupations vulgaires. Je réponds que riioimne s’intéresse à sa tâche, suivant que son esprit travaille en même temps que ses mains. Un fermier instruit qui comprend la chimie rurale, les lois de la végétation, la structure des plantes, les propriétés des engrais, les influences du climat, qui réfléchit à ce qu’il fait et (pii emploie scs connaissances, suivant les besoins du jour, est un ouvrier plus actif et plus estimable que le paysan dont l’esprit est aussi matériel que la terre (pi’il foule, et dont la vie se passe à exécuter le même travail monotone, sans réflexion et sans profil. Mais ce n’est pas tout. Pour(juoi, je le demande, dédaigne-

ŒUVIŒS SOCIALES DE CIIANNIRG.

l-on le travail manuel en y attachant une idée de bassesse, et pense-t-on qu’un peuple intelligent doiviî le mépriser? La grande raison, c’est que dans la plupart des pays pou d’hommes intelligents s’y sont livrés. Que des gens instruits labourent et bêchent; qu’ils s’adonnent aux travaux les plus communs, et la charrue, et la bêche, et le comptoir cesseront d’être dédaignés. C’est l’homme qui fait la dignité de la fonction, et non pas la fonction qui mesure la dignité de l'homme. Les médecins et les chirurgiens font des opérations plus ^ dégoûtantes que celles de la plupart des artisans. J’ai vu un chimiste .distingué couvert de poussière comme un manœuvre. Cependant ces hommes ne s’avilissent pas. Leur intelligence donne de la dignité à leur travail, et c’est ainsi que nos ouvriers, une fois instruits, donneront de la dignité à leur état.

J’ajouterai que je trouve peu de différence, sous le rapport de la dignité, entre les diverses occupations des hommes. Quand je vois un commis passant ses journées à additionner des chilîres, peut-être simplement à copier, un caissier comptant de l’argent, un marchand vendant des souliers, cela ne me semble pas plus respectable que de fabriquer du cuir, ou des meubles.' Je n’y vois pas plus d’activité intellectuelle que dans les autres métiers. L’homme des champs me semble avoir, dans son travail, plus de chances de perfectionnement que celui qui vit derrière un comptoir, ou qui fait courir sa plume. C’est la marque d’un esprit étroit que de s’imaginer, comme on paraît le faire, (|u’il y a incompatibilité entre l’extérieur simple et rude de l’ouvrier et la culture de l’esprit, au moins la culture la plus délicate. L’ouvrier sous sa poussière

et sa sueur, porte en lui les grands éléments de l’humanité ; il peut en développer les plus nobles facultés. Je ne doute pas que la contemplation de la nature et la lecture des œuvres de génie n’éveillent un enthousiasme aussi vrai sous un vêtement de bure que sous un habit brodé. Nous avons entendu parler d’un aiitcur distingué qui n’écrivait jamais si bien que lorsqu'il était en habit de cour*. Mais la pensée profonde et l’inspiration poétique ont été le plus souvent le partage d’hommes, que leur peu de fortune, une nonchalance habituelle, un vêtement usé, un aspect négligé, disposaient mal à figurer dans les salons. Le co.stume ou le logement ne fait rien pour voir la vérité et pour être sensible à la beauté, et l’on n pour soi-meme d’autant plus de respect qu’on a eu plus d’obstacles à vaincre pour développer Son esprit.

L’ouvrier a toujours du loisir pour son éducation.

Mais, dira-t-on, où les classes ouvrières trouverontelles du temps pour leur éducation? Je répondrai , comme je l'ai déjà fait, qu’une ferme volonté trouve du temps ou en crée. Elle ne laisse pas échapper une minute, et trouve un trésor dans son loisir. Celui qui exerce sa profession avec activité et ardeur, et qui sait économiser les heures, aura toujours une partie du jour à sa disposition; et il est surprenant combien un peu de temps est fécond en progrès, quand on le saisit avec empressement et qu’on en use sérieusement. On a souvent remarqué que ceux qui ont le plus de loisir sont ceux qui en profitent le moins. Une heure par jour,

* C’est BufTon.

consacrée roj'ulièrcmenl à l’clude d'un sujet iidércssaiit, permet d’amasser des trésors de connaissance. Les progrès faits par des clcvcs bien disposés, dans nos écoles de campagne, qui ne sont ouvertes que trois mois dans l’année, et dans nos écoles du dimanche, <pii ne le sont qu’une ou deux heures par semaine, montrent ce que l’on peut obtenir avec de faibles moyens. L’affection, dit-on, met une année dans un seul moment, l'intelligence possède quelque chose de cette puissance. Non-seulement on a lu, mais on a écrit des volumes, tout en voyageant. J’ai connu un homme d’une intelligence vigoureuse, mais n’ayant reçu qu’une éducation imparfaite, et dont l’esprit était presque tout entier occupé de détails d’un grand commerce, qui cependant composa un livre, plein d’originalité, en bateau à vapeur, à cheval, tout en visitant ses pratiques^

Le retour des saisons fournit à un grand nombre d’ouvriers des occasions favorables de développement intellectuel. L’hiver apporte du loisir au cultivateur, et les soirées d’hiver à l’ouvrier des villes. Et, d’ailleurs, dans les pays chrétiens, le septième jour est affranchi du travail. Tout le monde peut consacrer à la culture intellectuelle et morale la septième partie; de l’année ; ce n’est pas une faible part de l’existence. Pourquoi ne fait-on pas du dimanche un moyen de progrès plus efficace? Sans doute le septième jour doit avoir un caractère religieux, mais la religion tient à tous les grands sujets de la pensée humaine, elle conduit et aide à leur étude. Dieu est dans la nature,

' Cri lioniina csl M. llazard, auteur d'tin curieux traité sur la to- I )nlé.

Dieu est dans l’iiistoirc. L’inslruclion ([ue nous offrent les œuvres du Créateur, en nous révélant sa perfection par leur harmonie, leurs bienhiits et leur grandeur ; l’instruction que donnent les histoires de l’Église et du monde, en montrant dans tous les événements la main divine, en faisant ressortir les grandes leçons de morale dont abonde la vie humaine, l’instruction puisée dans l’exemple des philanthropes, des saints, des hommes distingués par leur piété et par leur vertu ; toutes ces branches d’études font partie de la religion , et conviennent au dimanche ; on peut ainsi donner au peuple un enseignement considérable. Le dimanche ne devrait pas rester, ce qu’il est aujourd’hui pour la multitude, un jour monotone et sans profit. On peut lui prêter un nouvel intérêt et une nouvelle sainteté. Il peut donner une nouvelle impulsion à l’âme de la nation.

J’ai montre que l’on peut trouver du temps pour son éducation, et le fait est que, parmi les gens les plus instruits, un bon nombre se compose de personnes qui passent la plus grande partie de la'journée dans des bureaux, près d’une caisse, ou dans quelque autre sphère étroite, enchaînés à des professions qui sont peu faites pour développer l’esprit. Avec le progrès de la société, l’accroissement des machines, et d’autres secours que l’intelligence et la philanthro- )>ie multiplieront, nous pouvons espérer que plus on ira et plus on réduira le temps des travaux manuels au prolit des occupalions intellectuelles et sociales.

Des (lislraclions qui contribiionl à réducation personnelle.

Mais quelques personnes diront : « Quand on accorderait que les ouvriers peuvent trouver du loisir, ne faut-il pas leur permettre de l’employer dans quelque récréation? N’est-il pas cruel de les appeler du travail des mains au travail de l'esprit? Ils ont gagné du plaisir par le labeur de la journée, ils doivent en jouir. » Oui, qu’ils aient du plaisir. Loin de moi l’idée de tarir les sources où ils se rafraîchissent, de dessécher les coins de verdure où ils se reposent après les fatigues qu’impose la vie; mais je soutiens que l’éducation multiplie et augmente les plaisirs de l’ouvrier, qu'elle lui crée de nouvelles jouissances, qu’elle empêche, ce qui n’arrive que trop souvent, son loisir d’clre ennuyeux et fatigant, qu’elle le préserve d’excitations et de plaisirs mortels pour le corps et pour l’âme. L’un des grands bienfaits de l’éducation personnelle, c’esl qu’elle élève le peuple au-dessus des jouissances de la brute, et lui procure des plaisirs dignes de l’homme. En coAnoment, dans notre pays, grâce à l’éducation intellectuelle, tout imparfaite qu’elle soit, la lecture fournit aux hommes, au.x femmes et aux enfants do toutes les conditions des jouissances infinies et que n’ont pas connus des temps moins civilisés. Aujourd’hui un grand nombre d’écrivains de talent s’occupent à multiplier dos ouvrages intéressants. AValtor Scott, nom brillant au milieu des plus brillants do son époque, a répandu son esprit inépuisable en fictions, si gaies et si touchantes qu’elles ont pris leur place parmi les délices de toutes les nations civilisées. Que dominions d’individus ses pages ont enchantées! A combien

(l’àmcs affligées a-t-il fait ouhlicr leurs soucis et leurs peines! Combien en est-il qui, fatigues du travail de leur journée, ont dû à scs récréations magiques quelques soirées gaiement passées, et un sommeil plus doux I Et il n’y a pas que les fictions qui charment ; à mesure que l’esprit est cultivé il se plaît davantage à la lecture de l’histoire, des biographies, des descriptions de la nature, des voyages, de la poésie, et même des ouvrages plus sérieux. L’éducation ne détruit donc pas le plaisir du travailleur.

Il y a une autre espèce de distractions auxquelles la culture de soi-meme initie le peuple. Je veux parler des cours, des discussions, des réunions littéraires ou de bienfaisance, et des autres manières de passer la soirée que chaque année multiplie chez pous. Un discours populaire d’un homme éclairé qui sait toucher l’esprit du peuple est un noble plaisir, aussi bien qu’une source d’instruction. Le silence profond de nos salles publiques, l’atlcntion de nombreux auditeurs, prouvent assez que l’éducation n’est pas l’ennemie du plaisir.

J’espère que dû progrès de rintclligence, du goût et des moeurs dans toutes les parties de la société, naîtra chez nous un genre d’amusements publicsayant quelque ressemblance avec les plaisirs du théâtre, mais purifié des vices qui dégradent aujourd’hui notre scène, et finiront, j’en suis sûr, par en consommer la ruine. Les représentations dramatiques et les lectures publiques excitent chez le peuple une sympathie plus vive pour un auteur de génie, et lui donnent , de ce qu’il y a de grand, de bon, de touchant dans de j)areillcs conceptions, une idée bien plus juste que ne peut

80 ŒlIVrtES ‘OCIALES UE CIIANNING.

le faire une Icelurc solitaire. Pour répandre la lumière sirr un grand poeme, ou sur quelque production littéraire pleine de passion, quel commentaire vaut la voi.v du lecteur ou de l’orateur qui a le sentiment de son auteur, et un ton puissant et varié? Un auditoire électrisé par une pensée sublime, ou ému d’une douleur sympathique, grâce à une belle voix, goûte un plaisir à la lois exquis et délicat ; et je ne puis m’em- |)ccher de croire que cet amusement et d’autres semblables, dont la délicatesse des femmes et la pureté des chrétiens ne peuvent être choquées, se répandront à mesure que gagnera l’éducation sociale.

Qu’il me soit encore permis d’ajouter qu’avec la diffusion des lumières, la conversation, le moins coûteux et le plus facile des plaisirs, devient une jouissance bien plus vive ; c’est après tout le plus grand amusement de la vie, la joie du foyer, le charme du travail : c’est elle qui anime doucement nos cœurs, qui agit sur nous comme l’air embaumé ou la brillante •lumière du ciel, en nous pénétrant de son influence toujours présente et si douce qu’on ne la sent pas. Cette source de bonheur est trop souvent perdue pour les hommes de toutes les conditions, faute de connaissances, d’activité mentale, et de délicatesse de sentiment. Privons-nous le travailleur de son plaisir en lui recommandant une amélioration qui placera à sa parlée les jouissances de la conversation, jouissances de chaque jour, de chaque instant ?

L'<klucation du peuple csl la lin de la société.

J’ai donc considéré quelques-unes des objections qu’on rencontre ordinairement, quand on insisté sur

l’éducation du peuple, comme étant la grande tin de la société. Quant à moi, ces objections me semblent mériter peu d’attention. Dire que la grande majorité des êtres humains, malgré leurs facultés rationnelles et immortelles, sont placés sur la terre, simplement pour gagner avec peine leur subsistance matérielle, et fournir au luxe et à l’élévation du petit nombre, c’est une doctrine trop choquante pour avoir besoin de réfutation. Il est monstrueux, il est impie de supposer que Dieu a posé d’insurmontables barrières à l’expansion de cette âme dont la liberté ne souffre point de bornes. Certes, il y a des obstacles dans la voie du progrès ; mais dans ce pays les principaux obstacles sont, non pas dans notre condition, mais dans nousmêmes ; non pas dans les difficultés extérieures, mais dans nos penchants mondains et sensuels ; la preuve en est qu’on songe à une véritable éducation personnelle à la Bourse aussi peu que dans l’atelier, chez les riches aussi peu que chez les pauvres. Le chemin de la perfection est difficile pour toutes les conditions ; il n’y a point de route royale ni pour les grands ni pour les petits. Mais les difficultés sont faites pour exciter et non pour décourager. L’esprit humain doit se fortifier dans la lutte. Que n’a-t-il pas déjà surmonté I Pendant des siècles s«us quel poids d’oppression n’a-t-il pas avancé ! Quelles énormes difficultés u’a-t-il pas écartées? Après tant d’expériences, dironsnous, qu’il faut désespérer des progrès du peuple, que la chaîne des besoins physiques est trop forte et trop pesante pour être hrisée par l’esprit, que des travaux serviles et stériles sont la condition immuable de la majorité du genre humain ?

Prières du peuple.

Je termine en vous rappelant le trait le plus heureux de notre époque, c’est-à-dire les progrès du peuple en intelligence, en respect personnel, en bienêtre. Quel contraste entre le présent et le passé! Il n’y a pas longtemps que la nation était la propriété d’un seul homme qui risquait tous les intérêts populaires dans des guerres continuelles, uniquement pour agrandir sa famille ou soumettre de nouveaux territoires’. La société était partagée en deux classes, les nobles et le peuple, séparés les uns des autres par un abîme aussi infranchissable que celui qui divise les élus et les maudits. L’individu n’avait aucune valeur, le peuple formait une masse, une machine dans la main de scs maîtres. Dans la guerre, qui était le grand exercice du temps, ces braves chevaliers dont on nous conte les prouesses, s’enfermaient eux et leurs chevaux dans une armure qui les rendait à peu près invulnérables, tandis que le commun du peuple à pied et sans défense allait se faire tailler en pièces ou écraser par une race supérieure. Qui donc en comparant la situation de l’Europe il y a quelques siècles avec l’état présent du monde, ne bénirait Dieu de ce changement? La marque distinctive des temps modernes, c’est pour le peuple la sortie d’une dégradation abrutissante, c’est la reconnaissance graduelle de scs droits, c’est la diffusion croissante des moyens de progrès et de bonheur, c’est la création d’un nouveau pouvoir dans l’État, le pouvoir du peuple. Et il est digne de remarque, que cette révolution est duc, en grande partie, à la religion qui,

* L’Europe en csl encore là. (Cli.)

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DE L’Él)UCATIO^ PERSONNELLE. 83

entre des muins hal)iles ou ambitieuses, avait courbé la tête du peuple dans la poussière, mais qui,'^vcc le temps, a commencé à remplir sa mission de liberté. Ce bit la religion qui, en enseignant aux hommes leur étroit rapport avec Dieu, éveilla en eux la conscience de leur importance comme individus. Ce fut la lutte engagée pour leurs droits religieux qui ouvrit les yeux des peuples sur leurs autres droits. Ce fut la résistance opposée à l’usurpation religieuse qui conduisit à résister à l’oppression politique. Ce fut la discussion religieuse qui fit naître partout la pensée libre et énergique. Ce fut la religion qui, en Angleterre, arma le martyr et le patriote contre le pouvoir arbitraire, qui endurcit nos pères contre les dangers de l’Océan et du désert, et les envoya fonder ici l’État du monde où règne la plus grande liberté, la plus parfaite égalité.

De l’avenir cl dos devoirs du peuple.

Remercions Dieu de ce que nous avons conquis, mais ne croyez pas que tout soit achevé. Le peuple doit sentir qu’il ne fait qu’entrer dans l’arène. Combien il reste à faire ! Que d’ignorance, d’intempérance, de grossièreté, de sensualité ne trouve-t-on pas encore dans notre société ! Que d’esprit paralysé et perdu ! Lorsque nous songeons que chaque maison pourrait être vivifiée par l’intelligence, le désintéressement et la civilisation, et que nous nous rappelons dans combien de demeures les facultés et les aifections les plus nobles sont ensevelies comme dans des tombeaux, quelle teinte sombre s’étend sur la société ! Ht combien peu d’entre nous sont éhms par cette désolation morale?

81 ^(EliVRES SOCIALES 1»E C11ANN1^G.

Combien peu comprennent qu’clcver les humbles à la dignité d’homme par^une sage éducation, est la fin suprême de la société ? Honte à nous qui sentons si peu la valeur de nos semblables !

Je voudrais pouvoir parler au peuple de ses besoins, de ses droits, de sa responsabilité, avec une voix qui le réveillât. Je lui dirais : « Vous ne pouvez pas, sans crime, sans honte, vous arrêter où vous êtes. Le passé et le présent vous crient d’avancer. Que ce que vous avez gagné soit un stimulant pour arriver plus haut. Votre nature est trop grande pour être écrasée. Vous n’avez pas été créés ce que vous êtes, uniquement pour travailler, manger, boire et dormir comme les animaux. Si vous voulez, vous pouvez vous élever. Nul pouvoir dans la société, nul obstacle dans votre condition ne peut vous abaisser ; si vous ne gagnez pas en science, en pouvoir, en vertu, en influence, c’est votre faute. Ne vous laissez pas endormir par les flatteries dont on vous berce, comme si votre part de souveraineté nationale vous rendait égaux aux plus nobles de votre race. Il vous manque beaucoup, et de grandes choses ; le remède n’est pas dans l’urne du scrutin, ou dans l’exercice de vos droits politiques, il est dans l’éducation consciencieuse de vous-mêmes et de vos enfants. Ces vérités vous les avez souvent entendues, et puis vous vous êtes endormis. Réveillezvous ! Prenez la résolution sérieuse de vous instruire ! Rendez-vous dignes de vos institutions libres, fortifiez-les et perpétuez-lcs par votre intelligence et par vos vertus ! »

ri.N DE t’ÊUUCATIU.N I ElliO.\.NEU.B,

DE l’&LETATION

TABLE DES MATIÈRES

5 ATtwT-PBnyo», parM. Ed. 8 7

15 Inlfixliiclion. .... ■ ^

IS Oii»ervations

19 Disnilé du travail.

ÏS Uienfaits du travail ; .

ajs Le travail ne doit p.is être cxccisif et il doit #tre var.e .

‘a La aafteise tSt de S ' élever par le travail en uuuser va nt une ( -« la tenec mode »l a . lO ii 26 Left qualités et le mérite personnel asslttneiit i eliâi-un sa vjoic pinte. .... Itu

2 g uanKer pour l'ouvrier des brieues noliiuiuej. ‘ ï!i

29 Pour i'eie\er, le peuple doit remplacer la pasdlun par- lu lellexion lia

50 Dangers de l'exaltation ixiliiiquc dans toute» le» olaiies

«1 La v^ ritaPlfe èlfvaiion est celle de l'âme. » ♦ . • • ***

M l.'âmft et l’rsprit se fie la matière ; dès lors 1 ou^rica 8 eKîVür

' iwrte tnivait ; ij;

5» hn quoi consiste TéléTatHin de l’âme ]\L

' o 5 he sujei principal ; Jf;

39 La force de la pensée sert h l’acquisition de la vente.

40 La recnerche ae la vêriié est la vraie base de l'èduraliOik JJJ

41 ubieis sur lesquels la pensée doit s’exercer ti s

9 kk La nature comiiy oojei dvtiide.. ?î n

ï 4é C est ennous-méme que se trouve lâ vérité « » W

“IW Ce qu'il laui comprendre et sentir pour èievcr top àme

-.47 te qui éclaire et élève Tesprit . v. . ioi

4» Elude de la nature humaine. . . 7 . . . . . . • * :, • * '^ * • • • ~ ™

60 L’homme e 4 t un être libre, créé pour agir et pour décider de sa propre des-

tinée

61 De l'importance de l’individu

51 Les grandes idées soni plus lories que les p:i 8 sîon 8

13 Lis «rondes pensées vininem du travail naturel de noire e»pi 11 Uv

51 La vérité Se révèle Ü'elle-même 4UX cOtifS niitri, aui espiits dioits 14»

65 M a ï s cei r e révé l at i on ne se f a ii pa r passWcmeni. Ett e e stfe ré sultat d e 1 et er»

cice de nos faï ultés . » • • •

50 Le Principe moral Cl reltffteux'ea la base de rèîtuuatnra personnelieTr-. . . •

56 oranOrur de la puissance morale. . . Î 7 Y

La livn?»ont muips de v aleur 9 ue reipérieuue et la r éfleii e n. Ij *

61 Chaque homme est un livre qui mérite d’être étudié

65 Des préjugés contre l'élévation du peuple ‘ Î?I

““ m Lei gramfe s idées s on t à t a p or tée d e ceux qui c h er ch en t ardemment la v e r tié.

67 La religion est un sujet ouvert 4 tous les espriis

66 un doiirecevoir la rdifiionde ion propre èspHt

69 i*e préjugé des disuni tions sociales au point devugdero« u^^P'^ b»<>»» • * : * frT 71 Le res^ct du rang baisse naiurelfcmeni en raison de l'éléTaliwu au peuple. 133

71 Nécessité de I4 poiiiê^âë dans leê rappovu de la vie

76 Le travail manuel n’exclut pas 7c~prôRrès.“. . . .“T . 7 W®

79 La science sociale la plus éie\ée est encore dane rgiifwce. , . . » . . .... loi

60 La plus Rrandc force de runivér^c^esi l’iisprii : li a conqul» 1* ikialière. . . W

83 L inTempérance csi une cause de misère.. , . . ....

as i.ftdéfnut d 'économie esi une nuire cause de miitérc ... 167

86 Négligeiice de la sanié, autre cau^ misère

8 7 Utiliie de rhygiène pub l ique. ........ * ,

88 La paresse engendre une condition misérable » fTf

89 Noblesse du travail manuel

De la littérature populaire îir

I.V.diiratinn des eufanls deà travailleurs est le plus ^rand moyen de progrès. 176

a Savoii^niieiirnër est le premier des ariset la prenuei e des sciences. i77

94 L’éducation éveille lesracullés ei enseigne à l elève Tusage de sou prupru w prit. 178

96 L’éducation des enlonts d^ouvriers est un grand intérêt social. ISO

97 Foriner au début de Ktvih la lorcn et la justesse de la pi-nsèe . . i8l

flft f r^médp nïï» de la civilisation moderne esi dans uné fealnc apiiUwe ^

lion des principes chyéfiens. 18 1

09 L’auroie d’un âge meilleur. . « » » ICT

lu J Cnuntei et espérances sur ravemr

rSEIS. — IMP. aiMOR RiÇON ET COUP., .EUE P’ERPORTOi 1.

AVANT-PROPOS

Il y a un peu plus de trente ans qu’un philanthrope, dont le nom mérite d’étre conservé à la postérité, Horace Mann, conçut le hardi projet d’effacer l’inégalité séculaire qui divise l’humanité, en appelant tous les hommes au bienfait d’une même éducation. Cette idée, que les contemporains traitaient de chimère, et qui, aujourd’hui, réalisée en partie, fait la grandeur des États-Unis, Channing l’embrassa avec transport -et voulut lui prêter son contours. C’e.st là le mérite des belles âmes, qu’elles s’attachent au bien sans s’inquiéter des difficultés et des dangers de la route; c’est pour cela qu’elles transforment le monde, tandis que les sages, avec tout leur esprit, prennent le présent pour la mesure de l’avenir, et sont condamnés à l’impuissance.

Dès que Qianning apprit qu’Horace Mann quittait son cabinet d’avocat et renonçait à une fortune assurée, pour se dévouer à la cause populaire sous le titre modeste de secrétaire du bureau d’éducation en Massachusetts, il lui écrivit la lettre suivante :

AVANT-PROPOb.

Newiiorl, 19 aoûi 1831.

Clicr Monsieur,

J’apprends que vous vous consacrez à la cause de l’éducation dans notre République. Je m’eu réjouis. Rien ne pouvait me faire autant de plaisir. J’ai longtemps désiré qu’une personne de votre talent se dévouât à cette œuvTe. Vous ne pouvez désirer un plus noble emploi. Le gouvernement n’en a pas de plus noble à donner. Permettez-nioi de travailler sous vos ordres, autant qu’il me sera possible de le faire. Si je puis vous aider, dites-le moi; je serai toujours heureux de causer avec vous de votre entreprise. Quand donc cesseront dans notre pays les tristes et stériles querelles des partis? Quand donc les bons esprits songe- I ront-ils à ce qu’on doit faire pour améliorer solidement et i noblement notre pays? Toutes ces clameurs monotones et I furieuses sur les banques, la monnaie, etc., me fatiguent |la tête et me rendent Tâme malade. On dirait que, pour ces gens-là, les intérêts spirituels de la nation n’existent pas.

Si nous pouvions engager dans la bonne voie la prodigieuse énergie de ce peuple, quel nouveau ciel, et quelle nouvelle terre ne s’ouvriraient-ils pas devant nous? Je ne désespère pas. Votre dévouement est un heureux présage. Vous n’êtes pas seul; vous n’êtes pas une exception; il doit y avoir une foule de gens qui seront touchés par les vérités qui vous enflamment.

J’espère que ce nouveau genre de vie vous donnera une sauté et une vigueur nouvelles. Si vous pouvez garder la force du corps, je n’ai pas de doutes sur la force et l’activité de votre esprit. Je vous écris à la hâte, parce que je ne suis pas très-vaillant; tout effort m’épuise; mais j’avais besoin île vous exprimer ma sympathie. Que Dieu vous conduise!

Votre sincère ami,

W. E. Chakning ‘

* Mcjnoir >f W. E. Channing. London, 1851 ; p. 351.

Quelques mois plus tard, Channing accompagnait Horace Mann à une réunion qui avait pour objet d’établir des associations locales pour l’amélioration des écoles populaires. Malgré l’éloquence d’Horace Manu, l’opinion était indécise. La nouveauté de l’entreprise effrayait les plus honnêtes gens. Dès le premier jour, au contraire, Cbanning avait compris la grandeur de l’œuvre. Il mettait toute son ambition à la servir et à lui conquérir la faveur populaire. On en peut juger par un discours improvisé qu’il prononça à la suite d’une lecture d’Horace Mann. Quoique nous n’ayons de ce discours qu’une sténogra|ibie imparfaite, il est cependant peu de pages qui nous permettent de mieux lire dans l’àine de Cbanning. Personne n’a aimé le peuple avec plus de tendresse et de discernement.

« Le docteur Cbanning a dit : J’estime les écoles communes , parce qu’elles sont communes, c’est-à-dire destinées à favoriser l’éducation de tous. Nous avons un petit nombre d’établissements choisis, où ceux qui se consacrent à l’étude de la science trouvent tous les secours nécessaires; mais les plus intéressantes de nos institutions littéraires, ce sont nos écoles populaires. Je désire que tout individu reçoive de l’éducation, non pas seulement à cause de ses dispositions naturelles, du rang qu’il occupe, ou do la fonction qu’il doit remplir, mais surtout parce qu’il est homme, qu’il a une àme capable d’un perfectionnement indéfini, et qu’il est fondé à réclamer ce privilège par droit de naissance.

« On nous dit que tel individu doit recevoir une éducation étendue, tandis que tel autre, qui occupe un rang plus humble dans la société, n’a besoin que d’une éducation des plus bornées. Au gouverneur d’un Etat il faut, dit-on, une éducation complète; le cordonnier n’a besoin que de connaître sa forme et son cuir. Pour(|uoi donc ce dernier, malgré l’humilité de son état, n’aurait-il pas la permission d’ouvrir les yeux à la lumière de la science? Est-ce que son âme est

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plus étroite que celle d’un gouverneur? Est-ce qu’il n’est pas, lui aussi, père, fils, mari, citoyen, homme enfin, c’est-à-dire un être moral soumis aux lois divines? Élever un enfant est une œuvre plus difficile que de remplir les fonctions d’un gouverneur. Qu’cst-cc donc? C’est prendre la direction d’une âme, c’est cultiver la pensée, c’est enseigner les devoirs que nous avons envers Dieu et envers nos semblables. Est-ce qu’un père peut enseigner ces devoirs à son enfant, s’il ne les a point appris lui-meme? Quel que soit son métier ou son rang, tout homme a besoin d’éducation pour faire bon usage de ses facultés, et les développer durant sa vie.

« On prétend que si ces idées sur l’éducation triomphaient, le travail manuel disparaîtrait; on ne ferait plus rien ici-bas. Mais pour bien travailler il faut être intelligent; l’ouvrier travaille d’autant mieux qu'il sait ce qu’il fait, qu’il est poussé par des motifs qu’il comprend et (|u’il sent. Est-ce que l’ignorance fait travailler davantage? Comparez la besogne de l’esclave, dont l’esprit est étroit et écrasé, avec celle d’un laboureur ou d’un ouvrier éclairé. On ne ferait pas marcher une fabri(jjie avec des esclaves. Leur ignorance seule les rendrait incapables. 11 y a une foule d’arts mécaniques qui exigent des ouvriers intelligents et bien élevés.

« Nous avoas besoin de bons travailleurs qui s’élèvent eux-mêmes tout en contribuant à la richesse générale. Le milieu où ils sont placés est fait pour exciter leur esprit, pour éveiller leur pensée, pour leur donner le sentiment de la responsabilité. Ils sont en rapport étroit avec leurs semblables et, si l’éducation ne leur manque pas, ils peuvent, même dans la plus humble situation, exercer autour d’eux l’inlluence la plus salutaire.

0 Le principe que je suivrais pour élever un homme, je le suivrais pour tous. En ce qui touche ses facultés naturelles, le pauvre ue diffère pas du riche. Il est également

/ DE L’ÉLÉVATION DES CL\SSES OUVRIÈRES. 9i

capable de se perfectionner ; une bonne éducation ne lui est pas moins avantageuse.

« 11 est encore d’autres raisons qui me font désirer que l’éducation soit universellement répandue. Nos institutions exigent cette diffusion générale. Elles sont faites pour le peuple tout entier. Si le peuple ne reçoit pas d’éducation, le bienfait de ces institutions est perdu; le pouvoir du peuple est affaibli. Pour jouir de la liberté, il faut que tout citoyen ait le moyen de s’élever plus haut.

« En Amérique, chacun a sa part de la souveraineté nationale. En d’autres pays le peuple a combattu pour être Souverain; ici chaque homme est un souverain. Chaque citoyen participe à la législation et au gouvernement. Est-ce que celui qui a de pareils devoirs à remplir ne doit pas recevoir l’éducation la plus libérale?

« 11 le faut, si l’on veut avoir la paix et l’union ; U le faut surtout chez un peuple qui ne connaît pas d’ordres privilégiés. En d’autres pays, la classe qui a en main le pouvoir a tous les moyens de s’instruire. Pour garder sa puissance, elle empêche les autres classes de s’éclairer. Mais l’esprit du gouvernement américain c’est de rapprocher et d’unir par l’éducation toutes les conditions et toutes les classes.

« L’éducation assure des chances plus égales pour faire fortune. Elle rapproche les hommes, rend leurs rapports plus agréables, engendre l’accord et l’amour. Les barrières sont brisées. Cette culture générale donne à la société plus de politesse et plus de bonheur.

« Je désire que tous les hommes reçoivent de l’éducation. Si on n’instruisait qu’un petit nombre d’individus, rester dans l’ignorance ne serait pas un grand malheur pour la foule. Au temps jadis, quand la masse du peuple ne savait ni lire, ni écrire, l’ignorance n’était pas une infériorité. Mais aujourd’hui que la majorité de la nation est instruite, l’ignorance est le plus terrible des maux ; elle vous condamne à une vie brutale; c’est une véritable dégradation.

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« n faut que l’éducation atteigne jusqu’aux dernières couches de la société; il faut que chacun sente qu’il y a là un devoir social à remplir. Ce devoir est impérieux pour nous qui sommes un peuple industriel ; le travail des manufactures ne favorise pas le développement de l’esprit ; l’uniformité, la monotonie de ses opérations enferme l’esprit dans le cercle le plus étroit. Le laboureur qui vit en face de la nature, et qui l’étudie pour s’en servir, a bien plus d’occasions de penser et de réfléchir.

« Gomment le Massachusetts soutiendra-t-il sa réputation et son rang? Regardez sur la carte; c’est un atome à côté de la plupart des États de l’Union. Qui peut empêcher ce petit État de perdre son influence, et de tomber audessous de pays qui ont sur lui de grands avantages naturels? Rien que l’éducation. Qu’il cultive l’âme de ses citoyens, qu’il les rende instruits et vertueux. Sur cette fondation, il n’a rien à craindre ni pour sa grandeur, ni pour sa supériorité.

t On dit que nous sommes un peuple industrieux, pratique, qui aime l’argent. Mais plutôt que de laisser son enfant sans éducation, on devrait vivre de la façon la plus humble et presque se refuser la nourriture et le vêtement.

« J’étais venu ici pour écouter et non pour parler; mais j’ai voulu exprimer toute ma reconnaissance envers le secrétaire du Rureau d’Éducation ; l’homme, je le dis sans flatterie, le mieux fait pour assurer le triomphe de la grande cause qu’il a adopté. Je bénis Dieu qui a permis à M. Horace Mann d’entreprendre cette œuvre excellente et je prierai sans cesse le ciel de lui donner le succès »

Channing ne s’en tint pas là. Si occupé qu’il fût par son ministère et par ses nombreux écrits contre l’esclavage, il trouva moyen, malgré une santé déplorable, de faire ses

* Memoir of Channing, p. 352,

lectures sur VEducation qu'on se donne à soi-même, et Sur r élévation des classes ouvrières. Ce sont des morceaux achevés; ils ont le grand mérite de montrer à la démocratie le chemin qu’elle doit suivre, si elle veut racheter de la misère et du crime ces millions d’individus qui naissent sans autre fortune que leurs bras et leur esprit. C’est en 1 840 que Channing lut à Boston ses deux discours Sur l'élévation des classes ouvrières. 11 les avait écrits pour des sociétés d’apprentis qui venaient de fonder, par souscription, des bibliothèques populaires ; il s’associait à un mouvement d’idées qui commençait en Amérique vingt-cinq ans avant que la France en eût le moindre sentiment.

En 1853. quand j’ai publié ces deux discours dans les Œuvres sociales de Channing, personne n’en a vu la portée ; personne, du moins que je sache, ne s’en est inspiré pour essayer d’une œuvre semblable. Aujourd'hui les choses ont marché, la lumière se fait ; la démocratie française commence à mieux connaitre scs besoins, mais elle cherche encore quels sont les meilleurs moyens d’arriver au but de ses désirs. Parmi ces moyens, il en est un qui passe au premier rang, car il est la condition de tous les autres; c’est l’éducation. L’éducation la plus large possible, c’est la première richesse de ceux qui n’ont rien ; c’est plus encore, c’est la seule chance de salut pour l’homme et pour le citoyen. Tant qu’il y aura dans notre pays des ignorants besogneux, il y aura des charlatans pour amuser la foule et en faire l’esclave et l’instrument de leurs passions. Rien n’est pins aisé que d’égarer ceux qui souffrent, en leur promettant des réformes chimériques ; mais quand on a ameuté contre un gouvernement ou contre une société la faim, la haine et l’envie, quelle plaie a-t-on guéri, quelle misère a-t-on soulagée? C’est par de nouvelles souffrances que le peuple expie ses erreurs, toujours dupe et toujours victime.

Si la démocratie française veut remplir noblement sa

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destinée, il faut donc avant tout que le peuple s’instruise. Mais, en ce point, il faut éviter une illusion funeste. Pour améliorer sa condition, c’est sur lui seul que le peuple doit compter. Ce n’est pas dans un budget surchargé qu’on trouvera les millions nécessaires pour faire l’éducation de la France. C’est affaire à chacun, de s’élever soi-mème, et d’amasser par son travail et son économie les quelques sous qui, en lui permettant de s’instruire, l’affranchiront de l’ignorance et du besoin. Une fois sorti de l’école, toute éducation est chose individuelle; on se forme l’esprit comme on se forme la main, en travaillant chacun de son côté, en essayant ses forces et ses facultés.

S’élever soi-mème, c’est ce qui manque le plus aux Français. On vit en troupeau, on reçoit un mot d’ordre, et l’on se jette avec furie dans la mêlée, comme un soldat qui ne sait pas pourquoi il se bat. De là ces caprices, ces brusques changements d’opinion qui désolent les vrais amis du peuple. Qu’il s'agisse de réforme sociale ou politique, d’art ou de religion, nous n’avons pas de conviction faite, nous nous abandonnons à la passion du moment. La faute en est à notre ignorance. Un homme qui a lu et qui a réfléchi ne s’engage dans un parti qu’à bon escient; il sait jusqu’où il veut aller et ne va pas plus loin. Celui-là n’est ni un esclave, ni un mouton ; il n’appartient qu’à lui-même ; il est son maître. Aussi exerce-t-il autour de lui une influence hienfai.sante; on le respecte et on l’écoute; c’est un citoyen. En Suisse, en Hollande, en Amérique, partout où l’éducation est depuis longtemps répandue et la liberté depuis longtemps pratiquée, on trouve de pareils hommes; il nous en faut en France, et beaucoup; car, s’il est un pays où l’indépendance individuelle soit nécessaire, pour y faire contre-poids à l’excessive mobilité de la foule, ce pays c’est le nôtre. Je n’en connais aucun qui ait plus besoin d’éducation ; j’ajoute, sans flatterie, qu’il n’en est aucun qui, avec de l’éducation, soit capable de faire de plus grandes

choses. Il est foncièrement honnête et bon ; mais il est ignorant, et sa générosité même en fait une proie facile pour les intrigants.

Voilà pourquoi je ne puis trop recommander la lecture de Chamiing à tous ceux qui veulent sérieusement s’améliorer. Dans ses discours il y a plus d’une idée qui étonnera le lecteur français. On trouvera Channing trop religieux ou trop artiste; on dira qu’il a trop de confiance dans la bonté du cœur humain; il n’importe; chacun, en le lisant, en fera son profit. Une œuvre semblable est comme une table richement servie, chacun y choisit le plat de son goût. La seule condition c’est de lire pour soi, sans s’inquiéter de l’opinion d’autrui ou des préjugés du jour; sans autre désir que de s’élever en intelligence et en moralité. Une fois qu’on aura essayé de cette nourriture solide et saine, on n’en voudra plus d’autre; on estimera d’autant plus Channing qu’on commencera à s’estimer davantage. Pour moi, parvenu à l’àge où, n’ayant plus à se soucier de l’avenir, on n’a d’autre ambition que d’éviter aux jeunes générations les abîmes où l’on est tombé, je le dis sincèrement ; Channing et Horace Mann, ces deux hommes de bien, qui n’ont pas joué de rôle politique, ont plus fait pour le peuple que tous les congrès et toutes les assemblées ; ce sont eux qui ont tiré la démocratie américaine de l’ornière des vieux partis ; ce sont eux qui lui ont révélé le véritable secret du bien-être et de la grandeur ; ce sont eux, enfin, qui ont découvert et proclamé la loi de l’avenir. Liberté, démocratie, réforme sociale, tous ces problèmes qui agitent l’esprit moderne ont tous une même solution ; et cette solution n’est autre chose que l’éducation universelle; non pas cette éducation accordée par le gouvernement et réglée comme une aumône, non pas cette instruction uniforme, espèce de dressage, bon tout au plus à faire des soldats, mais cette libre éducation que chacun se domie à soi-même et poursuit toute sa vie, éducation qui, sous un autre nom, n’est que l'iiicessanle

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recherche de la vérité. Chrétiens tous deux, Horace Mann et Clianning ont fait entrer dans la politique et y ont rendu vivante la parole du Christ : la vérité vous affranchira.

ÉD UBODLAYE.

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