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peine leur sul sistunce matérielle, et fournir au luxe et à l’élévation du petit nombre, c’est une doctrine trop choquante pour avoir besoin de réfutation. Il est monstrueux, il est impie de supposer que Dieu a posé d’insurmontables barrières à l’expansion de cette âme dont la liberté ne souffre point de bornes. Certes, il y a des obstacles dans la voie du progrès; mais dans ce pays les principaux obstacles sont, non pas dans notre condition, mais dans nous-mêmes, non pas dans les difficultés extérieures, mais dans nos penchants mondains et sensuels; et la preuve en est qu’on songe aune véritable éducation personnelle à la Bourse aussi peu que dans l’atelier, chez les riches aussi peu que chez les pauvres. Le chemin de la perfection est difficile pour toutes les conditions; il n’y a point de route royale ni pour les grands ni pour les petits. Mais les difficultés sont faites pour exciter et non pour décourager. L’esprit humain doit se fortifier dans la lutte. Que n’a-t-il pas déjà surmonté ! Pendant des siècles sous quel poids d’oppression n’a-t-il pas avancé ! Quelles énormes difficultés n’a-t-il pas écartées ? Après tant d’expériences, dirons-nous, qu’il faut dé’ sespérer des progrès du peuple, que la chaîne des besoins physiques est trop forte et trop pesante pour être brisée parl’esprit, que des travaux serviles et stériles sont la condition immuable de la majorité du genre humain?
Je termine en vous rappelant le trait le plus heureux de notre époque, c’est-à-dire les progrès du peuple en intelligence, en respect personnel, en bien-être. Quel contraste entre le présent et le passé ! Il n’v a pas longtemps que la nation était la propriété d’un seul homme qui risquait tous les intérêts populaires dans des guerres continuelles , uniquement pour agrandir sa
famille, ou soumettre de nouveaux territoires. La société était partagée en deux classes, les nobles et le peuple, séparés les uns des autres par un abîme aussi infranchissabble que celui qui divise les élus et les maudits. L’individu n’avait aucune valeur, le peuple formait une masse, une machine dans la main de ses maîtres. Dans la guerre, qui était le grand exercice du temps, ces braves chevaliers dont on nous conte les prouesses, s’enfermaient eux et leurs chevaux dans une armure qui les rendait à peu près invulnérables, tandis que le commun du peuple à pied et sans défense allait se faire tailler en pièces ou écraser par une race supérieure. Qui donc en comparant la situation de l’Europe il y a quelques siècles avec l’état présent du monde, ne bénirait Dieu de ce changement? La marque distinctive des temps modernes, c’est pour le peuple la sortie d’une dégradation abrutissante , la reconnaissance graduelle de ses droits , la diffusion croissante des moyens de progrès et de bonheur, la création d’un nouveau pouvoir dans l’Etat, le pouvoir du peuple. Et il est digne de remarque, que cette révolution est due, en grande partie, à la religion qui, entre des mains habiles ou ambitieuses, avait courbé la tète du peuple dans la poussière, mais qui, avec le temps, a commencé à remplir sa mission de liberté. Ce fut la religion qui, en enseignant aux hommes leurs étroits rapports avec Dieu, éveilla en eux la conscience de leur importance comme individus. Ce fut la lutte engagée pour leurs droits religieux qui ouvrit les yeux des peuples sur leurs autres droits. Ce fut la résistance opposée à l’usurpation religieuse qui conduisit à résister ù l’oppression politique. Ce fut la discussion religieuse qui fit naître partout la pensée li-
lire et énergique. Ce fut la religion qui, en Angleterre, arma le martyre et le patriote contre le pouvoir arbitraire. qui endurcit nos pères contre les dangers de l’Océan et du désert, et les envoya fonder ici l’Etat du monde où règne la plus grande liberté, lu plus grande égalité.
Remercions Dieu de ce que nous avons conquis, mais ne croyez pas que tout soit achevé. Le peuple doit sentir qu’il ne fait qu’entrer dans l’arène. Combien il reste à faire ! Que d’ignorance, d’intempérance, de grossièreté, de sensualité ne trouve-t-on pas encore dans notre société ! Que d’esprit paralysé et perdu ! Lorsque nous songeons que chaque maison pourrait être vivifiée par l’intelligence, le désintéressement et la civilisation, et que nous nous rappelons dans combien de demeures les facultés et les affections les plus nobles sont ensevelies comme dans des tombeaux, quelle teinte sombre s’étend sur la société! Et combien peu d’entre nous sont émus par cette, désolation morale ? Combien peu comprennent qu’élever les humbles à la dignité d’homme par une sage éducation, est la fin suprême de la société ? Honte à nous qui sentons si peu la valeur de nos semblables !
Je voudrais pouvoir parler au peuple de ses besoins, de ses droits, de sa responsabilité, avec une voix qui le réveillât. Je lui dirais : vous ne pouvez pas, sans crime, sans honte, vous arrêter où vous êtes. Le passé et le présent vous crient d’avancer. Que ce que vous avez gagné soit un stimulant pour arriver plus haut. Votre nature est trop grande pour être écrasée. Vous n’avez pas été créés ce que vous êtes, simplement pour travailler, manger, boire et dormir comme les animaux. Si vous vou-
lez, vous pouvez vousélever. Nul pouvoir dans la société, nul obstacle dans votre condition ne peut vous abaisser; si vous ne gagnez pas en science, en pouvoir, en vertu, en influence, c’est votre faute. Ne vous laissez pas endormirpar les flatteries dont on vous berce, comme si votre part de souveraineté nationale vousrendait égaux aux plus nobles devotre race. Il vous manque beaucoup, et de grandes choses, et le remède n’est pas dans l’urne du scrutin, ou dansrexercicedevospouvoirs politiques, mais dans l’éducation consciencieuse de vous-mêmes et de vos enfants. Ces vérités vous les avez souvent entendues, et puis vous vous êtes endormis. Réveillez-vous! Prenez la résolution sérieuse de vous instruire ! Rendez-vous dignes de vos institutions libres, fortifiez-les et perpétuezles par votre intelligence et par vos vertus!
DISCOURS