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• devient insipide quand on la boit. De fait, je 9 n’aime pas cette vieille comparaison. La vie » n’est pas une coupe qu’on emplit au fleuve du 9 temps. Elle est elle-même un fleuve ; et quoi- 9 qu’à sa naissance elle jaillisse et murmure plus > gaîment qu’elle ne fera plus tard , cependant 9 elle est destinée , en avançant , à couler parmi » des régions plus belles, à orner ses rives d’une » verdure plus riche et d’une plus abondante 9 moisson. Ne dites pas que ces espérances sont 9 trompées. Je crois qu’il y a une foule de gens 9 qui n’ont pas trouvé leur enfance et leur jeu- 9 nesse aussi heureuses que leurs dernières an-
• nées. 9 Et peu de temps avant sa mort il écrivait les lignes suivantes , où se peint dans toute sa sérénité la confiance qu’il avait en la raison et en Dieu : « La vie est vraiment une bénédiction pour » nous. Quel monde serait le nôtre si je pouvais 9 voir les autres aussi heureux que nous ! Oui , 9 malgré l’obscurité qui l’enveloppe , ce monde 9 est bon. Plus je vis , et plus je vois la lumière 9 qui perce au travers des nuages. Je suis sûr 9 que le soleil est là-haut ! »
Ai-je eu tort d’appeler l’attention sur cette belle et bonne nature, et de croire qu’en France on éprouverait pour Channing quelque chose de la sympathie qui lui a conquis tant de partisans dans
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les deux mondes? Je ne sais, mais je crois n'avoir point cédé à un entraînement irréfléchi quand je vois qu’un ennemi déclaré des unitaires, un esprit chagrin , revenu dans sa vieillesse de l’enthousiasme et de l’admiration, Coleridge, n’avait pu se défendre de l’influence deChanning. « C’est, » disait-il, un philosophe dans toutes les accep- » tions possibles du mot. lia l’amour de la science » et la science de l’amour, » jeu de mots plus profond que bizarre, et qui rend bien la douce et' vive physionomie de cet homme de bien qui* toute sa vie, consumé d’un même sentiment et d’une même idée, chercha la justice et la vérité de toutes les forces de son esprit , et aima Dieu et l’honime de toutes les forces de son cœur.
Édouard Laboulàye.
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!Notf A.
Ces idées sur la conformité de la raison et de la , foi n’ont jamais été mieux développées par Channing, que dans le discours qu’il a prononcé pour< l’ordination de M. Jared Sparks(l). Nousenavoàs traduit le passage le plus remarquable ; il nous semble de nature à faire réfléchir quiconque se préoccupe de cette grande question qu’on trouve au seuil de la religion , et dont la solution décide de notre croyance et souvent de notre vie.
« On nous accuse de faire un usage insoutenable do » la raison dans l’interprétation des écritures. On dit » que nous la mettons au-dessus de la révélation, et que # nous préférons notre sagesse à celle de Dieu ; ce sont » des reproches immérités.
*> Nous croyons simplement que Dieu ne contredit.
» jamais dans une part des écritures ce qu’il enseigne » dans une autre , et ne contredit jamais dans la révé- »' lation ce qu’il nous enseigne par ses œuvres et par » sa providence. Nous refusons donc d’admettre toute t » interprétation qui, après réflexions sérieuses, nous » semble inconciliable avec une vérité démontrée.
» Nous repoussons de toutes nos forces le mépris avêc » lequel nos adversaires parlent do la raison , parce que
(1) M. Jared Sjiarks est, croyons -nous , l'auteur de la Vie de Washington , de Franklin, et d'une foule de publications ■ estimées qui toutes ont pour objet la révolution américaine- s
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» ce mépris , selon nous , mène au scepticisme univer- » sel. Si la raison est tellement obscurcie par la chute » del’homme, qu’on ne puisse se fier à ses jugements les * » plus décisifs en matière de religion , alors il faut re-
a noncer au christianisme et même à la théologie natu- » relie, car l’existence et la véracité de Dieu , ainsi que » l’origine divine du christianisme sont des conclusions n de la raison, et subsistent ou tombent avec elle. Si la » révélation est en opposition avec la raison, la révéla- » tion se détruit elle-même, car c’est au tribunal de » la raison que Dieu laisse à décider la vérité de la réa vélation. Il est remarquable combien le sceptique et a le dévot sont près l’un de l’autre. Tous deux veulent a anéantir la confiance .que nous avons en notre esprit, a et tous deux jettent le doute et la confusion sur toute a vérité. Nous honorons trop la révélation pour en faire » l’antagoniste de la raison , ou pour croire qu’elle nous a ordonne de renoncer à nos plus hautes facultés.
o Sans doute l’usage de la raison en fait de relia gion est accompagné de dangers. Mais nous prions a tout honnête homme de consulter l’histoire et de dire a s’il n'est pas plus dangereux encore de renoncer à son a jugement. Il est évident que les hommes raisonnent a aussi de façon erronée sur tout autre sujet que la relia gion. Qui ne connaît les théories folles et extravagantes a qu’on a imaginées en physique et en politique? Mais a qui a jamais supposé que nous devions cesser de raia sonner la nature et la société, parce que, pendant des a siècles, on s’est trompé dans l’explication qu’on en a » donnée. Sans doute les passions troublent l'esprit contia nuellement et fatalement dans ses recherches sur la réa vélation, mais il en est de même en toute recherche d’un
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» intérêt puissant et général , et par conséquent nous ne ' ■ devons pas renoncer à la raison en fait de religion, à » moins que nous ne soyons prêt à l’écarter en toute » chose. La seule conclusion à tirer des erreurs infinies » qui ont assombri la théologiè, c’est, non pas que nous » devons négliger et ravaler nos facultés, mais au con-
# traire que nous devons les exercer avec patience, cir- » conspection et droiture. Après tout, les pires erreurs,
• les doctrines les plus dangereuses ont étéleproduit des » temps les plus obscurs, quand la crédulité générale en- » courageait les méchants et les enthousiastes à répandre » leurs rêves et leurs inventions, et à étouffer les faibles » remontrances de la raison sous la menace d’une damv nation éternelle.
Qu’on dise ce qu’on voudra , Dieu nous a donné une » nature raisonnable et nous en demandera compte.
» Nous pouvons laisser dormir la raison , mais c’est à » nos risques et périls. La révélation nous est adressée » comme à des êtres raisonnables. Permis à notre pa- » resse de désirer que Dieu nous eût donné une reli- » gion qui ne demandât pas la peine de comparer, de b juger, de conclure. Mais une telle religion eût été en » opposition avec notre condition présente, et c’est une b part de la sagesse d’accepter la révélation comme on b* nous l’a donnée, et de l’interpréter en nous aidant des b facultés qu’elle suppose toujours , et sur quoi elle est b fondée, b