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portée de chacun les conseils de l’homme qui a le mieux compris les besoins du temps , et indiqué le seul remède capable de guérir la cruelle maladie dont est rongée la société.
On ne pouvait songer à imprimer l’œuvre complète de Channing avant de savoir si ces écrits sont du goût du lecteur, et s’ils trouveront en France l’accueil qu’ils ont reçu en Angleterre et en Allemagne. 11 a donc fallu choisir; mais le choix était indiqué. On a écarté tout ce qui était purement théologique ou simplement littéraire, et on a traduit ce qui a pour nous l’intérêt le plus actuel , ce qui nous touche de plus près. On a cru que c’était le meilleur moyen de présenter l’auteur au public français. Il y a plusieurs hommes dans Channing : un théologien des plus hardis , un chrétien des plus charitables. Ses doctrines vont aux dernières limites du protestantisme ; mais, par son amour des hommes, par la façon dont il entend l’Évangile et l’applique au soulagement des misères humaines, il est de toutes les communions chrétiennes , et il n’y en a aucune qui ne puisse s’approprier ses idées et s’en servir avec fruit. On a donc tâché que , dans ce livre /destiné à tous, il ne se trouvât rien qui fût de nature à chagriner des croyances respectables, et peut-être est-on entré ainsi dans la
pensée de l’auteur, qui fut toujours plein d’égard pour toutes les confessions , et qui , plus d’une fois, a noblement défendu le catholicisme contre l’injustice et la jalousie des protestants.
. A ne considérer dans Channing que le réformateur, et pourquoi ne pas dire le socialiste chrétien , on peut affirmer que jamais homme n’a été mieux doué pour entreprendre une pareille mission , et que personne ne l’a plus habilement et plus saintement accomplie. Son caractère et son éducation, ses idées philosophiques comme ses croyances religieuses , la générosité de ses pensées comme la tendresse de son cœur, tout le portait à ce dévoument infatigable et éclairé qui a rempli et usé sa vie. Sans ambition politique (il n’a jamais voulu être autre chose que le ministre de sa petite église), sans vanité littéraire, sans illusion sur ce qu’on nomme la popularité , il n’a jamais eu qu’une pensée : relever la condition du pauvre, soutenir ceux qui travaillent et qui souffrent , faire régner sur la terre la seule fraternité qui soit praticable , celle que nous a enseignée Jésus -Christ. C’est à l’Évangile que Channing a demandé un remède à des plaies que les sages du siècle jugent incurables ; c’est à cette fontaine de vie qu’il a puisé sa doctrine consolatrice. 11 a bien compris que nos sociétés moder-
nef, où l’on 11 e se propose <pt’un but, la richesse, étaient hors des voies de la justice , et par cela même menacées de terribles révolutions. Il a bien senti en même temps que la liberté ne résolvait pas le problème, car s’il n’v a point un autre élément pour en contrebalancer l’effet , la liberté mène à l’extrême pauvreté comme à l’extrême richesse, c’est-à-dire à la division de la société. « La tendance de toutes les sociétés, écri- » vait-il en 1838 à miss Harriet Martineau, va à •» la dépression des masses , et la liberté ne pro- » met point de remède ; car , abandonnes les » hommes au libre usage de leurs facultés, et les » différences de talent , d’intelligence, d’habileté,
» amèneront des contrastes choquants. *
Que faire donc en présence de ce flot populaire qui monte tous les jours. Ghanning crie comme les disciples de Jésus-Christ : Seigneur, sauvez-nous, nous périssons. G’est dans la religion qu’il a confiance ; l’Évangile est tout son espoir, et j’oserai dire que personne n’a mieux lu ce qui convient à notre siècle dans ce livre inspiré qui a des réponses pour toutes les générations. Aveo tout le respect qu’on doit à des efforts généreux, il me semble qiden Europe, et surtout en France, on n’a pas tiré de l’Évangile tout le parti qu’on en pouvait attendre pour combattre les doctrinèa
qui menacent la société. On a recommandé au pauvre la patience et la résigation ; on a essayé d’arracher de son cœur l’envie qui le dévore, et cette âpre convoitise qui pousse aux révolutions. On a prêché au riche la bienveillance, la douceur, la charité. Tout cela est parfait et dicté par une pensée vraiment chrétienne ; c’est la morale de tous les temps , c’est la parole même de Jésus* Christ; mais ce n’est pas assez pour notre siècle, et la condition de la société moderne demande une application nouvelle de ces principes universels. Le pauvre (je ne dis pas le mendiant) ne dépend plus du riche, et n’en attend plus ni bien ni mal. Loin d’avoir besoin de sa protection , il est souvent plus puissant que lui. L’ouvrier n’est point jaloux du riche , mais il veut , lui aussi , conquérir la richesse; la résignation ne lui va pas ; il a une activité fiévreuse , il veut arriver. En même temps la société s’associe à ses instincts bons et mauvais ; elle lui promet l’égalité et une part de bien-être ; et enfin la démocra tie, nivelant tous les rangs, et armant chaque citoyen d’un bulletin, remet la souveraineté au nombre et donne au peuple la responsabilité de son avenir. Telle est la situation, ce n’est plus la hiérarchie du moyen âge, la dépendance d’une société aristocratique; les préceptes qui couver
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naient aux siècles passés sont insuffisants aujourd’hui.
Maintenant est-ce que l’Évangile, est-ce que la religion n’ont rien à faire dans cette position nouvelle et menaçante ? N’ont-ils rien à répondre à cette société qui implore leur secours , ou bien le christianisme est-il appelé encore une fois à sauver le monde? Oui, dit Ghanning, c’est là, et là seulement qu’est le salut. Ce problème social qui fait pâlir les plus hardis , le christianisme seul peut le résoudre. En élevant l’individu, en chassant de son esprit l’ignorance et de son cœur les passions mauvaises, la religion fera de chaque homme un citoyen éclairé, juste et digne de sa position. Ce sera une société nouvelle, et meilleure que les âges précédents, parce qu’elle sera plus chrétienne. Aujourd’hui la société est entachée de matérialisme, et le gouvernement, quelle que soit sa forme, a tous les vices de la société. Tout s’y réduit au bien-être et pour l’atteindre et le donner auxmasses, il n’est pas d’empereur, de roi ou de république qui ne croie toute loi juste et toute mesure légitime. Nous retournons aux idées païennes; l’individu n’est rien, l’intérêt social est tout ; c’est la doctrine régnante depuis un demi-siècle ; son dernier mot c’est le communisme. Channing, au contraire, proclame l’idée chrétienne et la remet en pleine lumière sous une