PREFACE XXIII
Cette publication sera divisée en trois volumes.
Le premier comprendra la Simplicité de la vie chrétienne^, les divers traités sur les notions et les pratiques fondamentales de la piété , avec \m choix des prières et des poésies spirituelles qu'il a composées;
Le deuxième, le Traité de la vie des veuves, les opuscules et les lettres concernant la vie religieuse, avec les lettres adressées à sa famille, à ses fils spirituels, aux princes de l'Italie et au Souverain Pontife;
Le troisième, l'exposition de Y Oraison dominicale et celle de la Salutation angélique, avec ses commentaires sur les trois psaumes : Qui régis Israël, intende; Miserere mei, Deus; In te. Domine, speravi.
1 Nous n'avons pu insérer ce Traité qu'à la fin du présent volume , par suite de circonstances indépendantes de notre yo~ lonté.
Pour la partie bibliographique voir : Catalogo delV opère del P. G. S., à la suite de la Lettera apologelica, p. zcv, qui précède la vie de Savonarole, par le P. Burlamacchi, Lucca, 1764 ; Quetif, Vita R, P. H, S,, vol. II, p. 616. Elenchus operum omnium, etc.; Audin de Reans, Bibliografia , etc., à la fin des Poésies, etc., Firenze, 1847.
RtGLE DE LA VIE CHRÉTIENNE
Regola del hen vivere chrisliano. S. L. et n. T., 1498, in-Zi».
Audin {loc cit., n. 41) cile une autre édition où il est ajouté : Composta dal Reverendo Padre frate Hieronymo Savonarola , mentre era in carceread instantia dun iavolaccino che lo gavernava, — On lit dans la Vie de Savonarole , écrite par Burlamacchi, son premier biographe : « Pendant qu'il était en prison , l'huissier « du palais préposé à sa garde le vit un jour élevé au-dessus M de terre d'une coudée, le visage tout resplendissant; il voulut « prerdre la fuite, mais Savonarole l'appela en lui disant de ne « rien craindre. Il se convertit dès lors à Dieu , et devint un excel- « lent chrétien , après avoir vécu dans le plus grand désordre. Le a Père écrivit à sa demande une très -belle Règle de la vie chré^ « tienne j qui fut livrée peu après à l'impression. »> {Vita Sav, — Lucques, 1774, p. 153.) — Cette Règle a été rééditée par Quétif, R. P. Hieronymi Savonarolœ Epistolœ spiriluales et asceticœ. Vol. I, p. 206. — Paris, Biilaine, 1674.
La vie chrétienne a pour unique principe la grâce de notre Sauveur Jésus-Christ, sans laquelle il n'y a point de salut. Celui-là donc qui veut vivre de cette vie doit faire tous ses efforts : premièrement pour obtenir cette grâce; deuxièmement, pour l'augmenter; troisièmement, pour la conserver jusqu'à la mort.
Tout homme qui, étant coupable de péché mortel, se sent privé de la grâce de Dieu, doit d'abord songer sérieusèment qu'il doit mourir un jour sans savoir ni quand, ni comment , ni en quel lieu , et que s'il meurt dans cet état , il ira aussitôt en enfer, où il ne trouvera que des peines, des afflictions et des châtiments effroyables, dont le plus grand sera d'être à jamais privé de la gloire du ciel. S'il y réfléchit avec foi, il commencera à craindre Dieu, et, de la crainte s'élevant bientôt à Tamour, il ne tardera pas à se repentir de ses fautes, non- seulement parce qu'elles rendent digne des peines de l'enfer, mais encore parce qu'elles sont une offense de Diçu. Le repentir et la détestation de ses fautes passées lui feront prendre le ferme propos de les éviter à l'avenir; et s'il persévère, il éprouvera bientôt cette contrition véritable qui est la première partie du sacrement de Pénitence.
Après cela, il doit s'examiner avec le plus grand soin sur tous les péchés qu'il a commis, par pensées, par désirs, par paroles , par actions ou omissions , et se mettre ensuite à la recherche d'un bon confesseur en priant Dieu de le lui faire trouver. S'il ne sait pas encore se bien confesser, il se fera aider par lui. Après la confession, il recevra humblement la pénitence qui lui sera imposée, l'accomplira avec dévotion et aura soin d'y ajouter quelque chose, surtout lorsqu'elle sera légère. De plus, comme l'homme retombe facilement à cause de sa fragilité , celui qui veut mener une mainte vie doit se confesser souvent. Par ce moyen , la confession devient plus parfaite, elle rend les chutes plus
DE JÉRÔME SàYONAROLE ^
rares, et, en vertu môme du sacrement, elle produit des grâces plus abondantes.
11 doit encore communier au moins quatre fois Tan , aux fêtes de Pâques, de la Pentecôte, de TAssomption et de Noël; en principe, il doit le faire plus ou moins souvent, selon Tavis de son confesseur. Pour recevoir la grâce de Jésus-Christ, il faut communier avec une grande dévotion. Personne, il est vrai, ne peut avoir la certitude absolue d'être en état de grâce; mais, cependant, tout chrétien pieux peut le conjecturer et le savoir d'une certaine manière. Se repent-il sincèrement de ses péchés , et prendil la ferme résolution de ne plus offenser Dieu, parce qu'il l'aime? Observe-t-il ses commandements avec joie et fidélité? Éprouve-t-il du dégoût pour le monde et ses vains plaisirs? Est-il heureux, au contraire, d'entendre la parole de Dieu, d'assister à la messe et aux saints offices? Supporte -t-il enfin toutes ses tribulations avec patience? Il peut alors présumer qu'il a la grâce, et il doit s'efforcer de la développer dans son âme; c'est le second point que nous avons à examiner.
t^our augmenter la grâce , il faut se rapprocher de son principe et s'éloigner de son contraire, de même que pour faire bouillir Teau il faut l'éloigner du froid et l'approcher du feu. Or ce qui refroidit la charité et la grâce divine dans le cœur de l'homme , c'est l'attachement aux choses de la terre; il faut donc y renoncer entièrement et les regarder comme si elles n'existaient point. Ou plutôt, car tout homme est obligé de soutenir sa vie et celle de sa famille,
il ne faut les rechercher que selon ses besoins , et s'efforcer de pratiquer la simplicité dans la table, le vêtement, le logement, etc., afin de s'affranchir de toute vaine sollicitude. S'il ne peut pas avoir tout ce qui est requis par sa condition , qu'il se contente de ce que Dieu lui donne ; le nécessaire, après tout, doit suffire au bon chrétien, puisqu'il ne fait que passer dans ce monde et qu'il s'achemine vers l'éternelle patrie. Qu'il ne s'inquiète pas, et même qu'il évite de laisser à ses enfants un riche patrimoine ; s'ils sont bons, ils s'en passeront volontiers; et s'ils sont méchants, ils seront heureusement empêchés de faire tout le mal qu'ils voudraient. Ainsi , quiconque aimera la simplicité, et vivra content du nécessaire, détachera aisément son cœur des biens de ce monde.
Il doit renoncer encore aux plaisirs de la chair, vivre chastement, et, pour cela, fuir les femmes et toutes les occasions dangereuses. S'il est engagé dans le mariage, il doit observer avec le plus grand soin la chasteté conjugale, selon ce que lui enseignera son père spirituel. Qu'il fuie enfin les louanges des hommes et ne s'inquiète pas de leurs blâmes : Fais le bien, dit le proverbe , et laisse dire ce qu'on voudra.
Après s'être ainsi détaché des choses terrestres, il faut se rapprocher de Dieu autant que possible par la prière. Et comme l'homme ne peut pas toujours prier, il doit avoir un temps déterminé pour la prière et un autre pour le travail. Le matin en se levant, par exemple, il doit faire sa prière , et aller ensuite à la messe , en ayant soin d'y assis* ter dévotement, de méditer sur la Passion du Sauveur, de confesser à Dieu ses péchés, et de le supplier qu'il le préi serve en ce jour de toute chute et de tout danger. Qu'il se rende ensuite à ses occupations ordinaires , et que pendant
son travail il élève son cœur vers Dieu , et redise souvent ce verset , surtout au commencement d'une action : mon
JHeUy venez à mon aide; Seigneur ^ hâtez - vous dejneseçou^^ rir, (Ps Lxîx ^ 2.|^^u'il prie de nouveau avant de prendre son repos et de recommencer son travail, et que le soir, avant de se coucher, il fasse sa prière et ses dévotions. Quant aux jours de fête, ils doivent être entièrement consacrés au service divin. Par ce moyen , il sentira croître en lui, avec le mépris des biens périssables de ce monde, la grâce divine, splendeur de Tâme qui Tunit par l'amour à Jésus-Christ. Plus il progressera dans la vie spirituelle, plus il s'attachera à Dieu et trouvera paix et joie dans son cœur.
En troisième lieu , remarquons que la couronne est réservée à la persévérance , et que partant celui qui a bien commencé doit s'appliquer nuit et jour à persévérer jusqu'à la fin. Pour cela, il faut éviter soigneusement toutes les occasions de péché mortel. Fuyez donc les mauvaises cornpagnies, comme des serpents, sans vous inquiéter de leur inimitié : mieux vaut perdre l'amitié des hommes que celle de Dieu; ne conversez qu'avec les bons , ou pjutôt> préférez la solitude. Evitez tous les lieux où l'âme peut être en danger du péché , et éloignez-vous-en comme du feu. Efforcez-vous de modérer votre langue ; ne parlez des autres que pour en dire du bien; ne faites jamais votre éloge, mais j soyez humble et petit à l'égard de tous les hommes. Ne jugez point mal le prochain, surtout dans les choses douteuses. Soyez patient dans les tribulations, et croyez fermement que Dieu nous les envoie pour notre bien, comme
il Ta fait à Tégard de tous ses saints. Enfin, ne vous laissez jamaiâ vaincre par la négligence et la lâcheté, et poursuivez toujours avec un courage inébranlable les bonnes œuvres commencées.
Cependant, comme la persévérance dans le bien est un très-grand don de Dieu, l'homme doit la lui demander sans cesse dans ses' prières et renouveler continuellement son bon propos devant lui, en protestant qu'avec son aide il veut le servir fidèlement jusqu'à la mort. Par ce moyen, il aura la grâce dans ce monde et la gloire dans l'autre. Puisse-t-elle être accordée à tous par le Seigneur notre Dieu, qui est béni dans les siècles des siècles! Ainsi soit-iL