DE U LECTURE DES SAINTS LIVRES
Fra Hieronymo da Ferrara, aervo inutile di J, C. aile suore del Tertio Ordine de San Domenico, decti vulgarmente di Annalena, etc. — Firenze, in San Marco, a di xyii doctobre 1497.
Lettre publiée du vivant de Savonarole, et reproduite par Quétif, loc, cit., p. 228. Elle fut adressée aux religieuses du tiers ordre de Saint-Dominique, qui habitaient le couvent dit d'Ânnalena , dédié à saint Vincent Fèrrier. Ce couvent eut pour fondatrice Anne Madeleine (Anna-lena), fille du comte Galeotto Malatesta de Rimini , et veuve du vaillant capitaine Baldacio di Anghiari, qui fut précipité du haut du palais de la Seigneurie sur la place publique, en 1441. Elle perdit son unique enfant quelques années après, et, dégoûtée du monde, elle vint soumettre à saint Antonin son ardent désir de faire de sa maison un monastère. Elle prit Thabit du Tiers-Ordre à Tâge de trente et un ans, en 1454, avec douze nobles Florentines, dans Téglise de Santa Maria Novella. Saint Antonin se chargea de tous les intérêts spirituels et temporels de la sœur Annalena, Il acheta une maison voisine de celle qu^elle habitait , sur la place San-Felice, et y organisa un monastère de tertiaires dominicaines non cloîtrées. La fondatrice, nommée prieure à vie, mourut le 4 mars 1492 : ses funérailles furent célébrées dans Téglise du couvent de Saint-Marc.
« Frère Jérôme de Ferrare, serviteur inutile de Jésus- Christ, aux sœurs du tiers ordre de Saint-Dominique dites
d'Annalena, qui habitent le monastère de Saint -Vincent, à Florence, ainsi qu'à toutes les autres religieuses et personnes dévotes qui désirent recevoir de lui des lettres d'exhortation, grâce, paix et joie dans l'Esprit -Saint.
« Mes très -chères filles en Jésus-Christ, votre père confesseur m'ayant transmis votre vif désir de m'entendre, ou tout au moins de recevoir une lettre d'exhortation, je lui ai répondu qu'il ne m'était pas possible, pour le moment, de satisfaire votre première demande, et que je n'estimais pas nécessaire d'exaucer la ^deuxième. Il a insisté touchant celle-ci. Je laisse donc de côté mes autres occupations, et je vous adresse la présente lettre, afin de vous contenter en partie, et de satisfaire les autres personnes qui m'ont exprimé les mêmes vœux que vous.
« Sachez d'abord que le saint Évangile, qui renferme toute la perfection de la vie spirituelle, n'a pas été écrit sur des tables de pierre, de marbre ou d'airain, ni sur des feuilles de parchemin ou de papier. Il fut écrit dans le cœur de l'homme, par le doigt et la puissance du Saint- Esprit, lorsqu'il vit les cœurs des apôtres purifiés de tout péché et de toute affection terrestre.
« Devenus ses ministres, ceux-ci écrivirent à leur tour l'Évangile dans le cœur de ceux qu'ils avaient convertis à la foi. Aussi l'apôtre saint Paul disait-il aux Corinthiens (II, III, 2) : Vous êtes la lettre du Christ, rédigée par nous^ et écrite, non avec de l'encre, mais avec V esprit du Dieu vivant , non sur les tables de pierre, mais sur celles de votre cœur de chair, à la fois doux, flexible et maniable. Les livres du Christ furent donc les apôtres et les fidèles, livres écrits par le doigt même du Saint-Esprit.
ce Cependant notre Sauveur n'ignorait pas que la foi s'affaiblirait parmi les hommes, à cause de leurs péchés
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et de leur malice croissante. Voulant que la doctrine sacrée, gravée dans le cœur des apôtres, se répandît au loin dans Fespace et se conservât dans le temps pour les générations éloignées ou à venir, à Tabri des altérations des méchants, il a pris soin de faire mettre TÉvangile par écrit. En outre, bien que la doctrine de la vie spirituelle se trouve très -abondamment dans les livres sacrés. Dieu a voulu, en considération de leur sublimité et de leur profondeur, envoyer les saints docteurs, chargés de les interpréter et de les expliquer en détail, afin que les ignorants fussent à même d'en retirer quelque fruit.
<c Mais à notre époque, les chrétiens se sont adonnés aux études profanes, et, de nos jours, un grand nombre d'hommes qui s'appellent sages, induisent en erreur les personnes simples et illettrées, auxquelles ils exposent des doctrines remplies de vanité et d'enflure sans leur montrer jamais la vérité de la vie chrétienne. C'est pour remédier à ce mal que des auteurs pieux , tant religieux que séculiers, et moi-même, avons publié des traités populaires sur ce sujet, en ayant toujours soin de nous conformer à la doctrine des saints livres, de la sainte Église et des saints docteurs.
« Puis donc que j'ai déjà écrit sur la simplicité de la Vie chrétienne, sur la Charité^ , sur VHumilité, sur laPriére, sur
1 Voir la note 1, p. 38. — De ces divers traités, quelques-uns sont publiés dans le présent volume , d'autres le seront dans les suivants.
Nous ne traduisons pas Topuscule des Dix Commandements, parce qu'on en trouve la substance et la doctrine dans tous les catéchismes. Publié à Florence, le 24 octobre 1495, il était adressé à Pabbesse du monastère dit des Emmurées {Murate), qui avait repris son ancienne ferveur sous Tinfluence de Savonarole.
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les diiB ùmmandements, sur les Régies de la perfection de la vie religieuse et sur plusieurs autres points qui concernent la perfection de la vie spirituelle , il ne me semble plus désormais nécessaire d'écrire d'autres exhortations en langue vulgaire. Je crois plutôt que cela est inutile, attendu que les écrits dont je viens de parler, déjà imprimés et répandus partout, suffisent à quiconque veut faire le bien. J'en excepte seulement certains cas particuliers , comme s'il était nécessaire de combattre une erreur nouvelle, ou de rétablir la concorde. Il faudrait alors écrli'e de nouveau, selon que les circonstances l'exigeraient, mais écrire pour répéter les mêmes choses serait une oeuvre aussi fastidieuse que stérile.
« C'est qu'autre chose est écrire, autre chose est prêcher. La parole ne se fixe point sur le papier; et comme d'ordinaire les hommes sont oublieux ou négligents, il est bon de répéter souvent les mêmes vérités du haut de la chaire, soît pour les rappeler à ceux qui les ont oubliées, soit surtout pour les enseigner à ceux qui ne les ont point entendues, soit enfin pour exciter les indifférents. La parole, en effet, i^emue davantage les auditeurs, même lorsqu'ils connaissent les vérités qu'on leur prêche, et qu'ils les ont déjà entendues. Il y a, vous le savez, une grande différence entre lire et entendre la même chose , comme il y en a une , non moins grande , entre entendre prêcher d'une manière ou d'une autre la même vérité.
« Vous donc, qui demandez de nouvelles exhortations écrites, sans aucun besoin particulier, veillez soigneusement à ne pas être rangées parmi ceux qui, lisant toujours, n'apprennent jamais (I Tim. m, 7), et pi-atiquent .moins encore. Car c'est en vain qu'il fera des lectures sa-
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crées, celui qui n'a pas assez purifié son cœur pour permettre à TEsprit-Saint de graver en lui ce qui est écrit sur les livres. L'homme ne sait vraiment que ce qui est écrit dans son cœur.
« Voilà pourquoi celui qui veut pénétrer les saintes Ecritures et profiter des lectures spirituelles, doit nécessairement et avant tout purifier son cœur, non -seulement de tout péché mortel, mais encore de tout sentiment d'amour- propre. Il doit lire, non -seulement pour enseigner aux autres, mais aussi pour apprendre lui-même à bien vivre.
« Avant de faire la lecture, il faut prier Dieu de nous montrer la voie de la vérité, et lire ensuite attentivement, sans précipitation , en ayant soin de méditer et de retenir ce qu'on lit, et de faire sans cesse un retour sur soi-même, à l'exemple de la femme qui veut se parer. Celle-ci court au miroir, non pour voir les objets qui sont autour, ni tous ceux qu'il réfléchit, mais uniquement pour regarder son visage et sa tête, et examiner s'il n'y a rien qui les dépare. L'âme doit agir de même dans la lecture des saints livres. Elle doit examiner le visage de la conscience et la tête de la raison , pour voir s'il n'y a pas quelque tâche, afin de l'effacer aussitôt;' et de paraître ainsi dans sa virginale beauté devant l'Époux éternel.
« Après cela revenez à la prière. Demandez au Seigneur qu'il daigne vous pardonner vos négligences et vous accorder la grâce de mettre en pratique ce que vous venez d'apprendre, afin que cette lecture soit profitable à vousmêmes et à votre prochain.
« Quiconque sait lire et étudier de cette manière n'a pas besoin de tant de livres pour sa propre édification. Je dis pour sa propre édification : car les docteurs et les pas-
teurs, chargés d'enseigner le prochain, ne sauraient se contenter d'édifier en eux-mêmes la vie spirituelle. Ils sont obligés de faire beaucoup de lectures, afin d'instruire les autres avec plus de clarté et d'efficacité, et de mieux défendre la vérité contre ses adversaires. Mais ici , je parle seulement de la lecture que Ton fait pour édifier, perfectionner et conserver en soi-même la vie spirituelle. Sous ce rapport, sachez -le bien, celui qui lit sans goût et sans prière profite beaucoup moins en lisant la sainte Ecriture d'un bout à l'autre , que celui qui sait lire de la manière indiquée en lisant une seule page. La réponse de Jésus -Christ au jeune homme de TÉvangile : Si tu veux être parfait, va vendre îous tes biens, donnes -en le prix aux pauvres; puis reviens et mets-toià ma suite (Matth. xix, 21 ), fut plus profitable à saint Antoine que ne l'est à un grand nombre de docteurs l'étude de toute la théologie. Pareillement, la lecture et l'étude de tous les livres du monde seraient moins fructueuses pour celui qui ne songerait pas à la pratique, que ne le fut pour saint François cette recommandation de Notre -Seigneur à ses discpiles: Dans vos voyages, ne portez ni bâton, ni sac, ni chaussures. (Matth. X, 10.)
a Ainsi, il faut lire avec attention les choses divines, les méditer et les mettre en œuvre au fur et à mesure. Du reste, je vous en préviens, rien ne précipite dans la tiédeur comme la fréquentation des choses divines que le respect et les œuvres n'accompagnent point. C'est ce que démontre l'expérience journalière. De même, en effet, qu'il est très-difficile de rétablir, lorsqu'elles tombent malades, les personnes habituées à se nourrir de mets délicats ; de même il est presque impossible de ramener au bien par les prédications et les exhortations ceux qui se sont
habitués à les lire et à les entendre en vivant dans le mal, et qui se sont nourris des mets spirituels les plus délicats en les infestant par Torgueil et les autres péchés de la chair ou de l'esprit. Ils entendent constamment la parole de Dieu avec la même indifférence, parce que l'habitude est devenue pour eux comme une seconde nature, et qu'ils ne peuvent plus s'en corriger. Aussi, très -chères filles, mettez-vous bien en garde contre ce vice, pour ne pas devenir, vous aussi, tièdes et inconvertissables. Et pour cela, préférez lire peu et pratiquer, que lire beaucoup et ne rien faire.
a On raconte de saint Paul l'Ermite qu'un jour il pria un moine de lui enseigner un psaume. Celui-ci lui apprit le psaume xxxvili , qui commence par ces mots : fai dit : je garderai mes voies afin de ne pas pécher par ma langue. Quand le saint eut appris ce verset, il en demanda l'explication au moine, et, l'ayant reçue, il lui dit : <( Je ne veux et pas en apprendre davantage. Je tiens à mettre d'abord <c en pratique ce que dit ce premier verset, et quand j'y « serai arrivé, Je reviendrai vous trouver afin d'apprendre <c les autres. » Plusieurs années après , le moine, l'ayant rencontré par hasard, lui demanda: « Que veut dire que a vous ne soyez pas revenu me trouver depuis si long- « temps pour apprendre le reste du Psaume ? » Saint Paul lui répondit alors : « C'est uniquement parce que je a n'ai pas mis en pratique le premier verset. » Ce trait montre bien que, pour lire avec fruit , il faut couronner la lecture par les œuvres , ou du moins en avoir toujours le ferme propos.
« Ainsi, mes très-chères filles, puisque vous avez entre les mains des traités en langue vulgaire, assez nombreux pour suffire non- seulement à votre salut, mais encore à
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celui du monde entier, je ne dois pas en écrire de nouveaux. Ce serait les multiplier inutilement; et vous pouvez vous contenter de lire ceux que vous possédez , d'après la méthode indiquée. Je vous exhorte donc à lire les traités déjà écrits, et à faire suivre leur lecture par les œuvres, surtout en vivant ensemble dans la charité et Thumilité, dans Toraison continuelle et les saints exercices. Et puis, priez Dieu sans cesse pour moi , et pour le succès de son œuvre, afin qu'il daigne ouvrir les cœurs des hommes à sa vérité et à sa grâce. Puissent- elles être avec vous et vous conduire au royaume des éhis ! Ainsi soit-il ! »