‹ Œuvres spirituelles choisies de Jérôme Savonarole, des Frères PrêcheursChapitre 4 sur 71 · PREFACE IX · texte numérisé non relu

PREFACE IX

« Elle m'a été adressée par un Père de Tordre des « Prêcheurs, dont les lignes révèlent une charité « très ardente envers Dieu et le prochain. Comme « elle est écrite en latin, et que je n'ai jamais étudié, « je vous prie de vouloir bien lui répondre de votre c( côté par quelques points de doctrine tirés de la « sainte Écriture, car vous êtes versé dans plusieurs « sciences. Pour moi, pauvre ignorant, je lui ré- « pondrai du mieux qu'il me sera possible et selon « que la vertu du Saint-Esprit daignera me Tinspi- « rer. Ce Père, comme vous le verrez, se nomme id Jérôme de Ferrare. Dès que je reçus sa sainte « lettre, j'en pris lecture, et me jetai aussitôt au « pied du crucifix , en priant la divine Majesté de me « faire la grâce de me révéler la vie et la fin de cet « homme qui m'écrivait si affectueusement sans me « connaître. La souveraine Sagesse me Ta accordée, <c non par mes mérites, mais par sa miséricordieuse « bonté et par les vertus de ce saint homme -j;-. « Ce père saint est plein de zèle pour la foi catho- « lique et pour l'état religieux ; il se plaît beaucoup « à vivre chrétiennement et à remplir les divins prête ceptes. Il réformera quelques couvents de son Ordre a et en fondera de nouveaux ; il publiera des ou- « vrages d'une grande doctrine, et prêchera des ser- « mons d'une excellence incomparable. Beaucoup de a pécheurs se convertiront au parfum de sa sainteté ;

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« U (Joroera Fhabit religieux à un graiwj nombre <i et établira une congrégation de prêcheurs, tous (( hommes de sainte vie. Il prêchera pendant un cer-^ « tain temps dans la ville de Florence, où il aura a un très nombreux auditoire et un grand concours « de peuple. Il sera envié, haï, accusé injustement « près du Souverain Pontife, condamné à mort par « de faux témoins et un procès falsifié, et pendu à un « gibet entre deux de ses Frères, comme Jésus-Christ « béni entre deux larrons. Ensuite oa brûlera son « corps dans la crainte que les peuples ne vénèrent « ses reliques, et ses cendres SOTont jetées dans « l'Arno, afin qu'elles ne soient pas recueillies par « dévotion. QuelquQS-uns de ses disciples en auront a des parcelles qui î^v,oqX des miracles. Avant de mouce rir, il dira : MaJ^^^qr à toi, Fl(»reiice, tu perdras (< 1^ libfidrt^ et tu deviendras! esclave et asservie. Tout c( ce qu'aura dit $a s^te bouche s'accoQ;i|)lM*9i fidèle-* « ment ; car, dans la suite , la ville de Florwces verra c( deux de ses citoyens ^evési à la papauté^ Le pre- (i nûer sera un homme triomphant, magnanime, (( [dein de courtcûsie et aimant le plaisir. Ce pape « me canonisera, sur les instances du Roi très chré- <( tien, selon les règles ordinaires. Il aura pour succe cessenr un pape allemand , qui mourra aprèS; un « cow* piwtificat^ et ^ra, remplacé par ^n pape flo-^ « rentin, parmt du premier. Cdui-là sera d'un m£^^

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<c vais natarel, d'un caractère turbulent. La ville de <( Rome sera saccagée par sa faute ; puis il fera la (( paix ayec son ennemi. Tous deux uniront leurs c( armées contre Florence, qu'ils assiégeront pendant ce une année entière, et lui imposeront un bâtard « pour prince et pour duc. Il régnera peu de temps, <c et sera assassiné par un de ses parents, son con- « fident le plus intime. Les Florentins, reconnaissant « qu'ils ne peuvent plus se passer d'un duc, en éli- <c ront un nouveau de la même famille que le premier. « Celui-ci ne sera plus tyran, parce qu'il aura été <c institué légitimement*. Dieu ne m'accorde pas de « connaître sa fin. seigneur Simon, mon ami très ce vénéré, les secrets du Très -Haut sont mystérieux; c( on n'en peut connaître que ce qu'il plaît à sa di- « vine Majesté de révéler à notre faible intelligence. « Je n'ai plus rien à dire : je baise vos saintes mains « bénies et chargées d'aumônes, en me recomman- « dant à vos ferventes prières, avec tous nos pauvres « Frères de la pénitence. De notre résidence de Paule, « le 13 mars 1479. De Votre Seigneurie -}-, le servi-

1 Léon X canonisa saint François de Paule; il eut pour successeurs Adrien VI et Clément VII , sous le pontificat duquel Rome et Florence furent assiégiées en 1529. Alexandre de Médicis, fils naturel de Laurent, fut institué premier duc de Florence, en 1531 ; il fut assassiné six ans après par Lorenzino, son cousin , et remplacé par Ck>Bme de Médicis , fils de Jean de» Bandes-Noires,

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