PSAUME DILIGAM TE, DOMINE, ETC
Oratio ad Dominv/m devolissima rylhmica, sive Psalmits miigam te, Ihmine, etc. Venetiis 1537, ia*16. Reproduite par Qvietif {loc, ciL, p. 168]^ mais incomplètement.
Nous avons traduit sur le texte publié par le comte C. Capponi (Florence, 1862), et collationné sur le manuscrit de Fra B^pedetto que possède la Maglial^echiana. (Cl. xxxv, n« 90.) Ce psaume se compose de diverses paroles de la sainte Écriture et de plusieurs docteurs, notamment de saint Augustin. Nous croyons qvLm fut écrit par Savonarole dans les premières années de sa vie religieuse : c^est un vrai chant de reconnaissance et d'amour envers Dieu. Les derniers versets nous semblent avoir été ajoutés quand il eut à subir les calomnies et les persécutions.
DiLiGAM te, Domine, fortitudo mea;
Je Vous aimerai, Seigneur»
vous qui êtes ma force ;
ns JiBùvai siYOïiAROi^
Diligam te, Domine^ vir^ tus animse meae ;
Diligam te semper, ineffabilis exultatio mea.
Vîvit jam non mihi, sed tibi, tota vita mea :
Vita, inquam, quae perierat in magna miseria mea,
Vita quse suscitata est in magna misericordia tua.
Nisi enîm quîa juvisti me, paulo minus habitasset in inferno anima mea.
De portis mortis exaltasti me, ut annuntiem omnes laudes tuas.
Gratias tibi , Deus meus, quoniam liberasti me;
Gratias tibi, lux mea, quoniam illuminasti me;
Gratias tibi, amor cordis mei, quoniam vulnerasti me.
Sero te timui, Majestas inHnita ;
Sero te cognovi, Pulchritudo tam antiqua ;
Je TOUS aimerai, Seigneur, vous qui êtes la puissance de mon âme;
Je vous aime?ei toujours ^ vous l'objet de ma joie ineffable.
Déjà me vie tout entière vit non plus en moi, mais en vous ;
Je veux dire, cette vie étouffée une fois dans ma grande misère ,
Cette vie ranimée maintenant par votre grande miséri-^ corde.
Peu s'en est fallu , si vous n'étiez venu à mon aide, que mon âme ne fût plongée en enfer.
Vous m'avez arraché aux portes de la mort, afin de célébrer vos louanges.
Grâces à vous, ô mon Dieu, parce que vous m'avez délivré ;
Grâcesà vous, ô ma lumière, parce que vous m'avez éclairé ;
Grâces à vous, amour .de mon cœur, parce que vous m'avez blessé.
Je vous ai craint trop tard , ô Majesté infinie ;
Je vous ai connu trop tard , ô Beauté si ancienne;
CEUVRES SPIRITUELLES
Sero te amavi, Bonitas aeterna.
Quaerebam te, Quies mea ; et non inveniebam ; ,
Non inveniebam te, eo quodmale quaerebam.
Quœrebam te per exteriora; et tu in interioribus habitabas.
Lustrabam vîcos et plateas; et requiem non inveniebam.
Quaerebam foris quod intra me erat.
Longe te esse putabam ; et tu prope et intus eras.
Eram longe a te ; et tu prope mihi eras.
Dixisti mihi, et audivit anima mea :
Quaere intus , et invenies bonum tuum.
Et ego miser foris quaerebam Deum meum,
Interrogavi terram si esset Deus meus;
Interrogavi , inquam , et respondit mihi :
Je vous ai aimé trop tard , ô Bien éternel !
Je vous cherchais, ô mon Repos, et ne vous trouvais pas;
Je ne vous trouvais pas, parce que je ne savais pas vous chercher.
Je vous cherchais dans les choses extérieures , et vous habitiez à Tintérieur.
Je parcourais les carrefours et les places publiques , et je ne trouvais pas le repos.
Je cherchais au dehors ce qui était au dedans de moi.
Je croyais que vous étiez loin, et vous étiez tout près, vous étiez en moi.
J'étais loin de vous, et vous étiez près de moi.
Vous avez dit , mon âme l'a entendu :
« Cherche au dedans , et tu trouveras ton bien. »
Et moi, infortuné, je me suis mis à chercher mon Dieu au dehors.
J*ai demandé à la terre si elle était mon Dieu;
Oui , je l'ai interrogée , et elle m'a répondu :
Quaere super me; non sum ego Deus tuus.
Interrogavi mare , et respondit mihi :
Fallitur Thaïes ; non sum ego Deus tuus.
Interrogavi aerem , et respondit mihi :
Ascende superius ; non sum ego Deus tuus.
Interrogavi ignem , et respondit mihi :
Assume tibî pennas ; non sum ego Deus tuus.
Interrogavi cœlum, solem, lunam et stellas ; et responderunt mihi :
Exaltare super nos; non sumus Deus tuus.
Interrogavi Angeles, et responderunt. mihi :
Accède ad cor altum ; non sumus Deus tuus.
Interrogavi universas creaturasj et responderunt mihi.
Responderunt, inquam, mihi voce grandi et forti :
DE JÉRÔME SAYONAROLE 197
« Cherche au-dessus de moi, je ne suis pas ton Dieu*. »
J'ai interrogé la mer, et elle m'a répondu :
« Thaïes se trompe, je ne suis pas ton Dieu. »
J'ai interrogé Tair, et il m'a répondu :
a Monte plus haut, je ne suis pas ton Dieu. »
J'ai interrogé le feu, et il m'a répondu :
(K Prends des ailes et monte encore, je ne suis pas ton Dieu. »
J'ai interrogé le ciel, le soleil , la lune , les étoiles , et ils m'ont répondu :
a Monte au- dessus de nous, nous ne sommes pas ton Dieu. »
J'ai interrogé les Anges, et ils m'ont répondu :
« Monte vers les hauteurs des cieux, nous ne sommes pas ton Dieu. »
J'ai interrogé toutes les créatures , et toutes m'ont répondu ,
Oui, m'ont répondu d'une voix forte et éclatante :
* Voir les Confessions de S. Augustin, liv. X, ch. vi.
eumWi^ $iIRiV9B|,lS$.
Qm BMex «ihilo. eteavit, îf^e est Deqa U|im«.
a Celui qui Di9U9 a çi^éées , djB rien, celui-li ort ton Piei|. »
Ubi e&t Deusmeus? Rçspondete mihi.
Ubi quaççanpL iUum? Docete me, o^secro,
Ubique est Deiw twu^., Qugere in corde tuo.
Çœlum et terrwn impl.et ; impletet cor tuum.
Et cQQversus ad (^r meum , aio ad PjOum meum ;
Quomodo hue int)çasti> Pomiue Peus meus?
Pei: quamportam venisti, dulci^ amor meus?
Oculos intei^rogayi , et re^pondejcunt mihi ;
Si coloratus non fwt , per nos non introivit.
A^^e§ e^çitavi,, etrespp^T derunl ipihi :.
Si sonitum non fecit, per nos non întroivit.
Oc est-il,, mou. Dieu? Répondez-moi.
Où dois-^e le chexchçr?
Dites-ie-moi,,|e yotts eçi çQftjure.
« Ton Dieu e$t pcfftouU Cherche- Iq 4ans tou çoeu]C>
« Car s'il reo^plit le çieJt çt.
ht terre, il remplit aussi ton cœur. »
Je me suis alors tourné yew mon cœur, et j*ai dit i mw Dieu :-
a Comment avez--i^ua fai( pour y ewtrer,. Seîp;ieur m^n Pieu?
a Par quelle porte avez-vous pénétré, ô «v>u<louxamoui:?%
J'ai interrogé les yeux , et ils m'oftt répondu :
« S'il n'était pas coloré, il u'est pas entré par nous. »
J'ai e3;cité le^ oreilles ,j et elles m'ont répoudu ;
a S'il n'a pas fait de bruit , il n'est pas entré par nous.. »
Nares pulsavi, et responderunt mihi :
Si non redoluit , per nos DOïi iatroivit.
Gustumtetigi» et respoadit mihi :
Si nm si^pult> per me non introivit.
Tactum adjuravi y et respoudit mihi :
Si corpulentus non fuit, per me non introivit.
Intus ergo eras ; et sensus hoc nesciebant.
In animam intrasti, et per corporeos sensus non transisti^
Lux enim tua lucet ubi locus non capit ;
Yox tua sojiat ubi tempus non rapit ;
Odor tuus redolet ubi flatus non spirat ;
Sapor tuus sapit ubi non estedacitasi
Amplexus tuus tangit ubi non divellitur.
J'ai sondé les narines, et ^Hes m'ont répondu :
« S'il n'a pas été odorant, il n'est pas entçépai: pm*8, »
J'ai touché le gqiXt, et il m'si répondu :
<c S'il n'a pas eu dq saveur, il n'est pas entré par nouss »
J'ai sondé, le tact,, at il m'a répondu :
« S'il n'était pas résistant, il n'est pas entré par nous. »
Vous étiez donc à l'intérienr ; les sens l'ignoraient.
Vous êtes entjré dans Yênne sans passer par l^s §ens du corps.
Car votre lumière brille là où le lieu ne circonscrit pas;
Votre voix résonne là où 1# temps ne court pas ;
Votre parfum s'exhale là où nul souffle n'est expiré \
Votre saveur s'exerce là où il n'y a pas de noiorsure ;
Votre embrassement étreint là où il p'y a pas de séparation.
Quip ergo es, Deus meus?
quid tu, amor meus?
' Interrogavi eum, et respondit mihi :
Accedet homo ad cor altum, et exaltabitur Deus.
Vere tu es Deus magnus, qui vincis scientiam nostram.
Tu solus es potens, et verissime beatus;
Tu Rex regum, et Dominus dominai) tium;
Tu solus habes immortalitatem, et lucem habitas inaccessibilem ,
Quam nullus hominum YÎdit, sed necviderepotest.
Multat de te dicimus, sed deficimus verbis.
Major es emm omni corde et omni laude.
Tu unus es Deus in Trinitate gaudens.
Deus Pater, Deus Filius, Deus Spiritus sanctus,
Qu'ÊTES-vous donc, ô mon Dieu? qu'êtes- vous, ô mon amour ?
Je Tai interrogé, et il m'a répondu :
« L'homme montera vers la hauteur du cœur, et Dieu Sera glorifié. »
Oui, en vérité , vous êtes le Dieu grand, vous surpassez" toute notre science.
Vous seul êtes puissant, vous seul vraiment heureux ;
Vous êtes le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs;
Vous seul êtes immortel, et habitez une lumière inaccessible ,
Que nul homme n'a vue nî ne pourra voir jamais.
Nous parlons beaucoup de vous, mais les paroles nous font défaut.
Vous êtes supérieur à tout sentiment, à toute louange.
Vous êtes un seul Dieu heureux en trois personnes.
Dieu le Père , Dieu le Fils, Dieu le Saint-Esprit,
DE JÉRÔME SAVONÀROLE
Très quidem personae, non tamen très essenliae;
Unus Deus ac Dominas , non très dii ac domini.
Hic est Deus meus, qui bonorum meorum non eget;
Qui propter suam bonitatem haec uni versa creavit.
NuUa re îndiget , et omnia portât ac gubernat,
Et propter nos homines se ipsum exinanivit ;
Factus est homo , et pro hominîbus crucifîxus.
A mortuis resurrexit ; et super omnes cœlos ascendity
Ut nobis praepararet immortalitatislocum.
Inde venturus est judicare vives et mortuos ;
Cujus regni non erit finis :
Et cum ipso regnabimus in saecula sempiterna ;
Ubi enim caro mea régnât, regnare me credo.
Si propriô Filio pro nobis non pepercit ,
Trois personnes, mais non trois natures ;
Un seul Dieu et Seigneur, non trois dieux et trois seigneurs.
C'est là mon Dieu qui n'a pas besoin de mes biens.
Qui a créé tout l'univers pour se glorifier.
Il n'a besoin de rien ; il soutient et gouverne tout,
Et il s'est anéanti pour nous mortels;
Il s'est fait homme , et a été crucifié pour nous.
Il est ressuscité des morts, il est monté par delà tous les cieux.
Afin de nous y préparer un lieu d'immortalité.
Et il en descendra pour juger les vivants et les morts;
Son royaume n'aura pas de fin:
Et nous régnerons avec lui dans les siècles éternels.
Oui, je crois fermement que je régnerai, moi aussi, là où règne ma chair.
Si pour nous Dieu n'a pas épargné son propre Fils,
titJVRlES S^IRITUEIIBS
•Gredimus (fnûé tma îUo omnia nobis donaVït.
'0 teffifstimalbiliô dilectio ckftritatisl
Ut servum redîmeres , FiKutMi trtidîdi^.
Noos croyons qu'avec hii il nous fi tout dohné.
inestimable amortir de charité !
Pour racheter Tesclave , vous avei livré le ^Fife.
DilfexiSTi me valde, uni-i ce amor mens 1
iîîlexiBti me {Mriusquam diligerem te.
Aà iBiaigiiiefB tuaiii erea^^ sti me ;
Omnibus ^ereatoris tuis prÉeposdi^ me :
Angeles tuos, spiritus, feoiaiti prieur me;
Mandastiqve eisiit cuistodiant me ,
Ne ferte offeadam ad lapidem pedem me«im.
Inter infidèles non fe- <nstî me.
In spiritu dt a«faa bs^tizasti me.
Divitias et ^paupertatem non dedistî mihi :
Intellectiimet sapientiam docuisti me*
Vous m'avez aimé inâniment, ô mon unique aroourl
Vems m'avez afhné aVant d'être aimé de moi.
Vous m'avez créé à Toire inoiage ;
Vous m'avez établi chef de loùtes vos créatures :
Vous avez créé pour moi ies piirs esprits , vos messagers ;
fet vous leur avez commau«* dé de veiller à ma garde,
Afin que mon pied ne se heurte point contre les pierres.
Vous ne m'avez pas fait naître parmi les infidèles.
Vous m'avez baptisé ^ans l'eau et l'esprit.
Vous ïie m'avez octroyé ni la richesse ni la misère :
Vous m'avez e&â^gné la «cience et la sc^gesse^
Et, qtrtfndo èïTabàm, tevocabas me.
Pulsabas ad ôstium ; et non aperîebam tibi.
Opèrabar iik Virtute ttiéa, quse tamen virtus non état.
Currere ydebaiïi ; et defidlêbatû.
Ibi magis cecidî tibi me èftardtefedebam.
Factus sum vîUs, tanqnam vas pe^dittnà.
Elongavi fiagîens m i^^ gionetia longînquam .
Vanitatémdileii, etVanus foetus Btim :
Csecus eram; caecitatem nWKbam -:
Servus eram ; servitutwn demdeit^dfoam :
Vinctus eram ; vincala ûoh borrebam.
Amarum dulce , et dulce amaram, credebam^
Mise* Wèlm., nec <;ogDoseebam.
Ego pecoa^i : tn me vr* sitasti.
Quand Je m'égarais, vous laie rappeliez.
Vots frajyjpiei * lïrti ^pOi^te, et je ne vous ouvrais pas.
Je lA^vaillais avec Ihes propres forces, qui h^éftatent pas des feî*ces.
Je voulais coùrff, et je m'ar* rêtais épaîsé.
Je faisais surtout des cfhutès quand je cfroyai^ êl^e plus sûr de m(A.
Je suis devenu àùs^ 'mépri-' sable qa'utt H%se brisée.
Dans ttia Aiitè , je «^ siés transporté dans une région lointaine. -
J'ai aimé la vanité, et j« suis devenu vain ;
J'étais aveugle, et j'aimais lacéci*éS
J'étais esclave , et je désirm mon esclavage;
J'étais captif, et je n'avais pas i»es cfeaînes en hOTT^it;
J'estimais amer ce qui est douxt, et doux ce qui est atner;
J^étais ^sérabie, et je ne Connaissais pas ma misère.
J'aâ çéché , vwis m'avez ^sité;
ŒUVRES SPIRITUELLBS
Ego cecidi : tu me erexisti.
Ego ignoravi : tu me docuisti.
Ego non vidi : tu me illuminasti.
Perieram , abieram in peccatis, venuradatuseram;
Venisti ad me ut redimeres me :
Et tantum me dilexisti, ut sanguînem tuum pretium dares pro me.
Dilexisti me plus quam te, quia mon voluisti pro me.
Tali pacte, tam caro pretio
Deduxisti me de exilio ,
Redemisti me de supplido, Vocasti me nomine meo,
Signasti me sanguine tuo;
Ut memoriale tuum semper esset apud me ,
Et nunquam recederet a corde,
Qui pro me non recessit a cruce.
Je suis tombé, vous m'avez relevé ;
J*ai été ignorant, vous m'avez instruit;
Je n'y voyais point , et vous m'avez éclairé ;
J'étais perdu dans la voie du péché , j'étais vendu,
Vous êtes venu, vous m'avez racheté.
Et vous m'avez aimé au point de donner votre sang pour ma rançon.
Vous m'avez aimé plus que vous-même, puisque vous avez voulu mourir pour moi;
Et par cette convention, par cette solde inestimable.
Vous m'avez ramené de l'exil,
Vous m'avez délivré du supplice.
Vous m'avez appelé par mon nom ,
Vous m'avez scellé de votre sang,
Afin que votre souvenir fût toujours près de moi ,
Et qu'il ne s'éloignât pas de mon cœur,
Celui qui pour moi ne s'éloigna pas de la croix.
DB JÉRÔME SàYONàROLE
Cognoscam ergo te , cogûitor meus;
Cognoscam te , virtus animae meœ.
Ostendete mihi, consolator meus ;
Videam te, lumen oculorum meorum.
Veni ad me, gaudium spiritus meî ;
Videam te, laetitia cordis mei.
Quisquis enim cognoscit te, diligit te ;
Oblivîscitur se, amatte plusquam se ;
Relinquit se ut yeniat ad te.
Expelle ergô , Domine , tenebras mentis meœ ;
Ut memoria mea, te re- €olendo, gaudeat;
Oculus meus, teyidendo, jubilet ;
Anima mea, te diligendo, ardeat.
Bonum est enim mihi adhserere Dec mèo ,
Ponere in Salutari meo totam spem meam.
Je vous connaîtrai donc, vous qui me connaissez si bien ;
Je vous connaîtrai, ô vous, force de mon âme.
Montrez- vous à mcù , ô mon consolateur;
Que je vous voie, ô lumière de mes yeux I
Venez à moi, bonheur de mon esprit;
Que je vous voie, joie de mon cœur;
Car quiconque vous connaît, vous aime ,
S'oublie entièrement, vous aime plus que soi-même.
Et s'abandonne pour aller à vous.
Chassez donc. Seigneur, les ténèbres de mon âme.
Afin que ma mémoire se réjouisse de votre souvenir ;
Que mon œil jubile à votre vue.
Et que mon âme se consume en vous aimant.
Il m'est bon de m'attacher à mon Dieu,
De placer .toutes mes espérances dans mon Sauveur.
CÉtmtES SPIRITUELLES
CuM tibi, Démiiie, noB adlisre^y in transitorife animo diffundor;.
Cogitatione versw» 1 tiose implicor.
Miser igitur egol miser, inquam, ego!
Quando tibi ttntuin adhaerebo, ut non peceeiii tibi?
Quando poterit mea obliqnitas tuœ rectitudini adsequari?
Tu , Domine , diligis solitudinem , ego multitudinem;
Tu ûkntium, ego'ciamorem;
Tu yeritatem, ego vanitatem;
Tu munditiam, ^o immunditiam.
Per temetipsum itaque, Domine, te rogo: illuonna oculas meos;
Vulnera cor meum charitate tua,
C'est que , Seigneur, leirsque je nef m'attache pias à vous , mon esprit se disperse sur les ckN>ses passagères ;
Je divague dam les pensées, je m'embarrasse da»s les paroles.
Ah ! malheureux que je suis !
malheureux que je suis I
Quand donc m'attacherai-je à vous au point de ne plus vous offenser?
Quand donc quitterai-je les voi»s tortueuses pour suivre vos droits sentiers ?
Vous, Seigneur, vous aimez la solitude, et moi j'aime la foule ;
Vous aimes le silence, et moi le tumulte ;
Vous aimez la vérité, et moi la vanité ;
Vous la pureté, et moi la souillure.
Aussi, Srigneur, je tous en prie par vous-même, illuminez mes yem ;
Blessez mon cœur de votre amour,
BI JÉRÔME SiVONAROLl
Perfice gressus meos in semitistuis,
Ut non moveantur yestigîa mea.
Libéra captivum ; coUige dispersum.
Réintégra scissum ; érige coUapj$um.
Da mifai cor quod te co« gitet ;
Da mihi meatem quœ te recelât;
Da intellectiim qui t0 inlelligat.
Da rationem quœ tibi fortiter adhsere^^t ;
D^ mihi animant q\m te
Da Yoluntatem quse nun- ([iiBj^ a, te recédât.
Prope esto mihi in anime, propein ore,
Prope in opère, prope in auxilio.
Prope esto mihi : quia amore langueo.
Prope esto mihi : quia sine te inorior.
Prope esto mihi : quia, te reço^ens , ^iuscitor.
Dirigez mes pas dans vos voies,
Afin qu'ils ne fassent pas fausse routOw
Délivrez le captif; recueillez ses forces di^rsées ;
Rétablissez dans Tunité celui qoi est divisé ; relevez celui qui est tombé.
Donnez-moi un cœur qui ne pense qu'^ vous;
Donnez-moi une âme qui ne s'occupe que de vous ,
Une intelligence qui vous comprenne ,
Une raison qui s'attache fortement è vous ,
Un cour qui vous aime,
Une volonté qui ne s'éloigne jamais de vous.
Soyez près de moi dans le cœur et sur les lèvres ,
Dans les œuvres et daA&i le secours.
Restez près de moi, car je languis d'amour ;
Restez près de moi, car sans vous je meurs;
Restez près de moi, car votre penséie sujS^t poifr me ranimer.
Odor enim tuus me recréât ;
Memoria tua me sanat ;
Lux tua dulcis me vivificat;
Vox tua suavis me délectât ;
Sed tune satîabor cum apparuerit gloria tua.
Tibi^ ergo dixit cor meum, tibi, inquam, anima mea:
Quaesivi vultum tuum; vultum tuum , Domine , requiram.
Ne avortas faciem tuam a me , ne déclines in ira a serve tuo.
Adjutor meus esto ; ne derelinquas me ,
Neque despicias me , Deus , salutaris meus.
Quonîam pater meus et' mater mea dereliquerunt me.
Dominus autem meus misericorditer assumpsit me.
Legem pone mihi, Domine, in via tua;
Oui, votre parfum me réjouit,
Votre souvenir me guérit,
Votre douce lumière me vivifie ,
Votre voix suave m'enchante ;
Mais je ne serai rassasié que lorsque apparaîtra votre gloire.
C'est donc à vous que mon cœur et mon âme ont dit :
J'ai recherché , et je rechercherai encore, Seigneur, votre visage.
Ne le détournez pas de moi, ne vous éloignez pas, dans votre colère , de votre serviteur.
Soyez mon soutien, ne m'abandonnez pas ,
Ne me méprisez pas, ô Dieu mon Sauveur I
Mon père et ma mère m'ont abandonné ;
Mais mon Seigneur m'a recueilli dans sa miséricorde.
Seigneur, guidez-moi dans votre chemin ,
DE JÉRÔME SàYONÂROLS
Et dirige me in semitam rectam, propter inimicos meos.
Ne tradideris me in animas tribulantium me ;
Quonîam insurrexerunt in me testes iniqui, et mentita est iniquitas sibi.
Credo videre bona Domini in terra viventium.
Ideo cantabo Domino in tota vita mea ;
PsallaQi Deo meo quamdiu fuero.
Jucundum sit ei eloquium meum. Ego vero delectabor in Domino.
Amen.
Et dirigez mes pas à cause de mes ennemis.
Ne livrez pas mon Âme à mes persécuteurs ;
Car des témoins iniques se sont levés contre moi, et l'iniquité s'est mentie à elle-même.
Je crois que Je verrai les biens du Seigneur dans la terre des vivants.
Aussi je célébrerai le Seigneur tous les jours de ma vie ;
Je le chanterai jusqu'à mon dernier soupir.
Que ma louange lui soit agréable. Pour moi, je me réjouirai à jamais dans le Seigneur.
Ainsi soit-il.
Salutation à Jésus.
Prière inédite. — EUe se trouve à la page 51 du manuscrit Qo 1079 de la Bibliothèque nationale à Florence {Lettere fami~ liari a diverse persone dévote) sous ce titre : Salutatio directa ad Jeeum , édita per F, H, Sav,
Ave , Jesu, largitor gra- 1 Je vous salue, Jésus, distiae , Dominus tu es. Bene- 1 pensateur de la grâce , vous
210 ŒUVRES SPIRITUBLLES DE JÉRÔME SàYONàROLE
dictus super omnia, et benedicta dulcis Mater tua Maria.
Domine Jesu, Dei et VirginisFili,da nobis amorem tuumy et conserva nos in onuii statu nostro secundum Spiritum sanctum tuum, ut perducas nos ad vitam aetemam.
Amen.
êtes le Seigneur. Vous $tes béni par-dessus tout , et bé* nie est Marie votre douce Mère.
Seigneur Jésus , Fils de Dieu et de la Vierge, donneznous votre amouir? 6t maintenez toujours en nous votre Saint-Esprit, afin de nous ccmduire à la vie éternelle.
Ainsi soit-il.
DE LÀ SIMPLICITÉ DE U VIE CHRÉTIEItNE
De Simplidtate^vitœ christianœ. Impressum Florent!» impensis Ser Pétri Pacini. Anno Domini mcccclxxxxvi, quinto Kalendis Septembris.
Libre di Fraie Hieronymo da Ferrara Délia SemplicUa délia vita christiana, tradoeio in volgare, Impresso in Firenze per Ser Lorenzo Morgiani. Ad instantia de Ser Piero Pacini, adi ultimo doc octobre hcccclxxxxvi. (Voir Audin, hc. cit., n» 52-54.)
Après avoir établi la vérité de la Foi, Savonarole avait exposé, pendant le ci^rême de 1495 , les principaux devoirs de la Vie chrétienne. A sa voix, Florence sMtait bientôt peuplée de familles où Ton voyait refleurir à Tenvi la piété, la pudeur, la simplicité et toutes ces grandes vertus qui avaient fait Thonneur et la joie de leurs foyers au temps de leurs ancêtres. Savonarole songea dès lors à compléter son œuvre. D*une part il voulait donner une sorte de code et de manuel aux nouveaux convertis, et démontrer la haute sagesse de la âimpUcité du Christ aitx sages du siècle, qui la traitaient de superstition et de folie; de Tautre, il avait à cœur de venger sa propre doctrine, que ses ennemis dénonçaient chaque jour à la cour de Rome, comme erronée et^perverse. Il réalisa son dessein en composant un traité sur la Simplicité de la vie chrétienne. Vers la fin de cette même année (1495), il en dictait les dernières pages à son secrétaire. Frère Robert Ubaldini ^, et , dès le commencement de Tannée suivante, il écrivait à son di8Qy)le et ami, Hercule d'Esté > duc de F^rrare :
i Villari. « Storia diÇir. Saifonwtola, Umt U. Ddq» occlixx. — AU fin de la, ^ partie, Savonarole dit, en parlant d« ^nte Cécile: OH/tM hodie fettwn celebrtifntu (22 novembre).
Illustrissime et Ezcellentissime Duc ,
Que la grâce de Dieu soit avec vous I
« J'envoie à Votre Excellence le présent livre de la SimplicUé » de la vie chrétienne, quoiqu'il ne soit pas encore entièrement <« achevé. Je désire si ardemment de vous voir vivre en parfait <i chrétien que je ne m'inquiète pas de rechercher les louanges : <i j'ai hâte de voir mon pays natal produire bientôt des fruits de <i vertu, grâce à vos exemples. Toutefois, comme ce n'est là « qu^un premier essai , et que je dois le retoucher et le perfec- « tionner après l'avoir laissé reposer un peu de temps, je prie « Votre Seigneurie, et je l'y oblige autant qu'il est en moi , de « ne point le prêter et de n'en donner copie à personne. Dans le « cas où quelqu'un désirerait le voir, il ne devra être exaucé « qu'à la condition de le lire avec vous ou dans votre cabinet. « Si je ne vous en demande pas une promesse écrite, c'est uni- « quement parce que j'ai pleine confiance en vous. Je suis donc « certain que vous serez fidèle à ma recommandation jusqu'au « moment où il plaira à Dieu que cet ouvrage soit publié. Vous (« m'obligerez beaucoup en chargeant maître Louis Carri de me <« communiquer les critiques dont il aura été l'objet, afin que je <i puisse en tenir compte , s'il y a lieu...
« Le serviteur inutile de Jésus- Christ,
a Frère Jérôme de Ferrare.
«t Florence , 10 janvier 1496. »
L^ouvrage parut en latin , le 28 août de Tannée suivante , et deux mois après en italien : le chanoine Jérôme Benivieni Pavait traduit en faveur des simples et des ignorants. Dans l'Épître dédicatoire aux élus de Florence et de la chrétienté, Savonarole en indiquait la raison et le but; dans l'Introduction il en exposait le plan et annonçait qu'il traiterait successivement dans cinq livres : 1« de l'essence de la vie chrétienne; 2« de la simplicité intérieure: 3<» de la simplicité extérieure ; 4» du renoncement au superflu; 5° delà félicité de la vie chrétienne.
Les conteinporains accueillirent sa publication avec une faveur toujours croissante, et la postérité ne la laissa jamais tom-
Dl JBRÔMl SÀYONÀROLB 213
ber dans Foubli. Il fat réédité plusieurs fois S et traduit en plusieurs langues, notamment en français.
La première traduction française, publiée à Douai en 1588, était due à Paul du Miret : citait une simple traduction littérale. La deuxième fut publiée à la fin du xyii» siècle (Paris, 1672}, par le R. P. Chahut, de la compagnie de Jésus, religieux dMne grande piétés, qui la dédia au R. P. Antonin Mousset, Provincial de la province de Saint-Louis, de l'Ordre des Frères Prêcheurs. Dans son avis au lecteur il s'exprime ainsi : a Les sçavants n'ignorent pas que Savonarole n'ait esté un des plus illustres hommes de son temps. Il nous a donné des preuves certaines de sa science et de sa vertu dans les œuvres spirituelles qu'il nous a laissées... Je me suis arresté, à l'instance de quelques personnes qui n'ont pas étudié , à traduire celles qui m'ont semblé plus touchantes et plus instructives pour les mœurs : sçavoir, premièrement, son Traité de la simplicité de la vie chrétienne, où, quoiqu'il y ait de la subtilité en quelques endroits , à cause qu'il y touche en abrégé des matières qu'il a traitées plus à fond dans le Triomphe de la Croix, si est-ce que les moins éclairés y comprendront plusieurs choses, et s'ils ne les conçoivent pas, ils n'auront qu'à passer légèrement par-dessus^ comme l'on fait dans un chemiu rabotteux, où l'on ne s'amuse pas en ester les pierres...
« Je n'ay rien mis du mien dans cette traduction qui ne se trouve dans l'auteur exactement observé pour le sens ; mais afin d'en rendre l'intelligence et l'usage plus facile, j'y ai mêlé des parenthèses en plusieurs endroits , et ajouté parfois de petites notés qui aideront les moins éclairez à entrer dans la pensée de Savonarole...
« Pour la diction , j'ai eu soin qu'elle ne fût ny trop recherchée ny trop négligée; ces deux extrémitez n'étant pas propres pour la dévotion que je me suis proposée pour ma fin dans ce travail au bien des âmes et à la gloire de Dieu. J'ay eu principalement égard à sa fidélité, m'y estant toujours attaché très religieusement, si ce n'est lorsque j'ay rencontré, ou des métaphores qui n'ont point de grâce dans notre langue et qu'il m'a fallu adoucir, ou des expressions qui n'ont pas en françois toute la bienséance qu'elles ont en latin... »
1 Paris, 1511; Florence, 1529; Venise, 1547; Ckilogne, 1560; Leyde, 1^33; Anvers, 1635; Lyon, Paris, 1637, etc. etc. « Quetif. — Vita Savon., tom. II , p. 618.
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La troiBièin0 et dernière traduction parut an oommeneoment du xTiii* siècle (Paris, 1702). L'abbé Godeau, qui en fut Fauteur, sacrifia trop au goût et aux préjugés du temps. U ne voulut point, à bon droit, s'astreindre à une traduction littérale et servile, mais il ne sut point conserver le caractère et la physionomie da Toriginal , et se vit obligé de publier son œuvre sous ce titre : De la Simplicité delà vie chrétienne, sur le plan et selon la méthode de Jérôme Savonarole. Voici comment il essaye de se justifier à la fin de son Épître dédicatoire à Jf"»» la marquise de Da/rbezieiix. «... J^ai dégagé ce traité des épines de la scolastique qui auraient pu le rendre désagréable..., de toutes ces bizarres répétitions^ et de cette multiplicité infinie de termes de Técole , qui dégoûte des meilleures choses qu'elle propose... Je ne me suis pas attaché servilement à rendre ses pensées à la lettre. Tantost je leur ai donné une certaine étendue, dont le tour était nécessaire pour les rendre plus claires et plus coulantes ; tantôt je les ai resserrées dans des bornes plus étroites, pour les rendre plus solides, plus nerveuses et plus persuasives; quelquefois en^ fin j'ai entièrement supprimé des idées qui m'ont paru dures et incapables de se réduire jamais à Pair français... »
Dans la traduction que nous publions aujourd'hui, nous avons fidèlement suivi le texte, à l'exemple du R. P. Chahut. Mais, contrairement à ce traducteur, nous avons estimé qu'il était bon d^oster les pierres pour faciliter la marche dans un chemin rabotteux. Aussi, non content d'adoucir toujours les formules et les termes scolastiques , nous les avons souvent éliminés, quelquefois même nous avons omis entièrement des arguments et des conclusions^ purement métaphysiques. Nous Pavons fait à regret, mais sans scrupule; car nous ne pouvions oublier que nous ne nous adressions point aux lettrés et aux savants, qui peuvent d'ailleurs recourir au texte, mais bien à des lecteurs pie«z qui désirent avant tout être instruits et édifiés. Notre but seva atteint et leur désir satisfait , s'ils ne se laissent point rebuter par la sévérité de la forme et la froideur de l'exposition, et s'ils savent préférer aux agréments du style la clarté et la profondeur de la doctrine touchant l'économie de la vie chrétienne.
1 Nous aurons soin de les indiquer quand il y aura lieu.
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LSTTRl DEDICATOIRE
a Frère Jérôme , serviteur inutile de Jésus -Christ, aux élus de Dieu demeurant à Florence et en tout autre lieu, la grâce et la paix qui surpassent tout sentiment. (Phi- %. IV, 7.)
a JB^t sùU Lieu et le Père de NotréSeigneur Jésus-Christ (II Cer. t, 3), qui a éclairé les ténèbres de notre esprit et nous a montré la voie de sa vérité pour laquelle il nous a fait la grâee de souffrir le mépris et la persécution : car rien n'est plus glorieux que de souffrir pour le nom de Jésus, (Act. Ap. V, 41.) Cette voie de la vérité, par laquelle le Seigneur nous conduit à notre céleste patrie, est admirablement décrite par TEsprit-Saint dans la sainte Écriture ; elle est confirmée par le sang de Jésus- Christ et de martyrs innombrables, et clairement exposée par les ensrignem^ts de la sainte Église romaine et de ses plus illustres docteurs. Cependant elle semble être entièrement disparue de nos jours, soit à cause de Tindifférence ou du mépris des hommes, qui préférera les ténèbres à la lumière (Joan. III, 19], soit à cause de la malice quî aveugle leur esprit, soit à cause de leur tiédeur qui déprave le sens des Écritures ou de la funeste habitude de les lire sans goût qui obscurcit leur intelligence. Aussi, dès que nous avons prêdié la vérité et la simplicité du Christ, quelques-uns s'év^knt comme d'un profond sommeil s'y sont attachés avec force; d'autres l'ont méprisée hautement. Refusant, à l'exemple des Juifs, de renoncer aux pratiques extérieures de la religi<m, dénias de la pureté du co^r, ils ne cessent de nous combattre, et on les voit parcourant les
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maisons une à une, et s'acharnant à séduire les ignorants et les simples. Enfin d'autres, ne pouvant supporter la prédication d'une vérité qui condamne leurs mœurs, dont la dépravation est de notoriété publique, en sont venus jusqu'à nous persécuter, non seulement par la langue , mais encore par le glaive. Sachant donc qu'en tous lieux les détracteurs de la simplicité chrétienne sont nombreux, en comparaison de ses défenseurs , car il y a beaucoup Sappeléi et peu d'élus y beaucoup d'ennemis de la vérité et peu d'amis , j'ai voulu résumer dans un petit traité tout ce que j'ai prêché publiquement sur ce sujet, afin que votre courage ne défaille point dans la lutte incessante que vous avez à soutenir contre des ennemis également redoutables par leur multitude, leur audace et leur obstination. C'est qu'en effet, si les tièdes et les impies n'osent point attaquer en face purement et simplement la doctrine que je vous ai préchée, parce que telle est la force de la vérité qu'elle fait rougir même ses plus grands ennemis, ils n'en font pas moins tous leurs efforts pour là combattre et l'anéantir. Vous m'en êtes témoins , ici , à Florence, et partout ailleurs, ils s'appliquent à dénaturer mes paroles et à fausser leur sens, par des additions ou des soustractions arbitraires, et cela pour faire croire qu'ils attaquent, non point la vérité, mais une doctrine erronée et perverse. Ce petit livre de IdiSimplidié de la vie chrétienne , que je publie aujourd'hui, vous permettra de briser leur orgueil endurci, de graver dans votre esprit et de défendre victorieusement la vérité que vous avez apprise par moi-même ou par mes auditeurs. Dans cet ouvrage , j'invoque les principes de la raison plutôt que l'autorité des saints livres. D'une part, je veux répondre aux incrédules et aux sages de ce siècle, c'est-à-dire aux philosophes, aux orateurs,
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aux poètes et à tous ces esprits orgueilleux qui traitent la vie chrétienne de superstition et sa simplicité de folie ; de l'autre , je veux avoir égard aux conditions de notre malheureux temps, où la foi est tellement affaiblie qu'il m'est impossible de discerner si ceux qui font profession de croire au christianisme y sont poussés par une lumière surnaturelle, plutôt que par une opinion inculquée à leur esprit dès leur enfance. Et que dire vraiment de la foi de nos contemporains en voyant que la charité s'est refroidie et que les fruits des bonnes œuvres n'apparaissent nulle part? Par bonheur, la lumière de la raison est indéfectible dans l'homme. Si je l'invoque, je pourrais du moins les convaincre, et, comprenant enfin que la vie chrétienne est la vérité, que sa simplicité n'est point une folie, mais la sagesse même de Dieu, ils cesseront peut-être de la calom-* uier. Le Seigneur Jésus me donne la douce confiance que dans cet ouvrage vous ne trouverez rien de contraire à l'enseignement des saints docteurs, et à la doctrine de la sainte Église romaine, au jugement de laquelle je me suis toujours soumis et je me soumets encore. J'espère aussi que vous y trouverez la pleine vérité, révélée par le ciel à nos pères qui l'ont prêchée dans tout l'univers, et qui, après l'avoir confirmée par des miracles et des prodiges , ont voulu la transmettre dans leurs écrits. A la louange et à la gloire de Notre -Seigneur Jésus-Christ, qui est, avec le Père et le Saint-Esprit, un seul Dieu, béni dans les siècles des siècles. Ainsi soit- il I »
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