SEPTIÈME RÈGLE
TEXTE
Le bon et le mauvais esprit entrent dans le cœur de ceux qui veulent absolument le bien , et y font des progrès de deux manières bien opposées : le bon esprit s'insinue avec douceur et d'une manière toute paisible , comme une rosée qui tomberait sur des éponges ; le mauvais esprit y entre avec bruit , avec fracas , avec violence , comme une pluie d'orage qui tombe dans un terrain inégal et plein de cailloux. Mais c'est tout le contraire dans les âmes vicieuses et à qui le mal est comme naturel. La raison de cette différence vient de la proportion et de la disproportion qui sont entre l'ame et les opérations d'un certain esprit; car, si l'esprit trouve entre lui et elle de l'opposition , il n'y peut être qu'avec une certaine émotion qui peut aisément s'apercevoir ; mais s'il trouve en lui et elle une conformité parfaite de disposition , il y entre à porte ouverte , pour ainsi dire , et comme dans sa maison.
NOTE
Un roi entre sans peine et est toujours bien reçu dans les places qui lui appartiennent ; mais il ne peut entrer que par violence et par tumulte dans les places de son ennemi. On persuade aisément à un homme ce qu'il est bien aise de se laisser persuader ; au lieu qu'on ne le détrompe qu'avec des mouvemens forts et pathétiques, de ses anciens préjugés. Tout était en paix dans le monde , avant la venue de Jésus-Christ. Rien ne contredisait le démon : c'était le fort armé qui possédait tranquille*
ment ce qu1 il avait le plus injustement usurpé; mais quand un plus fort et plus vaillant que lui fut arrivé , et qu'il voulut reprendre ses forteresses et enlever ses dépouilles, quelles guerres, quel fracas ne fit - il y^oint ? De là toutes les persécutions de l'Eglise naissante. Ce sont autant de comparaisons qui servent à fortifier cette maxime , que les gens de bien ne peuvent recevoir qu'avec paix les impressions de la grâce, ni sans trouble les impressions du démon; comme, au contraire, les méchans ne reçoivent la grâce qu'avec autant d'agitation qu'ils avaient senti de paix dans leurs désordres.