‹ Œuvres spirituelles du P. Judde (volume 2)Chapitre 107 sur 116 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des 'principes qui nous font agir.

Qcels sont les principes qui nous font agir ?

Il y en a trois : l'un en nous-mêmes , savoir , l'inclination naturelle ou acquise; les deux autres hors de nous , savoir , l'attrait de la grâce et la tentation du démon.

ARTICLE PREMIER

Des inclinations naturelles ou acquises.

Qu'est-ce que l'inclination du cœur?

C'est une disposition à aimer ou à haïr une chose , dès qu'on y pense et qu'elle se présente à l'esprit sans réflexion.

Quelles sont les inclinations différentes de l'ame?

Il y en a qui viennent du tempérament , d'autres de la naissance , d'autres de l'éducation , d'autres de la condition de riche ou de pauvre, d'autres de la profession, d'autres de la nation: il suffît de rechercher maintenant celles qui naissent du tempérament , et on peut les rechercher selon qu'elles regardent ou nous-mêmes , ou le prochain , ou Dieu.

Quelles sont nos inclinations à l'égard de nousmêmes ?

Il y en a quatre principales : 1.° la tendresse et la sensibilité sur soi-même , ce qui fait qu'on cherche le repos et qu'on craint la moindre peine ; 2.° l'amour du plaisir sensible et de tout ce qui flatte lessens le jeu, le ris , la conversation , les diverti»

semens ; 3.° la vanité , l'orgueil , l'ambition , l'amour de sa propre excellence , l'inclination à l'honneur , à l'estime et à la gloire ; 4.° l'esprit intéressé , borné à sa personne , occupé de soi-même , porté à ne chercher en tout que son propre avantage.

Quelles sont les inclinations à l'égard du prochain?

Il y en a quatre : 1 .° tel est froid et indifférent, il n'aime et ne hait personne ; 2.° un autre aime à rire du prochain, le raille, le contrefait , non pour lui faire de la peine, mais pour se divertir; 3.° d'autres sont fiers, hautains, impérieux ; ils cherchent à dominer et à l'emporter partout ; ce qui les rend brusques, hardis, téméraires ; 4.° il y en a d'autres qui ont un fonds de malice et de malignité; ils sont soupçonneux, envieux, ombrageux , portés à faire du mal, menteurs, perfides, traîtres.

Quelles sont les inclinations , ou les dispositions envers Dieu?

Il y en a quatre : l'une, la défiance et la timidité, d'où naissent la tiédeur et la lâcheté ; l'autre est le ménagement, la réserve, le partage : on ne se donne point tout à Dieu et on cherche des moyens d'accommoder la dévotion avec les passions ; d'où vient le défaut de sincérité et le déguisement. La troisième est la présomption et la suffisance, ce qui fait qu'on croit faire beaucoup de se donner à Dieu, ou qu'on, s'y porte comme de soi-même et de son propre mouvement, ou qu'on s'appuie sur ses forces. La quatrième est l'activité et l'empressement , ce qui fait la dévotion outrée et la ferveur indiscrète; on peut reconnaître ces dispositions différentes par celles qui arrivent après une faute qu'on a com-

mise : le lâche et indifférent se décourage aussitôt et croit que Dieu le rebute. L'homme porté aux plaisirs se console aisément par l'espérance du pardon qu'il se promet sans beaucoup de peine. Le fier et présomptueux a une douleur de dépit et de colère , qui fait qu'il s'en prendrait volontiers à Dieu même. L'homme intéressé a une douleur pleine de chagrin et d'amertume , qui lui serre le cœur, et le rend triste, sombre, rêveur.

ARTICLE SECOND

De l'attrait de la Grâce.

Qu'est-ce que l'attrait de la grâce ?

C'est une lumière affectueuse, qui nous montre le bien et nous le fait aimer.

Pourquoi est-il important de connaître l'attrait de la grâce ?

C'est que le premier directeur de l'ame est l'esprit divin, qui a sur chacun son dessein particulier. Cet attrait est la voix par laquelle il se fait entendre, et par conséquent , si on ne le suit , on s'égare de son chemin ; c'est pourquoi l'on dit tant qu'il faut suivre la grâce.

Comment peut -on connaître l'attrait de la grâce ?

On le connaît par le commencement de la conversion, par les dispositions naturelles du sujet , par le retour fréquent et réitéré.

Premièrement, par le commencement de la conversion ; car dès lors le Saint-Esprit nous donne un germe de vie et une impression de grâce qui contiennent en petit toute la perfection qui nous est

propre, qui se développe sans cesse de plus en plus, quand on y est fidèle. Ce germe de vie et cette impression sont ce motif prédominant qui nous a fait former la résolution de nous donner à Dieu. Deuxièmement , on le connaît par les dispositions naturelles du sujet ; car la grâce travaille toujours sur la nature, et le Saint-Esprit, qui les a faites toutes deux, les accorde Tune et l'autre. Troisièmement , on le connaît par le retour fréquent et réitéré ; car, comme tous les bons sentimens viennent du Saint- Esprit, lorsque les mêmes se présentent souvent, on a lieu de croire que c'est le Saint-Esprit qui veut nous conduire.

En quoi les attraits sont-ils différens les uns des autres ?

Ils sont différens , et par l'objet où ils se portent, et par la manière avec laquelle ils nous y portent.

Quels sont les objets de l'attrait?

Cet objet est pour l'exercice et la pratique , ou pour l'affection et l'oraison.

L'objet de l'attrait pour la pratique sont des vertus différentes. L'un est porté à la pénitence, l'autre à l'hunïlité, l'autre à la mortification, celui-ci à la contemplation, celui-là à la vie active.

L'objet pour l'affection et l'oraison sont des sujets différens. Celui-ci est attiré à la crèche ; l'autre, au Calvaire; l'autre, au tombeau; l'autre, à la vie active ; l'autre, à la vie eucharistique.

Quelle est la manière dont l'attrait nous porte à l'objet?

Elle peut se réduire aux dons du Saint-Esprit , dont les uns regardent l'entendement, les autres, la

volonté ; sur quoi il faut remarquer deux choses : la première , que quelques-uns sont plus conduits par les dons de l'entendement et voient plus distinctement les objets ; les autres sont plus conduits par le mouvement de la volonté et connaissent les objets par des vues plus générales et plus confuses ; ceux-là ont plus de lumières, ceux-ci ont plus d'instinct ; la deuxième , que dans Tune ou l'autre voie de connaissance ou d'affection , il y a bien de la différence , puisque les uns excellent dans un don de l'entendement ou de la volonté , et les autres excellent plus dans un autre. C'est de là que vient cette variété inconcevable entre les sentimens , de chacun desquels on dit qu'il n'a point son semblable (1).

Pour les dons de l'esprit : les uns sont conduits par l'intelligence et la sagesse ; les autres , par la science; les autres, par le conseil.

Pour les dons de la volonté : les uns sont conduit» par la piété etla tendresse; les autres, par la crainte et la fidélité au devoir ; les autres, par la force de la générosité.

On est conduit par la piété et la tendresse , lorsqu'on voit dans l'objet ce qu'il y a de doux et d'aimable ; par la crainte et la fidélité au devoir , lorsqu'on y voit la justice et l'obligation ; par la générosité , lorsqu'on en voit l'excellence et la grandeur.

(i) Non est inventas similis iM, Eccl

ARTICLE TROISIÈME

Des Tentations.

Qu'est-ce que la tentation?

C'est un instinct par lequel le démon prétend , ou nous porter au mal , ou nous détourner du bien.

Par où le démon attaque-t-il l'homme?

Il l'attaque par son faible, et du côté de l'esprit , et du côté delà volonté : du côté de l'esprit , par les erreurs et les fausses maximes qu'il y trouve ; du côté de la volonté, par ce qu'il y trouve de répugnance au bien, ou de penchant au mal.

Comment le démon attaque-t-il l'homme?

En deux manières : ou subtilement et par illusion , en lui proposant le mai sous l'apparence du bien honnête ; ou grossièrement , en lui proposant le mal sous la seule raison qui flatte la

passion.

Quelles sont les tentations ordinaires?

Il y en a trois : l'une, de sensualité et de plaisir; l'autre, d'inclination, de négligence, et d'inapplication ; la troisième , de perplexité et d'inquiétude.

Quelles sont les tentations extraordinaires:

Il y en a deux principalement : l'une , de désespoir ; l'autre, de haine de Dieu et de blasphème.

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