‹ Œuvres spirituelles du P. Judde (volume 2)Chapitre 11 sur 116 · Une patience invincible dans les souffrances · texte numérisé non relu

Une patience invincible dans les souffrances

L'eucharistie, qui s'appelle tout à la fois , sacrement d'amour, nourriture des forts, et mémorial de la passion, est la source féconde de toutes ces excel lentes vertus (1).

(i) Srcnxftentiun amoris , cibusjoriùtm, et memariale PassionL

PREMIER POINT

Eucharistie, sacrement d'amour.

Sans amour pour Jésus-Christ , comment aurat-on du zèle pour le salut des âmes ? C'est l'amour qu'il a eu pour elles, qui nous rend singulièrement estimables et aimables ; et c'est l'amour que nous avons pour lui, qui nous inspire de l'affection pour ceux qu'il a tant estimés et aimés. Or , cet amour pour Jésus-Christ , où peut-on mieux le puiser que dans l'Eucharistie ?

On l'appelle sacrement d'amour, parce qu'il est, i notre égard, et le signe le plus marqué de l'amour le Jésus-Christ pour nous , et la cause la plus efficace de son amour en nous , comme les sacremens ;n général sont , tout ensemble , et des signes , et les causes de la grâce.

Où Jésus-Christ nous a-t-il mieux exprimé les ;xcés de sa charité ? In finem dilexit eos (1). Cela le veut pas dire seulement qu'il nous a aimés jus- [u'à la fin de sa vie, mais aimés jusqu'aux derniers termes où peut s'étendre l'amour le plus fort, î'élre fait homme, être mort pour nous , il a cru ; n quelque sorte, que c'était trop peu , tant qu'il tait possible de faire quelque chose qu'il n'avait as encore fait. Qui se serait avisé d'une invention areille ? Le seul amour.

L'eucharistie n'est pas seulement le signe de son mour pour nous, c'est encore la cause la pluseffiace de son amour en nous. La grâce propre et parculière de ce sacrement, à l'exclusion de tous les utres, c'est de nous transformer en Jésus Christ , (i) Joau. i3, i.

pour n'être plus qu'une même chose avec lui (1 ) , et que nous ne soyons plus avec Jésus-Christ qu'un cœur, qu'un corps, qu'une ame.

Quelle étrange chose donc, que ces froideurs où nous sommes pour Jésus-Christ, en approchant si souvent de cette fournaise d'amour ! Cela peut arriver par une espèce de miracle dont le démon seul peut être Fauteur (2). Cela ne doit-il pas nous faire craindre pour cette multitude de communions , qu'elles ne soient sacrilèges ? ( car , pour être inutiles , notre état habituel ne le montre que trop ). Craindre, dis-je, qu'il n'y ait quelque obstacle volontaire en nous , qui empêche l'e-ffet naturel et comme nécessaire de cette union de Jésus - Christ avec nous , de cet amour pour lui, aussi tendre que généreux?

Mais si véritablement nous aimons Jésus-Christ, et si nous sentons en nous les impressions de cet amour, comment le lui marquer mieux qu'en faisant pour les autres , par amour pour lui , quelque chose de semblable à ce qu'il fait pour nous dans l'eucharistie ?

C'est ici plus qu'ailleurs, qu'il fait l'office de bon pasteur ; il nous nourrit de sa propre chair, il nous nourrit de sa parole intérieure , il nous supporte avec bonté, il nous exhorte avec patience , il nous corrige sans se rebuter , il nous appelle à lui , il est toujours prêt avenir à nous; pourvu qu'il nous gagne, il est content.

Il n'a pas besoin , en lui-même , de rien de sem-

(i) In me manet , et ego in Mo. Joan. 6 , 5;.... Ut omnes unum suit } sicut tu , Pater , in me , et ego in te , ut et ipsi in fiobir unum sint. Ibid. 17, si.

(2) Tôt congestis carbonibus , miraculo diabolicœ avtis acihuc lepescimus. Richard de Saint-Victor,

SECONDE PARTIE. [4g

blable, mais il en a besoin dans l'ame de nos frères • il lui faut, dans eux, et pour eux, un bon pasteur (1) ; que ce soit toujours un des points principaux de nos actions de grâces :• que puis-je faire aujourd hui pour le salut des âmes? Je le dois faire je le ferai. '

Jésus-Christ peut bien peu de chose, si une cornmumon ne suffit pas pour soutenir notre zèle jusqu a 1 autre c'est-à-dne , pendant l'espace de vmgt-quatre heures. Disons souvent, dans le cours cujour: J ai été , aujourd'hui même, tant aimé de Jésus-Christ, et je lui refuserais dans mon frère telle ou telle marque de mon amour !

SECOND POINT

Eucharistie, le pain des forts.

Dans le travail de notre ministère, nous avons besoin de force et de courage ; Jésus-Chris. dans Pet chanstie est le pain des forts.

Un homme qui a un exercice de corps dur et né-

vei!5 aiS'eS T^* li0m "e Se «ournssent point de >e.m,sseaux (2) ; il jeUr faut une ie ; gj*

a leur voraci té (3) ' eponae

W Non pascuur ko vermibus.

wm,c»mriuèfuerit cmjuut aùc cmgrembmtur £i ^

(4) MA* vester 1uia ,,. omUbut M/geiïs ifattt ^ ^

nous pour nous soutenir ? si, dans cet auguste sacrement, nous ne pouvons pas le trouver, qui nous donnera de sa chair pour nous nourrir (1)? Job parlait ainsi , pour exprimer l'amour tendre qu'avaient pour lui ses domestiques ; chacun eût voulu , pour ainsi dire , s'incorporer son maître dans lui-même, le changer en sa propre substance. La passion emploie les mêmes termes quelquefois, pour signifier ses emportemens brutaux.

L'homme apostolique doit le dire de Jésus- Christ , mais dans un autre sens : Que ne puis-je plus encore qu'une fois tous les jours me nourrir de Jésus-Christ , pour en avoir plus de force à le servir ! Au moins disons tous les jours la sainte messe, soit que nous prêchions , ou que nous soyons en mission; retranchons plutôt de notre repos. L'eutharistie, nourriture non-seulement forte, mais délicieuse (2), et ceci est un nouveau remède au dégoût du ministère.

Les hommes apostoliques, inondés de consolations après la communion, volaient aux emplois les plus rebutans ; ils ne goûtaient plus rien sur la terre (3).

Sortons de cette table comme des lions rugïssans, et qui ne respirent plus que guerre et combats contre les ennemis de Jésus-Christ (-4).

(i) Dixerunt viri tabernaculi mei , quis det de camibas ejus cl saturemur ? Job. 3i , 3i.

(2) Panem de cœlo.. . omne delectamentum in se habentem. Sap. 16, 20... Cibus ejus electiis. Habac. i, 16.... P inguis panis ejus et prœbebit delicias regibus. Gènes. 49» 2°-

(3) Du mihi animas , cœtera toile tibi.

(4) Tanquam leones ignem spivantes , ab Ma mensd recedamui, facii diabolo tevribiles.

TROISIÈME POINT

Eucharistie, image journalière de la Passion.

Il faut encore aux hommes apostoliques une patience invincible dans les souffrances , et Jésus- Christ dans l'eucharistie leur a donné une image journalière de sa passion , la chose du monde la plus propre à faire aimer la souffrance (1). Tout est fait , dans ce sacrifice , pour nous en rappeler la mémoire : l'état du corps et du sang du Sauveur séparé, et consumé par une mort mystique , les ornemens chargés de croix de tous côtés, et toutes les bénédictions à l'autel, nous rappellent sans cesse à cette pensée.

La patience de Jésus-Christ dans l'eucharistie , ne nous la prêche pas moins. Il y souffre le baiser de Judas , les insultes des mauvais chrétiens, semblables à celles des Juifs , et il garde sur tout cela un profond silence, comme aux tribunaux.

C'est cette image toujours présente de la passion, qui doit nous animer à la patience, et plus encore l'homme de douleurs que nous recevons. Les martyrs , après la communion , allaient triomphans au supplice. Qu'avons-nous à souffrir de semblable ? £t nous manquons de patience et de courage avec un tel secours !

Voici un autre genre de force. Un jeune religieux ayant un jour servi la messe à un prêtre, celui-ci , au retour de l'autel , se trouva mal , et rejeta tout ce qu'il venait de prendre à la messe. Celui qui lui avait servi la messe, part, et va consulter son supé-

(i) Memoriale Passionis.

neur, lui demande une permission, que la seule connaissance de sa haute vertu lui fît accorder. Il vient donc, et se jetant respectueusement par terre, il avale, avec les restes du corps et du sang de Jésus-Christ, toute l'ordure qui les environnait, sans révolte et sans aucune suite. Il s'était dit, apparemment : Jésus-Christ n'a pas horreur de descendre chaque jour dans mon estomac, aurai -je horreur de lui partout où je pourrais le démêler ! Quel exemple de vertu dans un jeune novice de nos jours ! Et nous , disant la messe chaque jour, nous serions rebutés des pauvres , ou de l'ordure d'une prison et d'un hôpital ?

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