‹ Œuvres spirituelles du P. Judde (volume 2)Chapitre 13 sur 116 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

vons si souvent de souffrir beaucoup en cette vie : elle présuppose, comme les deux parties précédentes, quelques vérités fondamentales, sans lesquelles tout ce que nous méditerions n'aurait que peu ou point d'effet. Car, premièrement, si nous regardions Jésus -Christ comme un homme ordinaire , nous pourrions croire que s'il souffre beaucoup ] c'est par un effet de son mauvais sort, et qu'il n'est pas maître de ne point souffrir.

2.° Si nous croyions qu'il souffrit sans aucun rapport à nous , nous regarderions ses souffrances comme celles de tant d'autres personnes qui nous sont indifférentes, comme ce que nous lisons dans l'histoire d'un pays qui nous est tout-à-fait étranger. 3.° Enfin , si nous ne savions toutes les différentes raisons qui l'ont déterminé à vouloir ainsi souffrir, tout au plus nous aurions de la compassion pour lui, et peut-être quelque espèce de reconnaissance ; mais nous n'irions pas jusqu'à vouloir absolument l'imiter.

Il est donc de la dernière importance, dans cette méditation préliminaire , de nous bien remplir de ces trois considérations : Quel est celui qui souffre, pour qui il souffre, et pourquoi il souffre, et de ne nous occuper d'aucun des mystères particuliers de la passion, que nous ne nous en soyons bien pénétrés auparavant.

Ces trois circonstances nous sont exprimées dans ces mots de la première épitre de saint Pierre , chapitre 2 : Jésus-Christ a souffert pour nous , à dessein que nous marchions sur ses traces (1). Jésus- Ci) Christus passas est pro nobis , vobis retournent exemplum , U sequamun vestigia ejus. '

Christ a souffert ; c'est la première. Il a souffert pour nous; c'est la seconde. A dessein que nous marchions sur ses traces ; c'est la troisième.

PREMIER POINT

Première circonstance. Christus passus est , Jésus- Christ a souffert.

C'est Jésus-Christ qui souffre. Jésus-Christ ; c'està-dire, premièrement , le Fils unique de Dieu , le Dieu de la gloire ; le repos, les délices , toutes sortes de respects, d'honneurs, et de vénération lui sont dus ; il les mérite par sa nature et dans le souverain degré.

Jésus-Christ, c'est-à-dire, 2.° l'homme le plus innocent, le plus saint, le plus irréprochable qui fut iamais, et même qui puisse être. Il n'a fait de mal à personne , il a fait du bien à tous (1). N'eût-il pas été Dieu , il devait attendre toute sorte de reconnaissance et de bons traitemens de ceux qu'il avait prévenus en tant de manières.

Jésus-Christ, c'est-à-dire, 3° un Homme-Dieu et un Dieu homme tout à la fois , au pouvoir de qui il était de ne souffrir pas. Il le montre bien , puisque tant de fois il a prédit lui-même ses souffrances; qu'il est allé au-devant d'un pas assuré , et que ses ennemis, renversés par terre à son premier aspect , ne purent se relever ni le prendre qu'après qu'illeur en eut donné la permission.

Jésus-Christ souffre donc ; vous le voyez, mon Dieu ! et vous le voyez tranquillement , et vous le permettez, et vous l'ordonnez. Il souffre, et vous,

(j) Pertramut benefaciendo , et sanando omnes oppresses a diabolo- Act. io; 38.

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