TROISIÈME PARTIE
ministres de ses ordres, anges du Ciel , vous versez des larmes amères(l); mais vous ne vous mettez point en devoir de le venir défendre.
Maintenant donc qui suis-je , moi , qui refuse de souffrir , qui me plains de souffrir , qui murmure commesi on mefaisait injustice en «l'ordonnant de souffrir , qui blasphème , peut-être , quand on ne vient point assez tôt à mon secours ? Qui suis -je ? Un ver de terre plutôt qu'un homme (2) ; un vase d'argile dans les mains du potier qui l'a fait, et qui peut le briser à son gré ; un homme plus dépendant de Dieu , que ne l'est de moi un vil insecte sur qui je me donne un empire arbitraire de vie et de mort, que j'écrase simplement pour mon plaisir , par fantaisie, par caprice, ou pour faire usage de ma force et de ma liberté. Qui suis-je ? Un malheureux pécheur par le vice de mon origine ; un pécheur méchant et criminel par la multitude de mes propre fautes ; une victime cent fois échappée de l'enfer, digne , dés mon premier crime, du sort de Lucifei et de ses anges rebelles.
Qui suis-je encore ? Un homme défectueux dur insupportable , peut-être , aux autres hommes, par sa fierté et ses hauteurs mal entendues ; de qui mille gens maltraités , haïs , persécutés , ont droit de demander justice au maître commun de tous.
Quand je serais quelque chose , quand je serais innocent, quand je serais un saint , suis -je rien comparé b Jésus - Christ , mon créateur , mon rédempteur , mon roi , mon maître ? et puis-je attendre ou demander d'autres traitemens que lui ?
(i) Angelipacis amarè flebant. îs. 33, -. (a) Permis , et non homo. Ps. 21, ;/
Après cela donc, que Dieu et les hommes me traitent, s'il est possible, comme Jésus - Christ a été traité. Au dehors , une pauvreté extrême , des mépris , des injures , des blasphèmes atroces , d'horribles calomnies, l'abandon , la fuite de mes amis , le triomphe insultant de mes ennemis , l'injustice , la faiblesse de ceux à qui je demanderai justice, des douleurs sensibles dans toutes les parties de mon corps , complication des maladies les plus incommodes , les plus douloureuses , les plus humiliantes , les plus désespérantes : au dedans , craintes , anxiétés, scrupules , agonies cruelles, doutes désolans sur mon salut. Dès que je me serai dit : Jésus Christ a souffert, aurai-jerien à répliquer P Dieu me traite comme il a traité son Fils. Sans examiner encore les raisons qu'il peut avoir d'ailleurs, n'en estce pas assez pour me soumettre ? N'est-il pas le maître ? Sa volonté n est-elle pas la règle de toute justice (1) ?
Mais en sommes-nous là , et que souffrons-nous P Qu'avons-nous souffert jusqu'ici P Ce que nous ont attiré nos déréglemens, nos passions ; et hors de là, presque rien. Et combien d'adoucissemens de la part de Dieu même, tandis que son Fils paraît abandonné ! Quoi que je souffre donc , souffrir avec résignation et avec courage, c'est mon devoir; que ce soit ma résolution.
(i) Multiplicabitvulneramea , etiam sine causa. Job. 9, 17. Quis dicere potest : cur ita facis P Ibid. 9, 11.