‹ Œuvres spirituelles du P. Judde (volume 2)Chapitre 16 sur 116 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

n'en serait pas assez pour ses bontés ; elles méritent tout ce qu'un homme , fût il Dieu, est capable d'endurer; combien plus ce qu'est capable de souffrir un homme simplement homme !

De plus, Jésus - Christ souffre pour nous apprendre la grandeur de son amour envers nous. Il voulait non-seulement nous sauver , mais nous faciliter le salut , nous piquer de générosité , confondre notre lâcheté et tous nos mauvais prétextes (1). Jusqu'ici , il est vrai , peut-être n'avons-nous que trop souffert ; mais par quel principe ?

Par force, par nécessité , parce que nous ne pouvions faire autrement. Delà que nous osâmes dire , peut-être, en voilà trop ; de là que nous exagérâmes nos peines, que nous les vanta mes comme un grand sacrifice de patience, que nous craignîmes d'en trop faire , et que nous tâchâmes de nous dédommager par la recherche de mille satisfactions mutiles , dangereuses, et peut-être même criminelles.

Combien les saints furent - ils difîérens î Àh ! c'est moi , disaient-ils , c'est moi qui suis le pécheur et le coupable : cet innocent agneau , qu'a - t - il fait (2) ? Pour moi , je le sais , je ne reçois que ce que j'ai trop mérité ; mais pour Jésus-Christ, où est son crime , et que peut-on lui reprocher (3) ? Les saints estimèrent et aimèrent tant Jésus-Christ, qu'on eût dit qu'il ne leur était pas libre de ne pas vouloir l'imiter. Les souffrances , disaient - ils , ont été honorées , canonisées , divinisées dans la personne

(î) Ecce quomodb amabat. Joan. il, 36.

(2) Ego sum qui peccain ; ego inique egi. II. Reg. o{, 17.

(3) Nos quidem.... digna Jadis recipimus ■ hic uerb nihilmali gessit. Luc 23, 41.

de notre maître. A Dieu ne plaise que nous nous glorifiions désormais de quelque autre chose. 0 précieuse croix ! s'écriait l'un d'entre eux, croix précieuse , depuis que tu fus honorée et consacrée en soutenant le corps adorable de mon Sauveur ! 0 bonne croix ! que j'ai si long-temps désirée , si ardemment aimée , si continuellement recherchée, et que je trouve enfin préparée a mes vœux empressés (Y)!

Est-ce un amant qui parle à l'objet de sa passion? Est ce un disciple de Jésus-Christ prêt à mourir sur la croix ? Il continue : Je viens à toi , pénétré de joie et d'assurance ; tire-moi de ce monde malheureux , et rends-moi à mon cher maître Jésus-Christ; qu il me reçoive de tes bras , connue c'est par toi qu'il nia racheté (2). Quelle tranquillité ! quelle force invincible !

Enfin , comme on voulut le détacher de la croix, au bout de deux jours qu'il y vivait encore , il s'écria : Ne souffrez pas, Seigneur , qu'on puisse me détacher d'ici , ni que j'aie l'humiliation de mourir ailleurs que sur votre croix (3).

Cessentimens ne sont pas surprenans dans saint André ; il connaissait Jésus - Christ , et l'aimait ; il ne voyait de gloire qu'à lui ressembler dans la vie

(i) O Crux pretiosa ! quœ decorem de membris Domini mei suscepisti! Bona Crux , diu desiderata , sollicité amata , sint intermiss io ne c/uœsita , et aliquando jam concupiscent* animo prœparata !

(•2) Securns et gaudens ad te venio. Suscipe me ah hotninibus , et redde me magistro meo , ut per te me recipiat , qui per te me redemit.

(3) Ne permuta* , Domine Jesu Chrisie , Jàmulumtuumsohï, et ab homine corruvtibili humiliari.

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