‹ Œuvres spirituelles du P. Judde (volume 2)Chapitre 18 sur 116 · PREMIÈRE MÉDITATION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE MÉDITATION

Du sacrifice que Jésus-Christ fit au Jardin des Olives; de ses consolations intérieures.

Au premier point , nous considérerons combien ses peines intérieures furent excessives.

Au second point , où il chercha du soulagement. Au troisième point , quel soulagement il trouva.

Combien les peines intérieures de Jésus - Chrut furent excessives.

En voici quelques conjectures :

] .° Il est triste , il s'ennuie , il tremble ; et c'est la première fois de sa vie qu'on ait vu en lui rien de semblable (1).

2.° Il se plaint , lui qu'on n'avait jamais entendu se plaindre. Et dans quels termes se plaint - il p De la manière la plus vive , lui qui aimait tant à souffrir. Mon ame , dit-il, est triste jusqu'à la mort; il faut que la Divinité me soutienne pour que je ne succombe pas.

3.° Il ne peut ni s'arrêter en place , ni se fixer à rien. Il prie , et ses prières , ses réflexions ne sauraient le soulager ni le calmer. Il va rejoindre ses disciples , et il les quitte un instant après. Plus il avance , plus ses combats augmentent , jusqu'à lui faire suer du sang ; et cette sueur est si abandante , qu'elle tombe de toutes les parties de son corps , et coule jusqu'à terre (2).

A juger maintenant de l'effet par les causes , ses peines ne durent-elles pas être extrêmes P

1.° Il se voyait chargé des péchés de tous les hommes , et il se les appropriait : paraître en cet état aux yeux de son Père !

2.° Il prévoyait distinctement tout ce qui allait lui arriver. Déjà il était sans disciples , sans amis ,

(i) Cœpil p avère et tœdere. Marc. 14, 33. (a) Et jactiis est sudor ejus sicut gutlœ sanguinis in terranu Lia?. 22, 44-

sans défense, traité indignement , couvert d'opprobres , fouetté impitoyablement , cruellement crucifié.

3.° Il voyait l'inutilité de ses travaux pour la plus grande partie des hommes ; une multitude infinie brûler déjà dans les enfers , quoique d'avance on leur eût appliqué les fruits de sa mort ; une autre multitude infinie qui, dans le christianisme même , avec tant de grâces , ne laisserait pas de se perdre encore.

4.° Parmi les gens de bien et les plus fidèles de ses disciples , il voyait qu'à peine s'en trcuverait-il d'assez généreux pour l'imiter ; qu'on le servirait en esclaves ; qu'après tant de marques d'amour, on ne voudrait faire que ce qu'il faut , et par la simple crainte de se damner. Peut-être ne fut-ce pas là une de ses moindres peines.

Jamais il n'arrivera que nous ayons d'aussi justes sujets de nous affliger , ni que nous éprouvions des suites de nos afflictions et de nos combats aussi rudes pour la nature. Au moins jusqu'ici n'avonsnous pas encore souffert jusqu'à suer du sang (|).

Mais, chrétiens, religieux, hommes apostoliques, tous ont quelque chose à souffrir ; personne n'est sans quelque peine intérieure. L'un est tourmenté de perplexités , de scrupules ; il ne saurait croire que Dieu soit content de lui ; il voit toujours l'enfer comme ouvert sous ses pas ; il doute qu'il y ait pour lui quelque miséricorde. Ce n'est qu'un travail d'imagination ; mais le mal n'en est pas moins réel. Il languit , il sèche , il meurt tout vivant.

L'autre, queDieu a éclairé sur ses fautes passées

(i) Noiidùm usque ad sanguinem restitistis. Heb. 12, 4.

ne se regarde plus que comme un objet d'abomination. Il ne peut se souffrir environné d'iniquités ,

comme dans une profonde mer ; ses pensées , ses réflexions ne servent qu'à lui rendre la vie odieuse. Celui-ci sent tout le poids delà vie régulière qu'il embrassée pour l'amour de Dieu. Les exercices Je piété lui sont devenus odieux ; il ne fait rien qu'avec dégoût. La prière est pour lui comme un supplice ; il voit avec des yeux d'envie l'état plus libre des gens du siècle et des religieux imparfaits ; à peine peut-il résister à la tentation.

Celui-là , plein de zèle pour l'amour de Dieu et pour le salut des âmes , ee désole de le voir tant offensé. Ses travaux lui paraissent inutiles ; on ne l'écoute point comme il voudrait (I).

Plusieurs souffrent par la seule prévoyance de l'avenir. Que deviendront-ils ? Quel parti prendrontils ? Ils ont des ennemis puissans ; ils n'ont ni talens , ni appui , ni crédit , ni bien , ni ressource?. Quelques-uns, attaqués d'une maladie habituelle , d'une pesante et noire langueur, craignent presque également de vivre et de mourir. Vivre inutile , à charge à soi-même et aux autres, mourir sans avoir fait pénitence ! eut-on fait pénitence , mourir sans savoir certainement ce qu'on deviendra !

Dans tous ces états divers , à tant de maux différens , voici un remède universel :

Jésus-Christ , abattu de tristesse , épuisé de forces , étendu dans son sang, agonisant enfin , et tout près de succomber. E.egardez-le , ô homme! qui que vous soyez, quelque malheureux , quelque affligé que vous soyez ! et quoi encore? Rien de pïus.

(l) Petivit animes ut morerebtr, III. Rpg. 19, *■

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