‹ Œuvres spirituelles du P. Judde (volume 2)Chapitre 23 sur 116 · TROISIÈME PARTIE. 17 J · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. 17 J

plus de soixante -dix mille de ces puissances célestes dont un seul défit, dans l'armée de Sennachénb , prés de deux cent mille hommes en une nuit. 4.° Il défend qu'on touche à aucun de ceux de sa suite , et c'en est assez pour être obéi. Qu'il eut défendu que personne ne l'approchât, n'eût -il pas élé obéi de même ? Ne pouvait-il pas encore se rendre invisible , comme il l'avait fait une fois à Nazareth, et quelques autres fois â Jérusalem , quand on avait voulu l'arrêter avant le temps qu'il avait marqué? Si donc il perd sa liberté, si nous le voyons au pouvoir de ses ennemis, une puissance plus forte que celle du prince des ténèbres, le retient. Ce ne sont point les liens dont on l'attache , qui l'empêchent de s'échapper ; mais les liens de nos péchés, mais notre fausse liberté, pour lesquels il est résolu de satisfaire; mais les liens de cette immense charité qui le fait esclave de nos besoins (1).

Maintenant donc, après avoir adoré, remercié mille fois Jésus-Christ , et baisé les liens qui l'attachent pour l'amour de nous, que nous faut-il faire? Souhaiterons-nous d'être chargés de chaînes, quelque jour, pour l'amour de notre Maître? Que nous serions heureux !

Quelle consolation était-ce aux apôtres, de se voir emprisonnés pour avoir prêché l'Evangile ? pour Xavier, de penser qu'en entrant en Chine , il serait peut-être d'abord mis aux fers , et qu'il y périrait? pour plusieurs autres prédicateurs de l'Evangile , de se voir arrêtés presque partout pour avoir tantôt converti des libertins , tantôt enseigné Mie doctrine pure et exacte, tantôt trrrcbé des

(i) Formant servi accïpïanssVhïï. i, ~.

mains de leurs séducteurs , une jeunesse simple el facile? Un imitateur des apôtres doit être prêt à tout souffrir.

Mais méritons ces grandes grâces par un autre sacrifice de notre liberté, qui est plus en notre pouvoir, et qui ne coûte pas moins à un naturel léger et ennemi de la constance.

C'est cette fausse liberté qui Jusqu'ici, a occasioné nos plus grandes fautes. On veut se gouverner soi-même , on ne veut dépendre de personne , on se révolte contre toute autorité qui veille de trop près. S'il arrive quelquefois qu'on se lie , il faut que ce soit toujours avec un plein pouvoir de se remettre en liberté quand on voudra ; les chaînes même les plus sacrées qui nous tiennent attachés à Jésus -Christ, ne sont pas ensuite plus respectées que la règle et les ordres des supérieurs (1).

Aujourd'hui donc baisons nos chaînes, serronsles plus que jamais. Un Dieu dans les fers pour l'amour de nous , nous attire à l'imiter ; refuserionsnous de le suivre (2) ?

Moins nous avons d'habitude à porter le joug , plus il nous en coûtera ; mais il le faut, nous l'avons promis; sans un sacrilège nous ne saurions nous en dédire.

Il fut volontaire, notre sacrifice, à l'exemple de celui de Jésus-Christ ; qu'il ne devienne pas un sacrifice forcé. Xon, nous ne profiterons , nous ne persévérerons jamais qu'en nous faisant de continuelles violences (3).

(i) Rupisti vincula mea et dixisti : non sevinam. Jer. i, 20.

(2) Infuniculis Adam.... In vinculis charitatis. Oseae. tt9 4-

(3) Tantùm profitiez , quantum tibi ipsi vim intideris. Irait.

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