A quel dessein Jésus-Christ choisit ses apôtres
2.° Quels étaient les apôtres quand Jésus -Christ les choisit ;
3.' De quelle manière et dans quelles circonstances il les choisit. Rien n'est plus propre à nous faire estimer et aimer notre vocation aux fonctions apostoliques, et à nous donner du courage pour en remplir tous les devoirs
A quel dessein Jésus-Christ choisit ses apôtres.
Il les choisit pour élre ses associés dans l'entreprise qui l'avait fait descendre du Ciel , de glorifier son Père , et de procurer le salut de tous les hommes. Pour cela, après leur avoir fait renoncer à tout ce qui pouvait les retenir dans le monde , à leur maison , à leur famille , à leur bien , qui n'était pas fort grand , à leurs désirs , à leurs espérances , qui n'ont pas ordinairement de bornes , il les attacha à sa personne ; il les forma , il les instruisit avec un soin tout particulier ; ils l'accompagnaient partout , à la ville, à la campagne, à la prédication ; il n'eut rien de caché pour eux ; il fit en leur présence presque tous ses miracles.
Quelle prédilection! être d'un troupeau si petit!.... quelle dignité ! être coopérateur d'un Dieu fait homme, dans la plus importante affaire , dans la seule qui puisse s'appeler l'affaire de Dieu! c'est à partager ces mêmes grâces et ces mêmes privilèges , que Dieu a appelé les ouvriers évangéliques (1).
Le nom d'apôtre dit quelque chose de si grand , que les premiers qui le portèrent ne se glorifiaient de rien davantage (2). Les autres commençaient ordinairement leurs épîtres de la même manière ;
(i) Vobis datum estnosse mysterium regni Dei. Luc. 8, 10.
(2) Paulus vocatus Apostolus , segregalus in Evangslium Dei. Paulus Jpostolus per voluntatem Dei. Paulus Apostolus non ab homvubus , sed per Jesum Christum. Paulus Apostolus secundàm imperium Dei Salvatoris , et Christi Jesu Dei. Rom. 1. ..2. Cor. 1... Ad Eph. x... Coloss. 1.
j0 RETRAITE DE TRENTE JOURS.
mais , non plus qu'eux , n'oublions jamais à quoi nous oblige cette éminente qualité.
Un apôtre de Jésus-Christ ne doit plus connaître ni la chair , ni le sang (1).
Un apôtre na doit plus vivre pour lui - même , mais vivre pour Jésus-Christ , et mourir pour lui , s il le faut (2).
L a apôtre ne doit se glorifier que de la croix et des opprobres de Jésus-Christ (S).
Un apôtre doit faire honneur à celui qui l'envoie (4).
Dans toutes les occasions où nous pourrons nous surprendre coupables de quelque faiblesse, demandonsmous : Pierre, Paul , Jean, Jacques , André , eussent-ils fait ainsi ? Non ; je ne le ferai donc pas • j'aurais honte de le faire. Plus le bienfait est signalé, plus nous aurons de comptes à rendre , si nous sommes ingrats , ou si nous enfouissons notre talent.
Un de ceux que Jésus-Christ choisit , fut un apôtre et un traitre. Sa vocation avait été bonne ; mais il fut infidèle , il la perdit. Parmi ceux qui annoncent votre sainte parole, ô mon Dieu ! n'y en aurait-il point quelqu'un qui dût vous trahir et vous abandonner ; et celui-là , ne serait-ce point moi ? O mon Dieu ! préservez-moi de ce malheur ! je pren-
(i) Cùm autem placuit ci qui me segregaint ex utero matris mcœ , continua non acquievi car ni et sanguini. Gai. i, i5, 16.
(a) ISemo nostrûm sibi vivit , et nemo sihi moritur : swe enim vwimus , Domino vivimus ; swe morimur , Domino morimur. Rom. U, ;,8.
( i . Milu autan absit gloriari , nisi in crucc Donnai nostri Jesu Christi. Gai. 6, i\.
(4) Exhibeamus nosmeiipsos sicut Dei Ministros. II. Cor. 6 , 4«. Pro Christo crgo legatione fungimur. Ibid. 5 , ao.
drai garde s'il n'y aurait point dans moi quelque passion , comme dans Judas , qui pût m'attirer une si funeste disgrâce , et je vais la corriger ; déjà j'y travaille. Hélas î je n'ai que trop mérité d'être abandonné de vous ; je me suis égaré, mais rappelez-moi a votre troupeau choisi. Appelez-moi une seconde fois , si ma première vocation était perdue, et si j'ai mal employé tout le temps où j'aurais dû me former à seconder vos grands desseins. Aujourd'hui que je connais l'excellence de ma vocation, je pleure le passé ; et ce nom d'apôtre, que tant d'excellens ouvriers méritèrent partout à si juste titre , et qu'on leur donne comme un surnom de distinction i je tâcherai de le remplir comme eux , selon toute sa signification.
SECOND POINT
Quels étaient les Apôtres, lorsque Jésus-Christ les choisit.
1.' Pour les qualités naturelles, c'étaient presque tous de pauvres gens, qui vivaient du travail de leurs bras ; gens de la lie du peuple, ignorans, grossiers méprisés du monde, et méprisables selon le monde.
2.° Pour les qualités morales, la plupart étaient gens simples et sans artifice , gens religieux et craignant Dieu (1), quelques-uns déjà disciples de Jean. Paptiste, à qui Jésus-Christ voulait faire honneur Cependant il n'exclut pas tout-à-fait les pécheurs :' Matthieu et Paul en sont des preuves
Mais tous étaient appliqués à leur emploi, et ca-
(r) Israëtita in Huo dotas non est. Joan. i , fo
Il) RETRAITE DE TRENTE JOURS.
pables au moins par leur courage , de soutenir les travaux apostoliques; mais tous , dès les premières invitations que leur avait faites Jésus-Christ, s'étaient rendus dociles à sa grâce ; rien n'avait pu les arrêter ; point d'excuses , point de retardement , point de regards derrière eux , depuis qu'ils eurent mis 'a main à la charrue.
Jésus-Christ choisit des pauvres , pour montrer l'estime qu'il fait de la pauvreté , et combien il se piait à converser avec les simples (1). Des pauvres, afin qu'on ne pût attribuer la propagation de l'Evangile qu'à une force divine et surnaturelle (2). Des pauvres , afin qu'eux-mêmes ne fussent point tentés de vaine gloire , dans les grandes merveilles que Dieu opérait par leur moyen. Les scribes , les pharisiens , si Jésus-Christ eût choisi des apôtres parmi eux , eussent attribué , du moins en partie , leurs succès à leur habileté , à leurs talens naturels ou acquis (3).
Jésus - Christ ne rebuta pas absolument les pécheurs, parce que, dans leurs péchés , ils avaient de quoi contre-balancer l'orgueil, comme les autres t'avaient dans leur insuffisance naturelle Tous avaient toujours été gens laborieux et appliqués, parce que le ministère évangelique demande des hommes actifs et de bonne volonté , que ni peine ni travail ne puissent jamais rebuter.
Tous avaient obéi au premier attrait de la grâce,
(i) Cum simplicibus sermocinatio ejus. Prov. 3,3?.
(2) A Domino Jactum est islud , et est mirabile in oculis nosfris. Ps. ii 7 , 22.
(5) bon multi patentes , non multinobiles.... infirma mundi elegiï ... ut non glarietur omnis caro in conspcctu ejus. E. Cor. 1 , a6, 27, 2g.
parce qu'un apôtre ne doit avoir de moin ement ni de volonté que par l'impression de celui qui l'envoie. ^ Oublions ce que nous sommes ou ce que nous fûmes dans le monde ; jamais ne parlons, ni de notre famille , ni de nos parens , ni des avantages de fortune auxquels nous avons pu renoncer. Ce n'est pas pour tout cela que Dieu nous a choisis ; c'aurait pu y être plutôt un obstacle , et c'est faire une sorte de reproche â ceux que Dieu a appelés avec nous comme s'ils avaient mérité moins que nous. Pour les talens naturels , si nous en avons , cultivons-les Dieu nous l'ordonne. Aujourd'hui que l'Evangile est établi , c'est par les voies communes que la reigion doit se soutenir et se défendre ; mais n'oublions point qu'il faut compter moins sur cela que sur un grand fonds de vertu et sur une grande pureté de zélé. Quand il n'y a que l'homme qui parle il n y a que l'homme qui agit, et l'action de l'homme quel qu'il soit , ne saurait aller jusqu'à changer les cœurs. Si nous avons été pécheurs , oublions - le moins encore ; disons , avec saint Paul : Car je suis le moindre des apôtres , et ne suis pas digne du nom d apôtre, puisque j'ai persécuté l'Eglise de Dieu (1)5 et d'autant plus que nous ne pouvons pas ajouter, comme lui : Dieu m'a fait miséricorde parce que j'ai péché par ignorance (2).
Mais, qui que nous soyons ou que nous ayons été , rendons-nous souples et dociles aux moindres volontés de celui qui nous a appelés, et des supé-
JriE§° fr SUm ^^^ a^l°™> , cjuinon sum dignm vocan apostolus , rjuomam persécuta, sum Ecclesiam Dei. I. Cor
f Tim~ ^ ^ consecutus sum , cjuia ignorans feci.
Retraite spiril, II.
rieurs qui nous tiennent sa place, nous envoyassentils aux extrémités du monde. Un ouvrier apostolique , non plus que les apôtres , n'a point d'autre pays ni d'autre demeure que la terre tout entière , qui appartient au Seigneur (1).
Souvenons - nous enfin de ce que nous pouvons de nous-mêmes ; rien , mais véritablement rien. La moindre complaisance de notre industrie anéantirait le fruit des plus grands travaux.
David n'était choisi pour régner sur le peuple de Dieu , que parce que c'était en apparence l'un des plus faibles jeunes hommes de tout Israël (2).
TROISIÈME POINT
De quelle manière , et avec quelles circonstances Jésus-Christ choisit ses Apôtres.
Il passa la nuit tout entière en oraison , comme pour consulter Dieu ; puis le matin étant venu , il choisit parmi ses disciples qui il voulut (3). Attribuons à cette prière , la grâce qui les accompagna depuis. Un Dieu qui prie est toujours exaucé quand il veut absolument l'être. Mais ne doutons pas que ce ne soit à cette prière même , ou à quelque autre semblable, que nous devons aussi la grâce de notre apostolat ; car Jésus-Christ avait tous les temps à venir aussi présens que le présent même , et l'Eglise ne lui est pas moins chère aujourd'hui qu'autrefois.
(i) Domini est terra et plénitude ejus. Ps. 23. Ite , incendile mundum unwersum.
(9) Adhuc reliquus est parvulus. .. ipse est. I. RCg- K», ia.
&)Misereborcujusmisereor, et misericordiam prœstabo cujus mùerebor. Rom. g, tS,
N'en doutons donc point; puisque Jésus- Christ nous a appelés , ayons une ferme confiance qu'il ne nous abandonnera jamais dans les ministères où il nous aura appliqués.
Je ne sais lequel des deux doit régner davantage dans un imitateur des apôtres , ou la défiance de soi-même , ou la confiance en Dieu ; l'une et l'autre ne sauraient être excessives (1). Pleins de cette confiance les saints ne croyaient pas qu'on dût refuser p utot de travailler à la cour qu'à l'hôpital ; et sans blâmer absolument l'humilité de ceux qui refusent ils jugeaient que, dans certaines circonstances, elle était déplacée.
Ce n'est point ici la confiance téméraire d'un homme qul se produit de lui.méme ^ ,g ^^
élévation d'un cœur qui se sent capable de tout aidé de son Dieu. Sans cette confiance, saint François-Xavier eût-il pu former de ces vastes desseins, entrer seul dans le Japon , à la suite d'un cavalier ? J eut-on pas pu lui dire , à peu prés comme saint Uirysostome a saint Pierre, se le représentant sur le chemin de Rome : Où allez-vous, je vous prie , et que pretendez-vous faire ? Annoncer l'Evangile aux Romains. Y pensez-vous P oubliez -vous qui ils sont et qui vous êtes ?
Mais ces grands saints comptaient beaucoup sur leur vocation, et ne comptaient en rien sur euxmêmes.
trÏefZ^ SUJflCiTS 5l'mUS C°>àare> «* SHfficiemia nos- 6 oL ' Cim 6t ld°ne0S n°Sf*cit bistros , etc. II. Cor. 3 ,