QUATRIÈME PARTIE
aucun crime, et peu de faiblesses, ni de fautes volontaires, s'il se peut. Demandons à Jésus-Christ notre Seigneur la grâce de cette stabilité dans le bien ; et pour la mériter, fuyons désormais avec soin toutes les occasions qui pourraient nous porter au mal. Capables de retomber et de redevenir ce que nous avons été, évitons le monde, défionsnous du monde et de ceux qui en ont l'esprit. Nos ennemis nous cherchent, et ils ne désespèrent pas de nous perdre; ils ont trop d'exemples de l'inconstance et de la fragilité des meilleures résolutions. Une vertu qui commence, a besoin des plus grands ménagemens; prière, solitude, occupations saintes, et devoir, il les faut absolument pour ne plus mourir.
SECOND POINT
Quelle est la rie apostolique à laquelle doivent se former de véritables ministres de Jésus-Christ. La vie apostolique à laquelle on doit se former, nous est encore figurée dans celle de Jésus-Christ ressuscité. On ne peut voir ici plus d'activité pour aller où l'appelle le salut de son troupeau désespéré, ni plus de promptitude à retourner à Dieu , dès que sa présence n'est plus nécessaire à ses disciples ébranlés.
l.° Son activité est surprenante. En un même jour , on le voit proche du sépulcre , au bourg d'Emmaùs, dans le cénacle de Jérusalem ; nul obstacle ne l'arrête; tout cède à son activité. Il a un corps comme s'il n'en avait point; il vit, il parle d'une manière toute céleste : c'est la figure . voici la réalité.
L'homme apostolique doit être tout et partout à la fois; il suffit que sa présence soit nécessaire quelque part pour qu'il y vole : rien ne l'arrête, rien ne lui semble difficile, quand il s'agit de sauver les âmes, ne fut ce qu'une ame de plus; il oublie son corps, son repos, sa santé: il faut que d'autres y pensent pour lui ; mais Dieu y pourvoit , à mesure qu'on le néglige ou qu'il la néglige lui-même; car, pour lui, il ne pense qu'à Dieu, il ne parle que de Dieu et du salut du prochain, pour la plus grande gloire de Dieu; il ne saurait parler d'autre chose, son cœur en est rempli.
2.° Jésus-Christ n'est pas moins prompt à retourner à Dieu qu'à se prêter aux hommes. Il ne fait que des apparitions courtes; on aperçoit aisément que son inclination le rappelle ailleurs ; et où le rappelle-t-elle? à Dieu, à la solitude dans Dieu. Je suis sorti de mon Père , et je suis venu au monde ; maintenant je laisse le monde , et je vais à mon Père (1). L'homme apostolique, suivant ce modèle, est comparé, dans Isaïe, à des nuages qui portent la pluie dans différentes régions, et à des colombes qui retournent dans les trous de leurs rochers (2). Les nuages tirent leur origine de la mer et des rivières , et , après une circulation plus ou moins grande, ils y retournent. Les colombes sortent de leurs demeures, et, après quelques incursions, elles s'y rendent de nouveau.
Il le fit toute sa vie , et le fît surtout depuis sa
(i) Exù'i à Patrie , etveni m mundum ; iterùm relinquo mandata et vado ad ^atrem. Joau. 16, a3.
!» Qui surit isti qui ut nubes volant , ci quasi columbee ad fenestras suas, te 6*>, 8.