‹ Œuvres spirituelles du P. Judde (volume 2)Chapitre 52 sur 116 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

ment n'est bien assuré qu'à mesure qu'on souffre ivecmoins d'indétermination et de pesanteur qu'auparavant, du moins dans la partie supérieure.

Seconde marque de résurrection, apparuit. Paraître ce que l'on est, si véritablement l'on est ce que Ton doit ctre ; pouvoir se mettre , comme Jésus-Christ, à toutes sortes d'épreuves (1) ; qu'en nous approchant, qu'en nous observant de si près qu'on voudra, on ne voie rien dans nous qui se démente. Il est un certain air de recueillement et de réserve qui parle et qui dit ce qui se passe dans le cœur ; mais il ne dit pas tout également. Le monde défiant et malin ne doutera que trop de notre résurrection, sans que nous lui donnions de véritable occasion. Ainsi, comme Dieu a été déshonoré publiquement par notre désordre , nous lui devons une amende honorable, haute et publique. On a pleuré nos égaremens, qu'on se réjouisse de notre retour; on a été témoin de notre mort, qu'on le soit de notre résurrection. Craignons- nous qu'on ne dise de nous comme du prodigue : Il était mort, et il est ressuscité ; il était perdu , et il est retrouvé (2) ? C'est se défier soi-même de son état ; c'est craindre de se mettre dans l'heureuse nécessité de persévérer. Or , qui craint de persévérer , ou qui craint trop de ne persévérer pas, est-il véritablement ressuscité ?

Non, je ne me cache plus : venez , vous tous qui craignez le Seigneur , et je vous dirai tout ce qui m'a rappelé à lui (3). J'ai vu la grièveté de mes

(i) Palpate et videte. Luc. 24, 3g.

(a) Mortuuseratet revixit ; pevierat et inventus est. Luc. x5. 32. (3) Venite , et narrabo uobis , omnes qui timetis Deum , quanta fecitanitnœ meœ.Vs. 65, 16.

fautes, la vanité de mes attachemens, la perte de tant de belles années. J'ai frémi de crainte; je me suis indigné contre moi-même, j'ai dit : Ah ! je me lèverai, je retournerai à mon père (1). Que cette démarche m'a coûté ! Que j'ai eu de peine à m'y résoudre! Dieu m'a rappelé comme malgré moi. J'étais venu sans aucun dessein, avec un dessein de ne rien faire ici. La grâce a été plus forte que la nature, que la honte, que l'habitude mauvaise ; mais que j'ai trouvé dans Dieu de bonté et de facilité à me recevoir ! Aujourd'hui mon unique regret est d'avoir tant différé. Je vous ai aimé trop tard , beauté toujours ancienne et toujours nouvelle (2). La droite du Seigneur a montré sa force ; non je ne mourrai pas, mais je vivrai pour publier partout les ouvrages du Seigneur (3).... Réjouissezvous avec moi, j'ai trouvé la drachme que j'avais perdue (4).

Troisième marque de résurrection , ne mourir plus (5). Dans Tordre naturel , on peut être ressuscité, et mourir encore. La fille de Jaïre, le fils de la veuve de Naïm, ressuscites par Jésus-Christ même, et ceux qui ressuscitèrent après la mort de Jésus- Christ , qui se montrèrent dans la cité sainte, rentrèrent dans le tombeau. Mais, dans Tordre de la grâce, pour ressusciter comme Jésus-Christ, et pouvoir s'assurer de sa résurrection, il faut ne mourir plus; au moins ne faut-il plus, à beaucoup près, se trouver tel qu'on était avant sa résurrection; plus

(i) Surgam et ibo ad Patron. Luc. i5 , iS.

(2) Sera te amavi , etc. Saint Aug.

(3) Dextera Domini fecitvirtutem... Non moriar t etc. Ps. 117.

(4) Congratulamini mihi , etc. Luc. 1 5 , 9. (,5) Jam non tnoritur. Rom. 0 , 9,

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