‹ Œuvres spirituelles du P. Judde (volume 2)Chapitre 6 sur 116 · Le pouvoir de chasser toute sorte de démons · texte numérisé non relu

Le pouvoir de chasser toute sorte de démons

3.» Le pouvoir de guérir les malades, et même de ressusciter les morts (5).

4.' Le pouvoir de fouler aux pieds les serpens les scorpions, toute la force de l'ennemi, et de n'en recevoir aucun dommage (4).

Nous avons le pouvoir de prêcher et d'exorciser, nous en convenons ; mais nous n'avons pas le reste, disons-nous. 1/ Plusieurs saints personnages, qui ne sont pas fort éloignés de notre temps les ont eus , ces pouvoirs extraordinaires que nous n'avons pas ; et quelques-uns les ont encore , surtout le pouvoir de délivrer sans peine du démon e\ de toutes sortes de maléfices,

2.° Dans le sens moral , nous avons tout ce qu'avaient les apôtres, et l'un est autant ou plus estima ble que 1 autre. Oui, aux yeux de la foi , c'est une plus grande chose de remettre en grâce un pc cheur, que de ressusciter un mort; de rappeler une ame tiède à la ferveur, que de guérir d'une mala-

(0 Eûmes, prœdicate Evangeli'um. Marc. 16, i5. (%) Potestatem super omnia dœmonia. Luc. 9 \lm '

(3) Infirmas curate , morluos suscàate. Matth 10 S

(4) Poteslatem cakandi super serpentes et scorpiones et super omnem nrUUem inimici , et nihil .obis nocebit. Ltfc. ro, \9 "

die ; de vivre parmi des hommes corrompus sans se corrompre, que de boire du poison, ou de marcher sur un serpent, sans qu'il nous en arrive du mal. Mais cette foi , nous en faisons très-peu d'u< sage, ranimons- la ; que ne penserons-nous point, aussitôt, de l'excellence de nos ministères et de la sainteté qu'ils demandent ? Allons-nous au confessionnal ? Je vais ressusciter les morts ; Jésus-Christ seul le peut, mais là je suis Jésus-Christ ; portons-y la pureté de son zèle, et la droiture de ses intentions. Allons-nous prêcher ? c'est comme exorciser et conjurer des âmes possédées. Que les démons n'aient point de reproches à nous faire , comme il est arrivé quelquefois ; qu'ils ne quittent pas le possédé pour se jeter sur les exorcistes. Allons-nous en direction ? Je vais rendre la santé et la force à des personnes qui languissent. Quelle ferveur ne faut-i! pas pour en inspirer à d'autres ? ne vais-je pas prononcer ma condamnation, dire beaucoup plus que je ne fais, et peut-être que je ne suis résolu de faire ? Allons-nous dans les compagnies du monde ? Je vais marcher sur des serpens ; je vais respirer un air empoisonné ; gardons-nous de nous corrompre (1). Ayons grande idée de nos pouvoirs, et nous en donnerons bientôt de l'estime aux autres ; mais si nous oublions ce que nous sommes, le monde l'oubliera aussi. Et d'où vient aujourd'hui certain mépris pour le ministère apostolique et pour l'état religieux? Une vie d'apôtre rappellerait à la o-randeur de nos ministères. Quelle différence le

(x) Fili hominis, increduli et subversores suni tecum , et cuni scorpionibus habitai. Ezech. 2, 6.

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monde ne sait-i] pas mettre entre un prêtre et un prêtre, un religieux et un religieux !

SECOND POINT

Quels secours Jésus-Christ donna à ses apôtres Un secours de consolation et de bienséance (1) Deux ensemble, pour s'entretenir et pour s'entregarder : nul autre secours purement naturel • et ne voulut pas même qu'ils s'en missent enpeine (2) ; ni provision pour se nourrir, ni verge pour se défendre, ni deux habits pour se vêtir. Avec cela, il les assure qu'ils ne manqueront de rien ; l'ouvrier est digne de sa récompense (3) ; et cette récompense n'est autre que sa nourriture (4). Les hommes touchés , édifiés de votre pauvreté , de votre désintéressement dans un besoin si grand, ne vous manqueront point ; et vous manquassent-ils, je ne vous manquerai pas, moi. Aussi, lorsque Jésus-Christ , la veille de sa mort, leur eut demandé si , quand il les avait envoyés, ils avaient manqué de rien, tous répondirent : De rien (5). Mais peut-on compter làdessus encore aujourd'hui? N'est-ce pas tenter Dieu? Les missionnaires dans les Indes, dans le Canada , dans toutes les autres terres étrangères , ne comptent-ils pas sur cette Providence ? Et leur'a-telle manqué ? Ceux qui, par profession, suivent à la

(i) Misa illos binas, Luc. 10, r.

(2) Prœcepit eis ne c/uid toîlerentin via.... Marc. 6, S. Non panent , neque in zona œs , neque induerentur duabus tunicis. Marc 6, 8 et 9.

(3) Dignus est operarius mercede sua. tue. 10, 7.

(4) Dignus est operarius cibo suo. Matth. 10, 10.

(3) iïumquid aliçuid defuit vobis ? at iUidixerunt , nihil. Luc. aa , 35.

lettre les conseils de Jésus- Christ , les religieux de saint François , de saint Dominique, de saint Gaétan, ont-ils manqué de rien? Ceux qui conservent l'esprit de leur institut dans sa perfection , manquent-ils? J'ai vu des capucins laissés sur le bord d'une rivière, à la descente d'un bateau ; en moins de rien on vint les chercher de quatre endroits. Combien de missionnaires, avec de modiques pensions, ont encore de quoi distribuer des remèdes , faire d'assez grandes aumônes aux pauvres et à leurs petites églises ! Ceux qui, en France , ont eu quelque rapport avec eux, disaient eux-mêmes qu'ils ne savaient où ils trouvaient de quoi leur envover , ni comment ces missionnaires pouvaient subsister avec le peu qu'ils leur envoyaient ; il est vrai qu'ils savaient se contenter de peu ; mais ils vivaient , ils se portaient bien , et se reprochaient d'être trop bien. Des hommes apostoliques à qui il faudrait à la ville autant de bardes qu'à des séculiers assez bien accommodés ; pour le voyage, autant de préparatifs qu'à un homme de guerre ou de mer; cela est-il nécessaire ou édifiant?

Enfin , si nous manquons quelquefois , n'est-ce pas que Dieu , à qui nous ne nous abandonnons point, ne prend plus tant de soin de nous ? Pour recevoir à la lettre les promesses de l'Evangile , il faut suivie à la lettre les maximes de l'Evangile : tirons-nous une bonne fois de cette servitude (1). Avoir beaucoup, ne donne souvent que l'envie d'avoir encore davantage , et l'envie d'avoir n'a ni

(i) Multu superjlua habemus , sinon nisinecessaria quœrimus ; si quœrimus inania.nihil sujficit operi Dei : cupiditas tua non est opus Dei.

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bornes ni discrétion; c'est une hydropisie (1). C'esc la sangsue de l'Ecriture (2).

TROISIÈME POINT

Quels avis donna Jésus-Christ à ses Apôtres.

Novices encore dans le ministère, ils avaient besoin de plusieurs avis ; il prévit tout, il pourvut à tout ; premier avis contre l'esprit d'intérêt et d'avarice (3). On ne peut trop le répéter aux ouvriers évangéliques : Malheur à quiconque travaillera plus par intérêt que par le motif de la gloire de Dieu (4) !

Second avis contre l'inquiétude d'une trop grande précaution. L'Esprit saint vous inspirera , sur V heure même , ce qu'il faudra dire (5). Ceci n'exclut pas absolument la préparation, mais l'inquiétude de la préparation. L'oraison est-elle moins une préparation de l'étude que l'étude ? D'où vient qu'on la néglige davantage? Si ce n'est pas toujours a Pheure même qu'il faut parler, que le Saint-Esprit inspire , ce n'est au moins que quand on se prépare, et tranquillement, et aux pieds du crucifix. Troisième avis contre la vaine ostentation dans des matières trop recherchées (6). Ce que disait un de nos plus grands prédicateurs (7) , à quel-

(r) Qud plus suntpotœ , plus sitàmtur aquœ. (z)4ffer, affer. Prov. 3o, i5.

(3) Gratis accepislis, gratis date. Matth. 10, S.

(4) Donum Dei existimasti pecunià possideri. Art S 20

(6) D,a,e ///*, ; appropmcjua.it m vos regnum Dei, et ereuntes .rœdicabantutpœnuentiamagercnt. Luc. 10, 9. Marc. 6, 1*. C) Le P. Bourdaloue.

qu'un qui prêchait toujours les grandes matières , est bien remarquable : Si j'ai quelque scrupule , c'est de ne l'avoir pas toujours assez fait. Des pauvres , au temps d'une famine, viennent à nos portes ; que diraient-ils si, au lieu de pain, on leur présentait des pastilles p On se prépare pour les grandes villes , pour les auditoires brillans , pour les gens d'esprit : pendant ce temps-là, le peuple est négligé , manque d'instruction , ignore l'essentiel du salut. Et Ton se repaît de chimères ; quel compte à rendre !

Quatrième avis contre le découragement , les mauvais succès (1). Le mérite de notre travail nous reviendra quoiqu'on n'en profite pas ; et si quelqu'un en profite, fut-il seul, c'est beaucoup d'avoir gagné une ame.

Cinquième avis contre la complaisance et les retours d'orgueil dans les applaudissemens (2). Réjouissez-vous de ce que vos noms sont écrits dans le Ciel.. .Mais, parce que cela n'est pas absolument certain, humiiiez-vous encore et tremblez (3).

Sixième avis contre l'inconstance , l'inquiétude , et l'envie de courir (4). Missions, bonnes œuvres , quelquefois prétexte ; amour du plaisir , de la liberté : voilà la vraie raison. Aussi , après les fati-

(t) Si ibi fueritfdius pacis , rcquiescet super dtuni pax vestia, sin autem , ad vos revertetuv. Luc. io, 6.

(2) Domine , etiam dœnwnia subjiciuntur nobis...- I ■ idebarn Satanam sicut fulgur de cœlo cadentem.... In hoc nolite gaudere , sed quia nominaveslra scripta surit in Cœlis. Luc. 10 , 17, 18, 20.

[3 M ■ilti dicent mihi in illd die : Domine , Domine, nonne in nomme tua prophetavmms , dœmonia.... ejecimus ? NunquêM novi sos : discedite a me, qui operamim iniquitatem. Matth. 7 , 22 , 23.

(4) Neminem per fiant salutaveritis. Nolite transir* de dùmo in lonntm. Lue lo. « et 7.

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gu«s et les succès de ses travaux, combien a-t-on de peine à rentrer en soi-même et à se recueillir '

septième avis contre la sécurité trop grande et la négligence de soi-même et de son intérieu'r • boyez prudens comme les serpens, et simples comme les colombes (1). Pour sauver la tête, le serpent expose tout le reste. Laissons tout, oublions tout s. 1 le faut, pour assurer notre salut. La coombenam fiel, ni amertume; elle ne poursuit point comme les autres oiseaux, celui qui lui enlévejusqu à ses petits : on perd toujours peu , si on ne se perd pas soi-même ; la perte de tout lé rest* ne vaut pas la peine de s'en trouble, jusqu'à expo-" ser son salut. * V ;"

Huitième avis, enfin, contre la crainte de la Persécufion. Attendez-vous-y, je vous le prédis; ma,s î ^ÏP S' JV SMal '0UJ0UrS > ^"'— vous

On nous raillera, on nous persécutera? Qu'v a-t- Jld extraordinaire ? N'a-t-on pas persécuté Jésus- Christ et les apôtres, les saints et les ouvriers évangébques? Mais n'attirons point la persécution et ne cessons pas de mieux faire, de jour en jour , Vil est possible. ■ '

^{f^Xtntes sicut serpen'es' et *?**• '*«<»*-

iATradent enim vos... eritb odio omnibus..., Z.vatrem Ami luette eos.... vobWum sum. Mat.h. ro , ,7, 22, £ .8. Ibid.

Des vertus apostoliques.

Après avoir vu en général ce que furent les apôtres, et ce que furent ceux que Jésus -Christ choisit premièrement en cette qualité , nous ferons désormais diverses méditations sur plusieurs vertus particulières qui entrent dans le caractère de l'homme apostolique , et dont le composé fait un ouvrier apostolique, mais accompli : le zèle des âmes, l'affection à l'oraison , la parfaite mortification , l'hu milité, le mépris du monde , la confiance en Dieu , la conformité à sa volonté.

Du zèle des âmes , à V exemple de Jésus- Christ et des Apôtres.

Le zèle, à le définir en général, est une tristesse, une douleur vive de l'injure ou du tort qu'on a fait à quelqu'un que nous aimons, jointe à un vif empressement de le dédommager ou de le venger (1).

Maintenant nous considérerons ,

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