QUATRIÈME PARTIE
le calme et la sérénité : La paix soit avec cous (l). 2.° Ses visites , quoique courtes et passagères , laissent l'ame dans la joie et danslaconsolation(2). L'esprit qui n'est point Dieu , ou qui ne vient point de Dieu, n'inspire que de noires pensées , des sentimens de trouble , d'abattement ; et c'est à cela surtout qu'on peut le reconnaître. Un des amis de Job semble avoir voulu décrire son arrivée : Dans l'horreur d'une vision ténébreuse , je fus , ditil, saisi de crainte ; la frayeur pénétra jusqu'au fond de mes os , et , l'esprit se présentant à moi , mes cheveux se dressèrent sur ma tête (3).
O l'heureux moment ! quand Dieu appelle subitement de la tristesse à la joie de l'esprit (4). Mais qu'il est rare et court , ce moment , pour une ame qui voudrait être déjà unie inséparablement avec Dieu (5) ! a II naît dans le cœur un rayon de lumiè- » re , un écoulement de douceur ; personne ne le » connaît que celui qui le sent , et celui qui le sent )> ne le connaît qu'à peine lui-même , parce qu'aus- » sitôt tout ce qu'il sent lui échappe (6). » Joseph ne parle encore à ses frères que par interprète ; il ne se fait point connaître pour ce qu'il est (7).
(i) Pax vobis; et iteràm pax vohis. Joan. 20,21,36.
(2) Gavisi sunt Discipuli , viso Domino. Joan. 20, 20. Et ipse evanuit ex oculis eorum. Luc. 24, lit
(3) In horrore visionis nocturnes.... pavortenuitme.... et omnia ossa mea , etc. Job. \, 13, 14
(4) Félix hova , cjuandb Jésus vocat de lacrymis ud gaudiwn spiritûs ! Imit. 1. 1 , 8.
(5) Félix hora , breuis mora. Saint Bernard.
(6) Nascitur in corde jubilas meUifluus , quern nemo scit , nul oui sentit j nec etiam ipse qui sentit, quia citb pertransit. là.
(7) Adhuc loquitur Joseph per interprètent Jratribus suis. là.
Triste parole , au contraire , quand on voudrait embrasser , retenir Jésus - Christ ainsi connu , et qu'on s'entend dire : Ne m'approchez pas davantage : vous n'êtes point encore où il faut être pour jouir de ma présence et de mes bontés (1). Attendez , pour me posséder , que je sois entré dans ma gloire, ou plutôt que vous y soyez avec moi ; il vous reste beaucoup à travailler , à souffrir d'ici là ; vous pouvez me perdre encore , et ne me retrouver jamais.
Au moins , ne nous rendons pas indignes de ses précieuses visites : s'il n'en fait qu'une, sa plus courte durée n'empêche point que l'impression n'en puisse rester toute la vie. Mais si Dieu en accorde quelques-unes à nos ardens désirs , n'oublions jamais cet avertissement encore (2) : Vous pouvez bien promptement mettre Jésus en fuite , et perdre la grâce de la dévotion ; il ne faut que vous détourner vers les choses extérieures , par négligence, par connivence ; Dieu est jaloux \ et il ne peut souffrir départage.
1ROISIÈME POINT.
Pourquoi Jésus-Christ apparaît.
l.° Pour affermir la foi chancelante de ses disciples , et pour effacer dans leurs cœurs le scandale de la croix
On devrait peu estimer les visites célestes , si elles laissaient après elles des fruits moins solides de ver-
(i) Nolime tangere ; nondùm ascendi ad Patrem. Joan. 20, 17. (») Potes citbfugare Jesum , et gratiam ejus perdere, si volueris ad ezteriora declinare. Imit. I. 2, c. 8.