‹ Œuvres spirituelles du P. Judde (volume 2)Chapitre 62 sur 116 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

tu ; mais leur effet est une démonstration sensible de leur principe.

L'incrédule saint Thomas , et ceux qui l'avaient imité, deviennent de parfaits fidèles, mon Seigneur et mon Dieu{\). Ils crurent non-seulement ce qu'ils voyaient , mais tout ce que Jésus-Christ voulut leur apprendre depuis , sans qu'ils le vissent. L'apôtre qui avait le plus douté , fut un de ceux qui donnèrent le plus de marques d'une foi vive ; nul autre n'eut plus de zèle à prêcher , ni plus loin , ni à des peuples plus barbares : il pénétra jusque dans les Indes ; il y souffrit le martyre.

Quelle différence aperçoit-on , pour l'ordinaire, entre l'ouvrier évangélique qui est homme d'oraison , et celui qui ne l'est pas ? L'un parle avec timidité , en homme qui raisonne ; l'autre parle avec confiance , en homme qui voit ou qui a vu. Les saints , au sortir de ces divines consolations , n'avaient plus besoin de livres. La théologie eût-elle été perdue pour les autres , ils disaient que rien n'eût été perdu pour eux. La patience , l'humilité, l'amour de la croix, toutes les vertus répondaient aux degrés de leur foi.

2.° Jésus-Christ apparaît à ses disciples , pour les préparer à une longue séparation. Je vais à mon Père et à votre Père , mon Dieu et votre Dieu (2) , et vous ne me verrez plus. Il est assez ordinaire que Dieu se montre à ceux qu'il a dessein ensuite d'éprouver. La lumière prépare aux ténèbres , sa présence , à son absence. Nous le voyons dans la vie de presque tous les saints : aussi ne craint-on quel-

(i) Dominus meus et Deus meus ! Joan. 20, 28.

(a) Ascendo ad Patrem meum , et Pati'em vestvum. Joan. 20,17.

quefois d'avoir part aux grâces particulières , que par l'appréhension des peines et des travaux qui ont coutume de les suivre. Mais que gagne-ton ? Pour n avoir pas été précédée de consolation , la désolation en vient-elle moins ? N'est-elle pas souvent une punition de la lâcheté et de l'infidélité à mériter la consolation même ? La différence , c'est que Dieu soutient davantage dans la désolation d'épreuve ; au lieu que , dans celle qui vient de châtiment , l'homme se trouve plus vis-à-vis de sa propre faiblesse ; il ne souffre pas moins , et souffre souvent sans mérite , toujours avec danger.

Le souvenir de la consolation même est une grâce au temps de la désolation. 11 soutint Magdeleine dans sa douleur ; Téloignement de Jésus -Christ , tout pénible qu'il était , ne l'accabla pas. Elle versait des torrens de larmes ( 1 ) ; mais ces larmes étaient pleines de résignation et de douceur : elle désirait avec ardeur , mais elle attendait avec tranquillité.

3.° Jésus - Christ se fait voir à ses disciples, afin de les animer à tout entreprendre pour sa gloire. C'est la principale raison qu'il a aussi de se manifester aux hommes apostoliques. Ils mériteraient de ne le jamais voir , si sa vue leur faisait trop aimer le repos de la contemplation , et qu'ils cessassent d'être toujours prêts à quitier Dieu pour Dieu. Mais non , c'est dans l'oraison qu'ils forment les plus grands projets de leurs entreprises héroïques ; c'est par les forces prises à l'oraison qu'ils les exécutent ; c'est dans l'oraison qu'ils viennent se dé- (i) Maria autem stabat ad monumentum foris plorans. Joau.

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