QUATRIÈME PARTIE
nécessités, pour mes commodités , pour me procurer des plaisirs honnêtes. Il a réduit d'autres hommes à la nécessité de me servir , et m'a donné de quoi les faire subsister. Il inspire de la charité à ceux qui me supportent, du zélé à ceux qui m'instruisent. Il fait trouver dans moi de bonnes qualités à ceux qui me préviennent de leur amitié. Il aurait mille manières d'empêcher tous ces bons offices que me rendent les créatures : le soleil m'aveuglerait au lieu de m'éclairer, si Dieu me rendait la vue un peu plus faible ; la nourriture me rebuterait, me révolterait , s'il lui ôtait la saveur , ou qu'il me fit perdre le goût ou l'appétit ; mes amis deviendraient mes ennemis , s'il les laissait m'envisager par de certains endroits.
Je dois donc l'aimer, encore une fois, et je veux l'aimer , puisqu'il est dans toutes les créatures qui me font du bien ; c'est lui que j'aimerai uniquement ou principalement dans elles. Je le regarderai partout comme mon bienfaiteur, puisqu'il y est en effet, pensant à moi et travaillant pour moi. Je travaillerai pour lui jusque dans les actions les plus indifférentes. Toutes peuvent lui être rapportées , puisque je puis ne les faire que par ses ordres.
Jamais je ne prendrai de ses bienfaits plus qu'il ne convient pour être en état de le louer et de le servir. Je lui paierai le tribut des créatures qui me sont véritablement nécessaires , par le sacrifice de toutes celles qui pourraient me partager et m'amuser, et me détacher de lui. Enfin, comme il les rapporte toutes à moi , je lui en rendrai grâces , et les rapporterai toutes à lui. Les forces qui me viendront d'elles seront toutes consumées à son service.
La seule raison m'apprend , qu'en toutes choses c'est Dieu, au moins, et la créature qui me font du bien. Pourquoi toujours regarder la créature , et jamais le Créateur , ou n'y regarder , comme le mondain, que la créature seule? Ne devrais-jepas, avec bien plus de raison , n'y regarder uniquement que le Créateur?
TROISIÈME POINT
Ce que Dieu fait dans l'univers , sans rapport à moi, ou précisément afin de se faire mieux connaître et plus aimer de moi.
Si je pouvais monter jusqu'au Ciel, et y voir, et y connaître Dieu par lui-même, je trouverais mille autres raisons autant ou plus fortes de l'aimer. Mais le voir tel qu'il est , ce sera ma récompense. Cependant, considérons-le dans ses ouvrages d'icibas : sa puissance, dans la manière dont il conserve le monde et dont il le ressuscite tous les ans ; sa sagesse, dans la subordination des parties du ciel et de la terre, dans le cours réglé des astres et des saisons; sa justice, dans les coups éclatans dont il punit quelquefois l'impie; sa clémence et sa douceur, dans la patience avec laquelle il le souffre. Tout ce que nous admirons ici-bas n'est qu'un écoulement léger de ce qui doit nous le rendre aimable ; les beautés mortelles sont des crayons imparfaits de son incomparable beauté ; les palais superbes , ces chefs-d'œuvre de l'art , de faibles images de sa magnificence, et des inventions de l'esprit de l'homme^ qui n'est qu'une étincelle de cet esprit fécond, infini et universel; l'autorité des princes delà terre, une participation de son pouvoir suprême , si ce