QUATRIÈME PARTIE
vois aujourd'hui ses secrètes intentions et les desseins de son aimable Providence. J'allais me perdre, il voulait me sauver ; il m'a inspiré le désir de la vertu, de la régularité ; il m'a conduit dans cette sainte solitude. Et combien de grâces, depuis que j'y suis ! combien d'avantages n'en puis-je pas retirer toute ma vie, si je suis fidèle !
Or, que demande-t-il maintenant de moi, et que peut-il moins demander que de la reconnaissance et de l'amour ? Je crois devoir beaucoup à mes parens, à mes patrons, à ceux qui me protègent , qui me défendent. Dieu sera-t-il le seul pour qui je croirai pouvoir être ingrat ? Si j'avais plus d'un cœur, la création en demanderait un; la conservation, un autre; la rédemption, un troisième; l'éducation dans le christianisme ou dans l'état religieux, un quatrième. Je n'en ai qu'un, puis-je le lui refuser? Puis-je vouloir le partager ? Si j'avais des siècles à vivre, seraient-ils trop longs pour reconnaître un amour si durable , un amour éternel ? Puis-je lui refuser un seul moment du peu de séjour que je dois faire sur la terre? Que ne devrais-je point à celui qui me rendrait les yeux, les bras, les mains, les oreilles, si je les avais perdus? à celui qui me donnerait un peu de bien, si je n'en avais pas? à celui qui me guérirait d'une maladie mortelle ? à celui qui m'enlèverait des bras de mon ennemi ? à celui qui me retirerait de captivité, se faisant mon répondant? à celui qui m'aurait arraché du tombeau ou de l'enfer? Dieu m'est tout cela, Dieu a faitpour moi tout cela, et davantage. Ses bienfaits n'en sont pas moins grands, parce que je n'y pense point ; fy dois penser, j'y penserai donc, et il ne me sera plus
Retraite spirit. IL 12
possible de ne pas l'aimer de tout mon cœur, de toutes mes forces, sans relâche , sans interruption de temps ni de ferveur.
Recevez donc, Seigneur ; recevez, Dieu aimable, tout ce que je suis et tout ce que j'ai : mémoire, esprit, cœur, corps, vous m'avez tout donné ; je ne suis riche que de vos présens : ce sont vos biens que je vous présente, que je vous rends , et je me livre désormais à vos volontés et à votre conduite. Je vous demande votre amour seulement et votre grâce, et je serai trop riche, et je ne veux rien de plus (1).
SECOND POINT
Ce que Dieu a fait et ce qu'il continue de faire pour moi , par le ministère des créatures.
Elles sont toutes par lui , il est dans toutes , et nulle, non plus que moi, n'existerait, nulle ne durerait, s'il ne Pavait créée, et s'il ne la conservait. Mais, celles qui me sont utiles , c'est lui qui me les rend utiles. Il m'éclaire avec le soleil, il m'échauffe avec le feu, il me soutient avec la terre, il me nourrit avec les alimens, il me rafraîchit avec Pair. îl conserve , il grossit , il fait mûrir le blé et les fruits qui sont destinés pour moi. Il les connaît chacun en particulier ; il leur donne le suc qui peut m'étre agréable, et non pas m'enpoisonner. Il embellit la terre de plantes et de fleurs pour me divertir la vue et l'imagination, et pour les rendre utiles à ma conservation et à ma santé. Il travaille avec le laboureur, avec une infinité d'autres ouvriers , pour mes
(i) Suscipe , Domine , universam libellaient me ara , de. Aniorcyr. îuisolùin cwn gratta mihidones, et dwes siim satis. Igu.