QUATRIÈME PARTIE
PREMIER POINT
L'immutabilité de Dieu nous oblige à la persévérance.
Dieu est toujours le même; il ne change jamar toujours il est également grand , également aimable, également digne de nos services (1).
Jésus-Christ est toujours notre Sauveur , notre chef, notre roi , notre modèle , notre maître, notre
juge(2)-
Les paroles de Dieu sont infaillibles; ses promesses, ses menaces , ne changent pas plus que lui (3).
Je pourrai donc changer , mais il n'y aura que moi qui changerai : les pensées de Dieu, ses commandemens, ses arrêts, ses oracles, seront immuables comme lui.
Si j'avais donc le malheur, dans la suite , de me relâcher dans le service de Dieu , voici des réflexions que je dois faire pour attirer sur moi les miséricordes du Seigneur , et la grâce de persévérer. Si ce qui m'a touché, dirai-je alors, si ce qui m'a effrayé, ne fait plus tant d'impression sur moi, en estil moins touchant et moins effrayant? Les surprises de la mort ne seront-elles pas aussi redoutables ; les jugemens de Dieu, aussi rigoureux; l'enfer , aussi terrible ; l'éternité, aussi longue que quand j'y pensai avec plus de recueillement ?
A la mort, certainement je verrai les choses telles qu'elles m'ont paru en solitude, et non pas telles
(i) Ego Dominus , et non mutor. Malach. 3 3 6. (a) Christus heri et hodiè , ipse et in scecula. Heb. i3 , 8. (3) Verba mea non transibunt. Luc. 21 , 33. In generationem et gencrationem veritas tua. Ps. 1x8. Lamed.
queje les vois aujourd'hui ; car, de bonne foi, n'aije pas plus sujet de me défier de mes lumières présentes que de mes lumières passées? En retraite , j1étais tranquille , sans passion, sans autre intérêt que celui de mon salut, sans autre dessein que d'être à Dieu et de me sanctifier ; je m'en souviens. Je ne fus remué que par de fortes raisons; je n'y pus répliquer, sinon : J'ai eu tort, il faut changer. Je ne me rendis point sur de vains préjugés ; au contraire, je me rendis malgré mes préjugés , et contre mes propres inclinations, et même, oserai-je l'avouer? contre la résolution que j'avais presque formée de ne pas me rendre.
Aujourd'hui, je suis dans le trouble, dans la tentation , incapable d'aucune réflexion tranquille , d'aucune délibération avec connaissance de cause.
Or , nulle part un homme prudent n'en demande davantage pour tenir ferme dans un parti qu'il a embrassé.
On demeure chrétien , quoiqu'on n'ait pas toujours présens à l'esprit les motifs qui ont déterminé, ou à demeurer chrétien , ou à le devenir. On sait seulement les impressions qu'ils firent lorsqu'on étudia la matière , ou qu'on en entendit parler par des gens véritablement éclairés.
On reste dans l'étatreligieuxdemême, quoiqu'on ne sente plus actuellement ces goûts ni ces attraits puissans qui déterminèrent à quitter le monde et ce qu'on y avait de plus cher. On se souvient seulement des impressions qu'ils firent lorsqu'on étudia la matière , ou lorsqu'on l'entendit traiter par des gens vertueux , éclairés, et qu'il fut comme impos-