‹ Œuvres spirituelles du P. Judde (volume 2)Chapitre 75 sur 116 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

sible de résister au charme doux et efficace qui entraînait.

De même encore , dans les affaires de la vie , poursuit-on un procès, par exemple ? on n'a pas dans l'esprit, nettement ni distinctement , les raisons qui Font fait entreprendre. Ce qu'on n'oublie point, c'est qu'on a consulté les gens les plus habiles dans la science des lois et des coutumes; qu'ils ont jugé l'affaire bonne ; qu'ils ont tout discuté , tout pesé, et qu'on a, dans ses mémoires, de quoi répondre à tout. On agit cependant , on sollicite de tous côtés, on fait de grandes avances ; à peine voudrait-on entendre parler d'accommodement.

Quand donc , devons-nous dire aussi, quand je retournerai en retraite , quand je serai plus tranquille, plus recueilli, plus à moi:mëme que je ne le suis , alors je délibérerai , alors j'examinerai si j'ai trop entrepris ou trop promis ; si je me suis trompé autrefois, ou si c'est maintenant que je me trompe. La folle conduite, si j'allais changer en un instant ce que j'ai voulu, ce que j'ai conclu et résolu après tant de délibérations sérieuses et avec tant de maturité !

Je me flatte peut-être de revenir à Dieu une autre fois , si je m'égare. Mais ,

1.° Ai-je encore une retraite à faire? Quand je l'aurais, une de ces occasions sera la dernière enfin; et serai-je alors plus touché , plus convaincu que je ne le suis ? Quand on vieillit , on ne croit pas peutêtre avoir vingt ans à vivre. Mais est-on jamais si vieux ou si languissant , qu'on n'ose se répondre et se flatter qu'il reste encore au moins un ou deux ans?

2.° Dans une autre occasion , supposé que Dieu me Taceorde, voudra-t-il encore rue recevoir ? Me sera-t-il point rebuté de mes rechutes ? Dès à présent , n'en ai-je pas eu peur ? La peur ne sera-t-eUe pas mieux fondée , après une si grande miséricorde payée d'une telle ingratitude ? La crainte de ne pas persévérer d'avantage , ne me fera-t-elle pas regarder mes efforts comme inutiles? Je semblecompter sans Dieu ; Dieu ne comptera - 1 - il point sans moi ? et la triste chose de me trouver à la mort , dans six mois d'ici , peut-être , après être redevenu ce que j'étais , ou pire que je n'étais ?

3.° Dieu voulût-il me recevoir , ai-je oublié ce qu'il en coûte pour revenir ? La peine d'un examen embarrassant , et de débrouiller une conscience qui n'est qu'un affreux chaos , la peine d'une confession humiliante et honteuse, la peine de changer de cœur, et de trouver de quoi haïr le péché dans des considérations qui n'auront pu rn empêcher de le commettre ; la peine de ne savoir comment satisfaire à la justice de Dieu, pour des dettes toujours nouvelles , sans presque rien qui les puisse contrebalancer ?

4.° Ne crains -je plus l'inquiétude d'être encore mal avec Dieu ? Ma persévérance m'assurerait, en quelque sorte, de ma réconciliation; la persévérance dans le bien est comme une conversion qui dure, de même que la conversion des êtres créés est une continuité de ieur création. On ne persévère dans le bien qu'en conservation dans les bons sentimens, et dans T usage des moyens qui l'ont fait embrasser. Vivre dans le doute de son état devant Dieu ! Peuton avoir de la foi , et y consentir ?

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