TROISIÈME RÈGLE
TEXTE
On appelle proprement consolation spirituelle , quand l'ame, par je ne sais quelle impression intérieure, se sent comme embrasée de l'amour de Dieu . On appelle encore consolation spirituelle, quand on verse des larmes qui excitent à cet amour, ou par la vue de ses péchés, ou par la considération des souffrances de Jésus-Christ, ou par quelques autres occasions que ce soit, qui aient rapport au culte ou à l'honneur de Dieu. Enfin, on peut encore appeler consolation spirituelle, tout accroissement sensible de foi, d'espérance, ou de charité, et, généralement parlant, toute sorte de dilatation qui atlire l'ame à méditer les choses célestes qui affectionnent au salut, etàdemeurerenpaixavecDieu, età prendreson repos en lui.
(i) Fideîis autem Deus est, quinonpatîetur vos teutarî suprà id (juod potestis. I. Cor. 10, i3.
NOTE
On distingue ici plusieurs sortes de dispositions intérieures, qui peuvent toutes se nommer consolations spirituelles ; mais on dit que c'est la première de toutes qui mérite principalement ce nom. La raison est qu'elle paraît avoir quelque chose de plus solide que les autres, et qui mène plus loin dans les voies de la perfection; car, de quoi n'est-on pas capable, dans cette vive ardeur d'aimer Dieu , et dans cette manière d'impossibilité de goûter aucune autre chose que lui ? La douceur sensible qu'on trouve ou à verser des larmes, ou à se reposer en Dieu , pourrait être plus agréable qu'utile. Quand donc on viendrait à perdre toutes les autres , on perdrait peu de chose tant que durerait, ne fût-ce qu'au centre de l'ame, cette forte et invincible détermination d'être à Dieu par amour , et de n'être qu'à lui. Le directoire des exercices remarque ici qu'il est rare que l'état de consolation puisse être habituel ; c'est ordinairement une impression passagère , mais dont le souvenir peut produire de grands et de salutaires effets , dont on parlera plus bas.
QUATPJÉME RÈGLE.
TEXTE
Au contraire, on appelle désolation spirituelle , ce qui obscurcit l'ame et la trouble , ce qui la porte aux choses basses et terrestres ; en un mot, toute inquiétude , toute agitation , toute tentation qui mène à la défiance du salut et à la diminution de l'espérance et de la charité. De ces désolations
Retraite spirit. II. 13
naissent ensuite les sentimens de tristesse , de langueur, d'engourdissement, et une espèce de déses coir de la bonté même et delà miséricorde de Dieu. Car , de même ^ue la désolation est opposée à la consolation, les pensées et les mouvemens qui suivent de Tune et de l'autre, sont diamétralement opposés.
NOTE
Rien ne montre mieux la pureté d'intention qu'il faut apporter au service de Dieu , que cette incertitude d'y trouver toujours de la consolation, ou plutôt cette certitude de n'y en pas trouver toujours. Les bonnes vocations sont celles où, faisant abstraction de soi-même, on n'est venu chercher qu'à faire la volonté de Dieu. On ne consulte jamais ce que Ton fait, on s'applique à ce que l'on doit faire. On peut m'ôter tout le reste , mais on ne saurait înôter mon Dieu : Deum meum tollere à me nemo potest, disait un ancien. Delà venait une constante égalité, la paix inaltérable de son cœur. Jusque dans l'ennui , le dégoût , la tentation , Job disait : Etiamsi occiderit me, in ipso sperabo (1).
On pourra dire : mais c'est là ce que je crains , de me voir enlever mon Dieu , et de perdre ensuite mon ame.... Il est difficile de perdre soit Dieu, soit son ame, tandis qu'on craint de les perdre. Notre dépôt est entre des mains trop sûres ; ne pensons qu'à contenter Dieu , il pensera à tout le reste : c'est l'affaire de son amour. Scio cul credkli (2).
(t) Job. i3, i5.— (») II. Tim. tf i*.