OBJECTIONS
Mais peut-on ainsi se mortifier continuellement et en toutes choses, c'est-à-dire, dansle deuxième sens que nous avons encore proposé, a-l-on assez de forces naturelles pour soutenir long-temps un état
i Timor non est in charitate , sed perfecta chantas foras mttut timorem. I. J, an. 4, 18 Imit. 1. 1 , c. 24.
(2) hernie ad me omnes qui laboratîs , et onerati estis etc Jugum meum suave est. Matth. 11 , 28 et 3o.
$i violent , une vie si gênée \ car , à quoi cela ne »'fe Icnd-il pas? Faire une guerre continuelle à son esprit : ne se permettre jamais aucune pensée inutile, jamais d'éludé par simple curiosité ou par vanité ; et dans les études les plus nécessaires, ne s'appliquer point par le goût flatteur qu'on peut y trouver, mais par le pur motif de contenter Dieu ; prêt à toul quitter, ou à faire toute autre chose, si Dieu l'ordonnait,
s'il le désirait?
Une "uerre continuelle à son cœur ; nulle altection , sinon pour Dieu , ou pour la créature par amour pour Dieu ; tout par charité , rien par inclination , par sympathie, par l'épanchement d'une amitié tendre et toute naturelle ?
Une <merre continuelle aux sens, à l'imagination; ne rien°voir, ne rien entendre , ne rien demander , n'être curieux de rien que de ce qui peut porter à
Dieu ? .
Une guerre continuelle à son corps ; rien à la sensualité , à la mollesse , à la lâcheté et à l'indolence? En un mot, ne prendre aucun repos dans soimême ni dans la créature ; toujours attentif à combattre ses moindres mouvemens déréglés ; quelque grâce, quelque consolation qu'on puisse avoir d'ailleurs , n'est-ce pas de quoi bientôt succomber ?
La'seule régularité constante est comme une lime sourde, qui use, qui mine, qui détruit les tempéramens les plus robustes. Il y a des saints qui ne sont morts si jeunes que pour s'être trop poussés (1). Encore si l'on était assuré de trouver la mort aussitôt qu'eux 1 Mais on tombe dans un état à souffrir longtemps , peut-être avec murmure , ou du moins à
(i) Gonzague , Staniilu
faire long-temps souffrir et murmurer beaucoup les autres.
A toutes ces difficultés cent fois proposées, cent fois on a répondu: 1.° qu'un saint, ne fit- il autre chose qu'être un saint et souffrir avec patience, ne fut jamais inutile dans son état. Ceux que nous venons de citer, et bien d'autres qu'on a connus, nous le montrent assez ; s'ils ne peuvent ni prêcher, ni enseigner , ni aller clans les missions , ils nous gouverneront, ils nous édifieront, ils nous attireront les grâces dont nous nous rendons peut-être indignes. "2." On a répondu encore que nos jours sont comptés là-haut ; que ceux qui se ménagent le plus , ne sont pas toujours ceux qui poussent plus loin leur carrière. Arbres infructueux qui occupent inutilement la place, arbres quelquefois empoisonnés, gens qui ne font que scandaliser les faibles , et qui ne cherchent qu'a attirer à eux les plus fervens. Qu'en disent là - haut les saints anges et le père de famille ? Coupez- h ; pourquoi occupe- 1 - il la terre inutilement (1) ? Répondu , 3.° que celle crainte inquiète et chagrine , ces superstitieuses réflexions sur tant de maux qui pourraient arriver , sont aussi propres, et plus propres aies attirer, qu'une mortification continuelle, mais consolante et tranquille ; 4.° que Dieu, qui ne nous permet pas de nous ôter violemment la vie, nous permet de nous immoler lentement à sa grandeur , et de prévenir avec mérite et par choix , ce que la mort bientôt, peut-être, nous fera faire avec douleur et par nécessité ; 5.° si cela ne nous rassure pas, ne nous réduit pas, et qu'il faille nécessairement entrer en quelque sorte de composition ,
(i) Succide ... ut guitl etiam terram occupât? Luc. i3 , 7.
venons-y à regret, car certainement nousy perdrons toujours beaucoup plus que nous n'y gagnerons ; je ne puis m'en dédire, et je dirai toujours que la facilité de la régie est attachée à sa totalité; mais au moins qu'on ait soin de garder avee fermeté les règle^ suivantes ; elles sont à peu près les mêmes que déjà nous avons prescrites, en parlant de la mortification corporelle; je les crois sages, et je crois encore que rien ne saurait vous empêcher d'en convenir avec moi.
Première règle donc : Ne point prendre son parti à l'aventure, et sans une mûre délibération où l'on ait bien consulté Dieu et sa propre conscience sur ce que l'on peut et sur ce que véritablement l'on ne peut pas. Cela doit se faire dans un temps de retraite singulièrement, mais il est toujours temps de faire ses réflexions et de prendre son parti là-dessus. Faisons-les donc sans différer. Qu'on est surpris quelquefois de faire avec tant de facilité ce qu'on avait cru impossible ! Il en est ainsi de tout ce (pie nous n'avons pas le courage de faire ; il n'y a guère que les premiers pas qui coûtent.
Seconde règle : Le parti une fois pris, ne pas se relâcher pour le mal prétendu que peuvent causer de premiers essais ; mal dont le principe n'est pour le plus souvent que très-équivoque , car on attribue à l'abnégation , des infirmités qui n'arrivent pas moins à ceux qui vivent d'une manière toute naturelle. Nous le prêchons aux gens du monde : s'ils tombent malades après Pâques, ils veulent toujours que ce soient l'abstinence etla pénitence du carême, et jamais les excès, les veilles, les courses déréglées du carnaval, qui aient causé leur incommodité; cela
nous paraît pitoyable, et cela Test aussi. Un religieux dira de même que la contrainte et l'application li Dieu l'incommodent, qu'il ne peut se rendre assidu au lever ni au travail ; il ne dira pas que c'est la vanité qui le consume ; l'envie , la jalousie qui le ronge ; le trouble de sa conscience, la crainte d'une mort précipitée qui le rend de mauvaise humeur et mélancolique. Il ne dira pas qu'il veille quand les autres reposent ; qu'il fait des excès dans l'usage de mille choses (pie l'imagination ou l'habitude lui fait croire nécessaires, et qui doivent lui affaiblir la tête, dessécher la poitrine, au jugement des plus expérimentés. Un peu de tempérance sur tous ces points , serait pour lui une grande mortification et un remède sûr et facile ; mais rien de ce qui plaît ne nuit à la santé , et ce qui nuit à la santé est toujours compté pour rien, dès qu'il fait beaucoup de plaisir : quoi de plus bizarre ?
Troisième règle : Dans les dispenses qu'on se croit absolumentobligé de prendre, qu'au moinslecœur, par estime et inclination, se porte toujours vers l'austère vertu. Qu'on envie le bonheur de ceux qui font beaucoup plus qu'on ne fait soi-même, au lieu de les mépriser et peut-être de les persécuter ; qu'on puisse prendre Dieu à témoin qu'on voudrait plus qu'on nepeut ; qu'on se plaigne à lui de ne pas pouvoir davantage; qu'on se dédommage, par la charité, par une plus grande dépendance, de ce qu'on a jugé devant Dieu impossible d'ailleurs; ce genre de mortification ne demande pas beaucoup de santé ; mais ceux qui négligent l'autre, ne se dispensent-ils pas encore plus que personne de celle-ci ? sont-ils plus pieux , plus modestes, plus trailables.
i82 EXHORTATIONS
plus officieux, plus obéissans, plus aUentifs a se contraindre el à vivre dans une parfaite abnégation? Ce n'est donc pas la force et la santé simplement qui leur manquent; c'est la vertu, et le désir d'acquérir la vertu.
Quatrième règle , enfin : Quelque peu que nous fassions ou que nous croyions pouvoir faire, le faire du moins avec exactitude et avec constance ; qu'on ne voie point de ces pitoyables variations de conduite qui , d'un jour à l'autre, empêchent de pouvoir nous reconnaître. Qu'on voie encore moins celte constance dans l'irrégularité et dans l'imperfection diamétralement opposée à la régie. Si elle ordonnait qu'on se cherchât soi-même, et continuellement , et en toutes choses; qu'on fit tout l'imaginable pour n'avoir quoi que ce fut à souffrir ; qu'elle fût conçue en ces termes : Ma jus ac impensius studium cujusque sit nuœrere , secundùm naturam , minimam sut abneyationem , et continuant rébus in omnibus, quoad fieri poterit, animi et corporis relaxât ion ent ; bien des gens auraient-ils beaucoup à changer leur conduite ? Mais qu'on aura bien d'autres senlimens aux approches de la mort, s'il reste alors assez de force et de présence d'esprit pour réfléchir sur le passé et sur l'incertitude de son état présent , par rapport à cet avenir si durable et si prochain! Qu'il sera effrayant, quand on se trouvera à la fin de sa carrière, de voir qu'on n'aura vécu si long-temps que parce qu'on aura craint de se mortifier assez pour mourir peut-être un peu plus tôt ! Tous sont également jeunes el également vieux, le jour de la mort; on a toujours <.ssez long-temps vécu , quand on a bien vécu . el toujours trop vécu,
m,ancl on n'a pas fait un saint usage de la vie. Je parle de la mort ; mais, dès le temps de la yp , ^e ces -rands ménagemens mènent quelquefois à de tristes étals ! La douloureuse et l'humiliante s.tualion que celle d'un vieillard en religion ( qui n aima jamais le travail ni l'oraison ) , lorsque 1 infirmité l'attache à la maison , ou que le monde ne peut plus le supporter , quelque passion qu'il lui resle encore pour le monde, et quand il plaît h D.eu par un rayon de lumière, de lui découvrir enfin les illusions de l'amour-propre, et combien mal a propos il s'est tranquillisé dans un genre de vie libre et tout-à-fait arbitraire ! Qu'on a de honte et de regret d'avoir commencé si tard ! qu'on est peiné de ne pouvoir compter désormais que sur un sacrifice , et très-court, et plus d'à demi involontaire .
Prévenons tons ces maux ; la seule abnégation , la continuelle abnégation peut les prévenir. Disons deux mots encore de notre deuxième considération : nous pouvons garder notre règle, mais de plus, nous le devons. Son observation non-seulement n est pas impossible , mais elle est encore nécessaire , c est le second point
SECOND POINT
L'abnégation évangélique , ce renoncement à so même et aux inclinations vicieuses de la nature, est aussi nécessaire à tous les chrétiens , en gênerai , au'il leur est nécessaire à tous , sans exceptions , d'être disciples et de marcher a la suite du Sauveur , suivant celte parole : Si quelqu'un veut me suivre, etc. ()) Mais comme Von peut être plus ou moins
(,) Siquis vult pou me vemre , abneget semeUpsum. Luc 9, 9%
disciple de Jésus-Christ, le suivre de plus prés ou de plus loin, on peut aussi , dans la pratique de l'abnégation , distinguer différons degrés auxquels fl n'est nécessaire de monter qu'à proportion qu'on aspire à une ressemblance avec Jésus -Christ plus grande et plus parfaite.
Ainsi , à l'homme du monde qui ne se propose que de garder les préceptes, il suffit qu'il se mortifie quelquefois et en quelque chose. Cela s'étend , à la vérité, beaucoup plus qu'on ne se l'imagine d'ordinaire ; la multitude ne périt dans le monde que pour vouloir trop se borner.
S'il s'agit d'une personne religieuse , qui , par l'engagement de ses vœux , s'est obligée à garder les conseils , ce qui suffit au chrétien du siècle ne suffit pas pour elle ; il faut qu'elle se mortifie , et très-souvent, et en une infinité de choses ; elle n'y manquerait pas sans manquer bientôt à quelqu'un de ses devoirs les plus essentiels : nous ne le savons que trop par notre propre expérience , peut-être.
Mais pour celui qui , par sa vocation , est appelé à un genre de perfection et de vertu sublime ; celui qui , par sa profession , doit non-seulement se sanctifier lui-même, mais travailler encore efficacement à la conversion et à la sanctification des autres ; celui , en un mot, qui doit être au monde comme un autre Jésus Christ, par son union avec Dieu et par son zèle ardent pour h- salut des âmes, l'abnégation la plus continuelle ot la plus universelle est son partage, ainsi que de «on divin maître, dont il imite les exemples. Car, combien n'a l-il pas d'humiliations à souffrir , combien rt\,bslacles à surmonter ! Aussi prenez garde : dans l'état que vous avez
SUR niVEKS SUJETS DE PIÉTÉ. 186
embrassé , que vous propose-ton pour but unique de toute votre application et de tout voire travail ? Rien que la pratique de celle règle : S'exercer, avec la ordre de Dieu, dans une pleine et parfaite abnégation de soi-même (l). On prétend faire de vous des hommes solidement spirituels , véritablement intérieurs, et desinslrumens propres à gagner a Dieu un grand nombre dames : c'est le dessein des supérieurs , des fondateurs, de tous ceux qui s'intéressent à votre perfection. JVIais , parce qu'avec une abnégation continuelle el universelle , l'un et l'autre viendront infailliblement bientôt , et parce que , sans cette abnégation pleine et parfaite , on désespère absolument de l'un el de l'autre , c'est aussi là uniquement , mais c'est là souverainement qu'on vous conjure d'apporter tous vos soins et d'employer toute votre industrie.
Nécessité donc de garder ce conseil dans toute son étendue, premièrement, pour devenir deshommes vraimentintérieurs et spirituels. Nous pourrions en apporter plus d'une raison convaincante, mais ie ne m'arrête maintenant qu'à une seule raison , que vous n'attend z peut-être pas; comprenez-la bien, s'il vous plaît.
Il n'y a rien de plus grand, de plus désirable dans la vie spirituelle , ou plutôt, il n'y a point de spiritualité solide et véritable que celle qui lie le cœur de l'homme à Jésus-Christ d'une manière si étroite et si respectueuse que , par pure considération pour lui et pour ses exemples, il en venue jusqu'à aimer, jusqu'à chercher l'humiliation elle mépris, dans le
(i) In plenâ et perfectâ sui abiiegatione se, cum divinâ gratià,
exercere.
concours môme ou réel , ou imaginaire , d'une égale gloire de Dieu.
Jusqu'à ce qu'on en soit arrivé là , tout est faible et chancelant dans l'édifice de la perfection , parce que les plus grands maîtres jugent que c'est à ce degré précieux de mort à soi-même et de vie nouvelle à Jésus-Christ , qu'est attachée, dans le cours ordinaire, la grâce de la prière , et toutes ces autres faveurs signalées qu'on rencontre dans l'histoire des saints. De là vient qu'ils n'en parlent qu'avec emphase , et qu'ayant coutume de s'exprimer ailleurs avec assez de précision et de simplicité , ici l'on dirait qu'ils s'oublient.
Or , pour arriver plus sûrement et plus vite à la possession de ce trésor caché , à celte affection sincère aux humiliations de Jésus-Christ, la plus fervente étude d'un chacun doit être de se mortifier continuellement et en toutes choses.
On dira peut- être : Mais quel rapport , quelle Fiaison entre ces deux choses, se mortifier continuellement et en venir jusqu'à aimer le mépris, et par l'amour du mépris, entrer dans le sanctuaire des plus mystérieuses communications avec Dieu ? C'est une chose qu'il n'est pas impossible d'expliquer , et déjà nous l'avons fait ailleurs. C'est parce que Dieu accorde, d'ordinaire, ce qui dépend uniquement de lui, à ce qui dépend en partie des efforts de l'homme. Aimer le mépris, c'est un pas de géant, une démarche bien au-dessus de notre portée , nous le sentons: se mortifier en tout le reste, est certainement beaucoup plus aisé. Faisons de bonne foi tout ce que nous pouvons, Dieu achèvera tout ce que nous ne pouvons pas.
C'est, en second lieu , que l'expérience qu'on a des consolations el des déilommageinens qu'on trouve dans la continuelle mortification, Fait juger qu'il pourrait bien y en avoir de semblables ou de plus grands dans la recherche des humiliations , quoiqu'on ne les connaisse pas encore ; sur cela on s'enhardit , on ne croit rien d'impossible à la grâce ; où la nature frémissait d'abord , on commence par craindre moins , ensuite on ne craint plus. Mais si nous ne sentons point la force de ces raisons , contentons-nous de l'autorité de saint Paul et des saints; ce sont de grands maîtres , et des maîtres bien expérimentés ; que leurs leçons nous tiennent lieu de raisons , lors même qu'ils n'en apportent pas. Dès que nous aimerons l'abjection de Jésus-Christ, nous serons bien avancés dans les pratiques, et dans l'expérience , el dans les faveurs de la vie spirituelle; et dès que nous vivrons dans celte continuelle abnégation , nous ne serons pas loin d'aimer et de désirer la croix et les opprobres de Jésus-Christ.
Pour l'autre point , de devenir propres à faire de grands fruits, on voit plus évidemment encore combien y est nécessaire cette grande et continuelle abnégation. Un homme apostolique n'est plus à lui-même, dit saint Paul ; il est l'esclave d'autant d'hommes qu'il y a d'ames que Jésus - Christ a rachetées de son sang (1). De tous les étals de la vie , 1j plus humiliant et le plus mortifiant , le plus assujettissant , le plus re loutable , c'esl l'esclavage; h demande un esprit souple et un corps infatigableun bon esclave, disait Aristote , doit avoir beau
(t^ tfèH autem ier\'os vestros , par Jesum a Cor. 4,5. Ont*
nium nie servumjeci. i Cor. q, 19.
coup de corps et peu d'esprit , parce que le maître est l'esprit de son esclave , et que l'esclave doit être le corps de son maître.
Saint Paul , par les deux passages que nous avons cités (I), exprime donc une vie dépendante, laborieuse , une vie qui exclut toute volonté propre, toute sorte de plaisirs , d'égards , et de ménagemens. L'étendue de cette servitude, nous l'avons expliquée , surtout dans les deux Méditations du zèle des âmes et de la vie dure et mortifiée des hommes apostoliques: ils doivent être à tout, être à tous, être en tout temps et en toute rencontre à tout et à tous. Or, je demande si , dans l'occasion, on peut se trouver ainsi disposé à faire tout et à tout souffrir sans se démentir, à moins qu'on n'en aitacquis l'habitude , ou si l'on peut en acquérir l'habitude sans cet exercice de l'abnégation la plus constante et la plus universelle ?
Ne soyons donc pas surpris que , pendant toute la vie, nos réglemens nous prescrivent tant de pratiques , aussi contraires peut-être au sentiment humain, qu'elles sont onéreuses à la nature; au dehors , point de travail qu'auprès des plus pauvres et des plus misérables, à l'Eglise, dans les prisons, dans les hôpitaux, dans les missions; et au dedans, une succession perpétuelle d'exercices ou de piété , ou d'humilité et de dépendance ; avec cela, un temps interrompu, un ordre réglé de faire chaque chose qui nous oblige souvent à quitter ce que nous aimons le mieux , pour nous rendre à ce que nous n'aimons pas. Considérons les deux fins où l'on veut que nous arrivions , de devenir des hommes vrai-
(*) i «t a Cor.
ment spirituels et apostoliques; nous trouverons que les moyens pèchent plutôt encore par défaut que par excès.
On a donc bien lieu d'être mortifié quand , par devoir ou par hasard, on observe ce qui se passe, et qu'on trouve si peu de gens qui paraissent embrasser ces pratiques diverses avec la ferveur et le sérieux qui conviendraient à notre dessein : bon Dieu, à quoi aboutira tout ceci , et quel fruit en relirerat-on dans la suite: Peut-être serait-il à propos qu'on mit votre vertu à de plus grandes et de plus fréquentes épreuves; mais en est-il beaucoup qui le souffrissent volontiers? Le peu qu'on se croit obligé de faire et d'exiger, ne laisse pas de produire des plaintes; tout ce qui ne se fait point volontiers, n'est guère qu'une cérémonie : c'est le cœur qui doit être gagné, et souvent il ne l'est pas. Je frémis quand j'entends l'Imitation qui nous dit : Vous n'avancerez dans la vertu , qu'aillant que vous vous ferez violence (1 ) ; et <pie je vois qu'au lieu de se faire violence , on a peut-être une horreur déclarée pour toute violence.
Pensons-y, et n'oublionsjamais d'où nous sommes venus, et où nous devons aller, et où nous devons craindre de retourner; nous sentirons la nécessité d'une généreuse abnégation; elle peut paraître difficile, mais jamais au moins elle ne paraîtra impossible, si nous considérons la grâce qui nous est offerte pour nous y former, et les biens qui y sont attachés pour le temps et pour l'éternité. Amen.
(t) Tantùm proficies . quantàm tihi <>im iittulevis. Imit. 1. I , «. aS, v. st.
IVe EXHORTAI IOxX
Mortification des jmssions.
Chm cognni'ùsent Deum , non sicul Deum glorificaverunt
propter (juod tradidit dlos Dcus in desideria cordis eorum.
Ayant connu Dieu , ils ne le glorifièrent point comme Dieu... c'est pourquoi il les livra aux désirs de leurs cœurs. Rom i, 21 , 24.
Moins coupables en un sens que ces anciens philosophes dont parle saint Paul , puisque enfin nous n'adorons point des idoles ; mais dans un autre sens infiniment plus coupables qu'eux , puisque nous avons du vrai Dieu des connaissances que certainement ils n'eurent jamais, ne mériterions- nous pas un châtiment semblable au leur, en quelque manière, et que Dieu lassé, irrité de nos criminelles habitudes, nous livrât aux égaremens d'un cœur corrompu et d'un sens réprouvé?
Il Ta fait quelquefois, et il n'y en a que trop d'exemples formidables. Des particuliers plus vertueux que nous, pendant un certain temps, sont devenus la viclime de leurs désirs déréglés, le jouet des démons , le rebut de leurs communautés, et l'opprobre de l'Eglise. Cwn coçjnonissent Deum, etc.
Pour détourner ce malheur funeste, attachonsnous à Dieu, selon toute l'étendue de nos lumières et de nos forces. C'est le moyen général. Pour le tfioyen particulier , servons-nous de celui que la reglenousrecommande.il faut, dit-elle, prévenir les tentations , en s'exerçant fortement aux vertus
opposées. L'homme esl naturellement haut et superhe ; qu'on l'applique donc, et qu'il s'applique lui-même aux ministères les plus bas, et de même à proportion de toutes les autres inclinations vicieu-
ses.
Ce sont donc toutes nos passions , mais surtou les passions dont nous nous sentons naturellement dominés, qui doivent être le premier et le principal objet de cette abnégation et de cette mortification continuelle dont nous parlâmes ces derniers jours. Connaissons-les, et combaltons-les sans ménagement et sans relâche. 11 y va doublement de notre intérêt. Sans cela , même en religion, point de paix qui puisse durer, point d'innocence qui soit assurée Une passion, une seule passion mal mortifiée, suffit pour nous perdre éternellement, et, dés celte vie, nous rendre constamment malheureux. Ces consi déralions vont faire le partage de ce discours.
La paix du cœur , la tranquillité parfaite , est le seul bien que Jésus-Christ ait promis en cette vie à ses disciples et à ses élus. L'Evangile et l'état de per fection qu'ils ont embrassé, les dépouillent de tout le reste, et le centuple qui leur est promis, n'est qu'un centuple de biens et de consolations intérieures et spirituelles.
Mais par combien d'endroits cette tranquillité, cette paix ne peut-elle pas être troublée et interrompue'. Jamais un homme passionné ne peut l'avoir ni avec lui-même, ni avec le prochain, ni avec Dieu. Apprenezde moi, d\lJès\is-Chrhi,quejesuisdoua; et hum h le de rœvr . tjt rous trouverez le repos de
vos ames(\). Voilà Tunique chemin qui conduit à la paix, et que Thomme passionné ne connaît point. Aussi est il toujours en guerre continuelle, premièrement avec /ui-méme... Et d'où viennent les guerres et les combats au dedans de vous-mêmes, dit saint Jacques, sinon de F empire que tous laissez prendre à la passion ? Fous désirez quelque chose ,
et vous ne sauriez l'obtenir (2). Vous craignez , et vous ne pouvez éviter ce que vous craignez.
Les désirs déréglés et les craintes excessives, sont cette furie que la fable mettait à la suite des hommes passionnés. Une passion vive et violenle est comme un démon domestique qui ne quitte ni jour ni nuit. On s'inquiète , on se trouble, on s'agite ; ce ne sont que soupçons, que défiances , que jugemens : une imagination échauffée se fait toujours le mal qu'elle craint et le bien qu'elle souhaite, beaucoup plus grands qu'ils ne sont en effet.
Le malheureux Aman ne désirait que de se faire respecter et craindre du fidèle Mardochée; les adorations de tout le inonde, la faveur de son prince et la première place auprès de lui, le gouvernement d'un grand empire, d'immenses richesses, une florissante famille, ne le dédommageaient point du mépris d'un seul homme ; il ne sentait que cela , il en versait des l'armes de rage, il s'en plaignait à ses confidens, il ne pouvait s'entretenir d'autre chose.
Combien de gens, combien de religieux même, peut-être véritablement malheureux ! Qui remonterait à la source , ne trouverait qu'une seule passion
(i) Discite à me, quia mitis sum et humilis corde. Matth. n , 29. (2 ) Undè bella et lites in fobis , nisi ex concupiscentiis vestris ?... Conçu piscitis , et nonhabetis. Jac. 4 , 1.
à laquelle ils se sont livrés ! On leur a marqué de l'indifférence, du mépris; ils n'ont point une place qu'ils ambitionnaient; elle a été donnée par laveur à quelque autre (car , pour le mérite , ils sont sûrs qu'il était de leur côté) ; ils ont mal réussi dans une action publique : ils n'oseraient pas dire eux-mêmes ce qui les tourmente, ils en seraient bonteux ; cependant, on les voit sécber et mourir tout vivans; ou bien ce sont des confidences , des décharges de cœur qui excitent la compassion et l'indignation.
Voilà leur démon , leur furie , leur maladie, ou la vraie cause de leur cbagrin ; avec moins de passion, ils jouiraient de la paix et d'une santé parfaite. On parle de la peine qu'il y a à se vaincre et à vivre dans l'abnégation : de bonne foi , est-elle comparable à celle-ci ? Du moins elle serait paisible et méritoire. L'unique remède , dès les premiers accès de la passion, serait d'en aller faire humblement le sacrifice à Jésus-Christ , et ne point sortir de là, qu'on ne se sentît calmé. Je ne vous laisserai point que vous ne m'ayez béni (1) Rendez-moi la joie qui naît de la grâce de votre salut (2).
Nous ne disons rien ici des grandes passions , quoiqu'on n'en soit pas toujours exempt dans les états les plus saints : l'amour du monde , l'attachement aux puissances du siècle, des liaisonsde cœur, des intrigues avec les personnes du sexe , ce serait tout autre chose encore, mais les moindres passions suffisent pour rendre malheureux. L'amitié , aussibien que l'amour, a ses défiances, ses jalousies, ses dédains , ses empressemens , ses transports , ses dé -
(t) Non dimittam te , donec benedixeris mihi . .. Gènes. 3a , 26. (a) Redde mihi Icelitiam salutaris tui. Ps. 5o, 14. Judde. OEmies. "V. 9
pits ; la vanité tourmente à peu près comme l'ambition , l'antipathie comme la haine , et l'attache à de petites commodités comme le désir d'amasser et de faire une srrande maison.
Mais toujours en guerre avec lui-même , l'homme passionné peut-il espérer davantage d'être en paix avec le prochain? Si nous vivions avec des saints , avec des hommes toujours sans passions , nos passions n'empêcheraient pas que la paix ne pût se conserver entre eux et nous; jamais ils ne prendraient ombrage de rien; toujours nous les trouverions prêts à plier, à céder, à souffrir ; mais, pour peu que quelque autie ait les mêmes vices , les mêmes droits, les mêmes prétentions que nous , chacun travaillant pour soi sans aucun égard aux autres, ce sera une source nécessaire de débals , de soupçons , d'intrigues et de jalousies. Le tien et le mien, c'est ce que saint Chrysostôme dit être le principe de toutes les froideurs ; on pourrait encore ajouter, et V origine de toutes les vivacités , d'où naissent ensuite , dans les communautés, les dissensions, aussi-bien que dans le monde (]).
Pour avoir la paix , pour entretenir la paix , il faut donc nécessairement , de part ou d'autre , que quelqu'un cède , si l'on n'aime mieux se prévenir de politesse et d'amitiés de part et d'autre , et disputer à qui cédera , ce qui serait la vraie humilité et la parfaite charité ; mais je ne suis pas maître de modérer les passions d'autrui, au lieu que je suis toujours maître de mortifier les miennes ; c'est donc le
v>) Meum ac tuum ,Jrigidum itlud verbum innumeraquê
gignens beiia.
seul moyen de conserver la paix , qui soit en mon pouvoir.
Quelquefois le prochain , confus de voir en d'autres lant de vertu et de modération , lorsqu'il en a si peu lui-même, commence enfin, de son côté , à se rendre justice. Quelquefois aussi il se prévaut de la patience d'un homme de bien pour devenir plus fier et plus hardi ; mais alors c'est le conseil du Sauveur : Ne demandez point ce qui vous appartient : et si Von tous prend votre tunique , donnez encore votre manteau (1); Dieu vous rendra au centuple ce que vous aurez relâché par charité.
Ce ne sont pas là les seuls concurrens qui peuvent troubler la paix des personnes passionnées : outre que Dieu juge à propos de traverser les mesures les mieux prises en apparence , et qu'on ne prévaut jamais contre Dieu, ou que si l'homme passionné prévalait , ce ne pourrait être qu'à sa perte ; outre cela , dis-je , les supérieurs , les gens en place, jugent souvent qu'il est de leur devoir d'empêcher qu'on ne puisse se satisfaire : ils sont les défenseurs de Tordre, les protecteurs de la régie , de la raison, des droits de ceux mêmes qui, par vertu , prennent le parti de céder ; ils craignent qu'on ne s'embarrasse la conscience, et la leur s'en trouve solidairement chargée.
Les personnes indifférentes, indignées d'une conduite où la passion seule se fait sentir , et sans autre intérêt que l'équité naturelle , ne peuvent pas toujours s'empêcher de parler. C'est beaucoup qu'elles n'aient pas une joie secrète quand la Providence humilie un homme superbe, et quelle permet certains (l) Matth. il , 4. Luc. 6 , 29.
écarts qui le couvrent de confusion. On dit : Voilà l'homme qui n'a pas mis son appui en Dieu; il s'est prévalu de son habileté, de son esprit remuant , de ses amis, de son crédit, de ses menées artificieuses et politiques; nous verrons comment il sortira de l'abîme où il s'est jeté (1).
Les vrais amis , les amis sages , si l'on en a quelques-uns , gémissent d'abord et se retirent peu à peu, de peur qu'on n'attribue à îeurs conseils ou même à leur silence , les fautes et les saillies de celui pour qui ils paraissaient déclarés ; je dis les vrais amis, car, pour son malheur, Dieu permet presque toujours qu'il en reste peu, ou qu'il en fasse d'autres qui, passionnés et mécontens comme celui qui s'adresse à eux , achèventdebriser le roseau cassé , et d'éteindre la mèche qui fumait encore (2). Rien ne fait un plus fort préjugé contre certaines gens , que les personnes à qui l'on voit qu'ils s'attachent. Dites-moi le nom de vos amis, et je vous dirai qui vous êtes : je le soupçonnerai du moins, et rarement je m'y tromperai.
Pour les ennemis , ils se déchaînent ouvertement ; ils ne gardent point de mesure ; ils triomphent de pouvoir justifier par la voie commune , l'aversion qu'ils avaient depuis long-temps : qu'on dise maintenant si nous avions tort de le mépriser , d'en juger , d'en parler mal , de n'avoir avec lui aucune liaison , de le traiter d'hypocrite , d'homme sans probité , sans bonne foi, et peut-être sans religion.
Enfin , un homme passionné a autant de maîtres
ic) Ecce homo e/uiiion posuit Deum adjutorem suunu Si , g. (a) Matth. ia , ao.
de son repos et de sa paix, qu'il y a de gens avec qui il est obligé de vivre: il ne saurait si parlai tement se cacher, que bientôt on ne découvre à quoi il est sensible , et dès qu'on Ta découvert , on a, pour ainsi dire , la clef ou le gouvernail de son cœur. Pour y jeter le trouble et l'amertume, on n'a qu'à louer quelqu'un en sa présence, être assidu auprès des personnes qui l'affectionnent , lui comparer quelqu'un qui serait au-dessous de lui ,lui faire soupçonner qu'on l'observe, ou qu'on ne le juge pas digne d'être observé , ni écouté ; le voilà interdit, déconcerté ; la pâleur ouïe feu lui monte au visage; c'est beaucoup s'il ne s'emporte pas, et s'il ne donne pas la scène tout entière à ceux dont la malignité a prétendu le mettre en mauvaise humeur.
Enfin , l'homme immortifié n'aura jamais la paix avec Dieu.
Nous ne parlons pas encore des fautes que la passion peut faire commettre , et qui exposent l'homme à perdre la grâce , et à devenir l'ennemi du Tout-Puissant. Nous parlons de la guerre que Dieu fait ordinairement à ceux qui veulent aller à leurs fins , indépendamment de lui , et peut-être malgré lui , ce qui est très-commun aux personnes passionnées. Mais, dans cette guerre, qui l'emportera ? Si c'est Dieu , comme la justice le demande , quel étrange état que celui d'un homme qui veut toujours ce qu'il ne peut jamais avoir ,qui voit échouer ses mesures les plus sagement prises en apparence , que trahissent ceux sur qui il comptait le plus , en présence de qui triomphe celui qu'il voulait écarter ou détruire !
Si c'est l'homme qui l'emporte et qui arrive heu> reu^ement à ses fuis, n'est-ce pas que Dieu renonce a le corriger , ou qu'il veut lui donner ici-bas lout ce qu'il a à attendre de récompenses , ou bien qu'il le laisse élever bien haut, atin que sa chute soit plus éclatante r lout ceci est terrible, et le mot de saint Augustin n'aurait jamais été plus vrai : ce calme apparent est une véritable tempête (1 ).
Pensons-y donc. Sommes-nous en paix avec nousmêmes, avec le prochain, avec Dieu? c'est (pie nous sommes sans passions. Si, avec de grandes passions et des passions satisfaites, nous avons la paix, tremblons ; ce ne peut elfe qu'insensibilité, aveuglement, endurcissement, par conséquent ce ne sera qu'une fausse paix, une paix funeste. J'ai ajouté que, sans la mortification des passions , nous n'aurions point d'innocence assurée ; sujet du second point.
SECOND POINT
Pour vivre dans l'innocence , il faut nécessairement, ou s'y conserver sans la perdre, ou la recouvrer quand ou l'a perdue ; l'un et l'autre est trèsdifficile, pour ne pas dire impossible, dès qu'on se laisse dominer par une seule passion (jtî dis toujours par une seule passion) , eût -on détruit toutes les autres.
En effet , rapprochons ici sous un point de vue tout ce que nous lisons de plus marqué dans l'Ecriture et dans les annales de l'Eglise. A quoi peut-on attribuer la chute déplorable de tant de personnes si vertueuses et si saintes , si ce n'est à une passion seule , qu'ils n'eurent pas la pensée ou la force de
'i)Ista tranyuillitas , tempestas est.
réprimer dans sa naissance? Les exemples, pour être communs , n'en sont pas moins touehans ni moins tragiques.
Saûl avait été choisi de Dieu comme le plus accompli de tous les Israélites d'alors , et le plus digne de régner ; l'Ecriture lui rend ce témoignage glorieux (1). Il devint jaloux de David, et aussitôt ce fut un autre homme; supercheries, violences, trahisons, il n'épargna rien pour se défaire d'un sujet à qui il avait les plus grandes obligations. Ayant perdu son ancienne droiture , bientôt il perdit sa religion. Il chercha les devins qu'il avait lui-même chassés de son royaume. 11 osa consulter les oracles profanes, et rappeler les morts de l'autre monde ; il voulut régner Comme malgré Dieu, avec des preuves si convaincantes que Dieu seul l'avait élevé sur le trône ; et dans l'excès de son humiliation et de son désespoir, il se perça de son épée.
David , ce grand roi , si long-temps selon le cœur de Dieu, s'élant livré, à l'âge de prés de cinquante ans, au transport d'une curiosité dangereuse, devint adultère et homicide. Toutes les grâces qu'il avait reçues du Ciel , et tout le bien qu'il avait pratiqué depuis sa première enfance , ne purent l'empêcher de tomber. Neuf mois entiers il vécut dans l'oubli de Dieu et de lui-même , et si Dieu ne lui eût envoyé un prophète, lui qui était le premier prophète de ce temps-là se fut peut-être endurci.
Salomon , le plus sage de tous les mortels pendant sa jeunesse, favorisé de Dieu par des apparitions sensibles, fut le plus insensé de tous sur ses vieux jours,
(j) Erat.... Saiil electus et bonus et non crett \>ir defûiis Israël tnelior iilo. i Rtg 9, 2.
et l'amour des femmes étrangères l'aveugla tellement, que, pour leur plaire, il n'eut point de honte de rendre avec elles un culte public à leurs faux dieux.
Les pharisiens, ces gens si religieux et si réformés à l'extérieur , chagrins des succès de Jésus- Christ et de l'éclat de sa réputation, calomnièrent sa doctrine, sa vie, ses miracles, et poussèrent leur fureur jusqu'à le faire mourir eu croix.
Dans la compagnie de Jésus même, Judas, après avoir vécu comme les autres apôtres, et opéré luimême tant de miracles, se laissa aveugler par l'amour de l'argent, et devint un traître infâme, un sacrilège.
Depuis Jésus-Christ , Tertullien, un des plus fermes appuis de la religion, fâché, selon quelquesuns, que le clergé de Rome eût fait pape , contre son intention , Victor, son compatriote et son compétiteur ; outré , selon d'autres , de n'avoir pas du moins été élu évêque de Carlhage, adoptant le fanatisme de Montan et de Priscille, prit parti contre l'Eglise avec ses ennemis, et personne ne l'attaqua d'une manière plus obstinée ni plus insultante.
Origène, cet autre docteur incomparable par son savoir immense , par l'austérité de sa vie , par la pureté de ses mœurs, par son zèle, par ses combats et ses victoires étranges pour la chasteté, par ses opiniâtres travaux, par l'honneur d'avoir aidé son propre père et tant d'autres fidèles à souffrir un illustre martyre, par la gloire d'avoir confessé lui-même Jésus-Christ dans les chaînes et dans les tourmens : Origène , pour s'être trop confié aux lumières de son grand génie , et pour être sorti des régies qu'il avait
enseignées tant de fois lui-même , de ne rien dire de son chef dans l'interprétation des saintes Ecritures; donna dans des erreurs qui le firent excommunier par la plus grande partie des Eglises , et laissa des disciples qui , pendant bien des siècles, causèrent les plus grands troubles qu'on eût peut-être jamais vus. Le pélagianisme, le nestorianisme, cent autres hérésies vinrent de là comme de leur source.
L'apostasie publique de tant de religieux dont la conduite avait été long- temps édifiante, d'où estelle venue que d'une passion , ou d'ambition, ou d'inlérêt , ou de révolte , ou des plaisirs sensuels , ou d'attaches à des opinions étrangères, qu'ils n'eurent pas soin d'abord de réprimer ? Rappelez dans votre esprit ce que vous av z ouï , ce que vous avez connu, peut-être, de leur fin tragique.
Et s'il est des aposlals secrets, des gens que la seule crainte des lois, ou l'impossibilité de se faire des ressources , empêchent d'éclater et de se produire, le dégoût où ils sont de leur profession, et des devoirs de leur profession, n'est-ce pas encore là ce qui les a précipités, ou ce qui les lient dans une disposition si triste et si criminelle tout ensemble ? Ce n'est donc pas seulement en s'abandonnant à toutes sortes de passions, ni aux passions les plus scandaleuses de toutes, qu'on peut se perdre; une de celles qui sont si communes , la jalousie , le chagrin, l'amour des nouveautés, peut conduire là.
Il est vrai que, pour l'ordinaire, on n'en vient pas d'abord à ces extrémités ; presque toujours on s'engage sans prévoir assez jusqu'où l'on ira ; mais est-on une fois engagé , on ne veut pas reculer , se dédire , convenir qu'on s'est trop avancé , réparer
humblement sa faute, condamner ses premières démarches ; et de là bientôt où ne va-t-on pas ? On est surpris de la passion comme on est surpris de la mort ; jamais on ne s'est dit : je tomberai subitement; de même qu'on ne se dit pas : je mourrai subitement; cependant la chose arrive.
Il est vrai encore qu'on n'est guère méchant gratuitement; on se satisfait par les moyens permis et légitimes, pendant que cela se peut ; ma\s, au défaut de ceux-ci , lous les moyens criminels d'abord, et puis les plus criminels ensuite, deviennent permis pour se satisfaire. David n'eût jamais été homicide, si, sans être homicide, il eût pu espérer d'être adultère en secret : Si possis , rectè; si no?i , quocumque modo. On l'a dit de l'intérêt; mais ce mot convient également à l'objet de toutes les passions ; tant que les supérieurs accordent tout, on reçoit les permissions ; refusent-ils ? on se les donne.
On commence à s'élarsrir la conscience, en distiriguant ce qui est grief d'avec ce qui ne l'est pas ; mais c'est toujours la passion qui décide. S'il vient des remords , on cherche des livres ou des personnes qui les affaiblissent ; on en trouve presque toujours, parce qu'on ne s'adresse guère qu'à ceux qu'on croit avoir des intérêts communs de relâchement.
Dans celte malheureuse disposition, mille prétextes frivoles paraissent autant de convaincantes démonstrations. On ne s'attache que par estime , par bonté de coeur, par reconnaissance, par l'espérance de se faire un asile au jour du besoin , par zélé, a ce qu'il semble, et l'on ose s'en flatter. On ne murmure, on ne s'indigne, on ne médit que par droiture, par justice ou par charité. On ne désobéit ,
on ne se vévo!te ouvertement, et on ne fait des intrigues, des partis, que pour l'intérêt dautrui, pour maintenir Tordre du bon gouvernement , et réprimer les abus d'une tyrannique autorité. On ne veut tout lire , tout savoir , que pour s'instruire soi-même , et se mettre en état de mieux instruire les autres; on 'n'est propriétaire que par esprit de précaution , et contre les justes et sages appréhensions de manquer du nécessaire.
On ne ménage ses forces , on ne se retire des emplois laborieux , on ne vit dans une molle oisiveté , que par la crainte de devenir à charge et de faire encore plus souffrir les autres qu'on n'aurait soimême à souffrir. En un mot (et c'est une maxime constante) , la passion trouble, enivre, aveugle la raison, et, dans ses transports, ce n'est qu'au défaut d'occasions que l'on conserve plus ou moins d'innocence; ou bien, gardât-on des mesures au dehors, parût-on irréprochable , le cœur cependant est tout corrompu, et sa corruption est presque toujours d'autant plus grande dans les choses qui ne se voient pas, qu'on se trouve plus gêné dans ce qui pourrait s'apercevoir.
Malheur à qui reconnaîtrait ici ce qu'il a été , ou ce qu'il est! plus grand malheur encoreà qui, nourrissant des passions mal mortifiées, ne s'y reconnaitrait, ne voudrait pas s'y reconnaître! malheursouverain à qui , instruit par le passé, ne prendrait pas la résolution de se faire assez de violence dans la suite, pour ne retomber jamais dans un état si funeste!
Nulle espérance donc de se conserver long- temps innocent, de ne pas perdre jusqu'à sa vocation mê-
me , et jusqu'à son salut, quand on est dominé par une grande passion ; mais est-il beaucoup plus facile alors de revenir à soi-même , et de recouvrer l'innocence quand on Ta perdue, et surtout de la recouvrer de manière à se flatter de ne pas la perdre davantage? Non, certainement. D'abord il faudrait qu'une personne passionnée pût bien connaître qu'elle a tort; et ses propres lumières lui persuadent qu'elle a raison, ou qu'elle n'est pas si déraisonnable qu'on le veut croire ; car, pour leslumiéres d'autrui, à moins qu'elle n'espère d'être flattée comme nous avons dit, elle ne les consulte pas,' elle ne les écoute pas, elle les fuit, elle a horreur de ceux qui voudraient l'éclairer. Rien ne rend plus indocile que la passion; elle attribue tous les conseils, toutes les corrections, à une injuste aversion, à des préjugés dont on s'est laissé prévenir, à la facilité avec laquelle on a écoulé des esprits jaloux. Un homme passionné n'aperçoit pas , ne sent pas le mépris que lui attire , le ridicule que lui imprime, le tort que lui fait , selon le monde même , son dérangement et son désordre; comment sentirait- il les plaies que souffre sa conscience ?
Pour cela , il faudrait détacher son cœur de ce qui le captive, c'est à-dire, faire que le cœur fût sans passion , pour le ramener à Dieu et au devoir, car , sans cela , nulle espérance encore de correction ni de vraie pénitence , et beaucoup moins de persévérance; mais la passion le fait répondre comme l'infortunée Jérusalem (1) : Je suis sans péché , je suis sans crime, irréprochable ; je ne suis pas ' à la vérité, ni parfait, ni sans quelque défaut1;
(i) Ahsque peccatn et innocens ego sum. Terem. a , 35.
mais je ne suis pas déréglé jusqu'à mériter qu'on m'observe , qu'on se défie de moi , qu'on me persécute. Le mal , quelquefois , est cependant si visible , qu'il est malaisé que les coupables mêmes n'en apercoiventquelqueehose;mais il est si humiliant et si honteux, qu'ils n'osent ni se l'avouer à eux-mêmes , ni en convenir avec les autres. Ils ne veulent pas se persuader qu'ils soient capables d'avoir donné dans de pareilles extrémités : ils se distraient, ils se dissipent, ils évitent leur propre cœur , le lieu de leur supplice.
Dans les examens, c'est toujours ce qui vient de la passion qu'on oublie, ou qu'on ne considère que superficiellement.
Dans les confessions , c'est ce qu'on dissimule , c'est ce qu'on enveloppe , ce qu'on excuse , ce qu'on pallie : Ce n'est point un péché mortel , diton ; il n'y a donc pas d'obligation de le confesser. . . Jamais de résolution bien prise, bien formée sur tel article, pendant plusieurs années, pénitences , confessions , communions, sacrifices, tout n'est que sacrilèges, abominations, à moins qu'on n'en vienne jusqu'à quitter lout-à-fait les sacremens. Exact sur tout le reste , souvent jusqu'au scrupule , ici on se pardonne tout, ou presque tout, comme ces pharisiens qui passaient le moucheron par le tamis , et qui avalaient le chameau(l).
S'il survient quelque bon mouvement dans une retraite annuelle , dans une maladie , à la mort d'un ami aussi peu religieux que soi-même ; ou si l'on voit éclater dans quelque autre des suites de quelque passion semblable, que soi-même on ne
(l) Excolantes culicem , camelum autemglutientei. Matth. a3,a4.
206 EXTIORTÀTIONS
puisse s'empêcher de condamner , les engngemens sont de nature quelquefois à ne pouvoir être si aiséinenl rompus. On appréhende l'indiscrétion, Tinfidélité de ses complices , et la manifestation de ses désordres ; on tient à eux ; on les ménage de peur de les aigrir , de les irriter , dé les faire parler ; ou bien l'habitude formée par la passion est si forte , qu'on désespère de venir jamais à bout de la corriger , on attend un miracle de grâce ; mais quand vicndra-t-il ? Dans le monde , voit-on des avares qui restituent , des hérétiques qui se rétractent , des vindicatifs qui se réconcilient de bonne foi , même à la mort ? Nos passions , pour n'êlre pas toujours si fortes, et pour n'avoir pas des objets si irnportans, en sont-elles moins capables de nous damner ? Voilà donc ce que peut faire une passion , une seule passion par rapport au salut ; et vous avez dû. remarquer que le principal danger vient toujours de ce que la passion aveugle , d'ordinaire , ceux qu'elle possède. Ils ne veulent pas croire qu'ils sont passionnés, ni par conséquent lâcher de Connaître leurs passions ; ce qui est une chose essentielle , et comme un premier pas pour les corriger.
Conclusion donc. Apprendre à connaître ses passions et à les combattre pour les corriger.
Il faut s'y prendre comme quand on veut découvrir une mine d'or ou d'argent. On creuse jusqu'à ce qu'on trouve quelque veine de métal, et depuis celte veine jusqu'à ce qu'on soit arrivé au centre. Pour arriver h la connaissance de no* passions , il y a trois règles qui peuvent servir à les découvrir toutes : 1 } ce qui nous trouble dans notre paix ; 2.° ce qui nous occupe dans nos rêveries; 3.° ce qui nous
SUR DIVERS SU1ETS Dr. PIÉTÉ. 207
console dans nos peines. Le fondement de ces trois règles c'est celle maxime si connue : Ou est l affection, là est la passion.
Vous étiez tranquille, et tout-h-coup vous vous sentez le cœur serré, agité : d'où peut venir votre chagrin ? Remontez à la source : vient-il d un mot désobligeant qu'on vous a dit ou qu'on vous a rapporté? C'est orgueil, ou trop de délicatesse. Un succès d'un rival à qui vous vous comparez? c'est haine ou jalousie. Du refus qu'on vous a fait , ou d'un avis qu'on vous a donné ? C'est présomption et indépendance. De l'absence d'une personne; ou de ses liaisons nouvelles avec une autre ? c'est quelque chose de plus qu'une amitié ordinaire ou qu'une charité bien réglée. Est-ce d'une nouvelle affligeante, d'une disgrâce arrivée dans votre famille: vous tenez donc encore au monde ; vous aimez dans autrui les biens et les honneurs auxquels vous paraissez avoir renoncé pour vous-même ? Est-ce de la peine de vous voir toujours infirme , d'avoir des incommodités dont vous appréhendez les suites? vous craignez donc de mourir? vous n'y êtes donc pas disposé?
On connaît encore ses passions par les pensées qui se présentent le plus ordinairement a l'esprit, ou d'elles-mêmes , ou quand on s'abandonne un peu à ses rêveries. L'un s'imagine qu'il est en place , qu'il commande, et que tout est soumis à ses ordres , ou qu'il parle en public et dans une grande assemblée , ci que tout le monde l'applaudit ; c'est ambition , c'est vanité. L'autre se représente les personnes qui l'affectionnent , il repasse les entretiens qu'il a eus avec elles, et les démonstrations qu'il a données ou
reçues d'une tendresse cordiale et réciproque ; c'est attachement, si ce n'est pas encore un amour bien formé, et cela peut aller bien loin. Un autre s'occupe du mal qu'on lui a fait et de celui qu'il a rendu, des réponses qu'on lui a faites et de ce qu'il y a répliqué ; c'estaversionetinclination à la vengeance.
On connaît aussi les passions par les choses où l'on cherche de la consolation dans ses peines. J'étais dans le chagrin ; la paix revient subitement. Si c'est le souvenir de Dieu , la vue de sa volonté qui s'accomplit, la vue d'un crucifix, lajoiequ'onaura, à la mort , d'avoir souffert un peu , ou d'avoir vécu dans l'oubli, dans le mépris, et de ressembler en quelque chose à Jésus Christ , c'est une marque que le cœur est plein de Dieu et du désir de la perfection.
Mais si je me console d'une disgrâce présente par le souvenir d'un succès passé; d'un bien perdu, par un autre qui me reste ; du mépris de l'un , par l'estime de l'autre ; l'objet de ma consolation indique la passion ; je ne puis m'y tromper.
Quant aux passions dominantes , elles se connaissent par le concours des trois règles réunies et rassemblées : on est dominé parce qui trouble, par ce qui occupe, par ce qui console, souvent tout à la fois.
Ces examens sont humilians et conduisent à des remèdes pénibles, mais ils sont nécessaires; car, et notre bonheur dés le temps présent, et notre salut même, dépendent de l'attention à connaître nos passions. Ils dépendent encore du courage à les combattre pour les corriger.
Car , tant que nous aurons des passions mal mor-
tifiées . nous avancerons peu dans la voie de la per fection. A l'oraison , à l'autel , à l'office , toute notre occupation sera de ce qui peut flatter ou contredire nus passions.
Ce ne sont pas là de ces distractions de légèreté naturelle et dontDieu a compassion. Celles-ci venant d'un cœur plein et possédé de tout autre amour que le sien, attirent son refroidissement , lassent sa patience, excitent sa colère.
Pour les mortifier , il faut d'abord avoir recours à la prière, et demander à Dieu souvent et avec instance qu'il nous délivre des désirs d'un cœur sans honte et sans retenue (1) ; faire des pénitences pour expier nos fautes journalières, et ne pas mériter que Dieu les punisse en juge, dans l'excès de sa fureur (2). La fureur de Dieu est quand il laisse l'homme à sa propre conduite. Dire avec l'aveugle de l'Evangile: Seigneur , faites que je voie (3) ; avec la Cananée : Ma fille est cruellement tourmentée par un mauvais démon (4); avec le lépreux: Seigneur , si cous voulez , vous pouvez me guérir (5).
Ensuite, se porter volontiers aux actions opposées à celles que suggèrent les passions ; douceur envers ceux qui nous offensent ; fuite de ceux qui nous captivent le cœur ; nulle intrigue , nul mouvement pour ce qui flatte nos désirs; nul de ces entretiens volontaires avec soi-même, qui nourrissent presque autant la passion que les satisfactions réelles qu'on
(i) Omne desiderium averte à me , et animee irrewerenti et infrunitie ne tradas me E> cli. 23, 5, 6.
(a) Ne injiiroretuo argunt me. Vs. 6, i.
(3) Donu/ie , ut videam Luc. 18, 4i.
(4) Filia mea malè à Dœmonio wexatur.M&tÙi. i5, aa.
(5) Domine , si vis , potes me numdare. Luc. S , ia.
210 EXHORTATrONS
pourrait lui accorder; dès qu'on sent son cœur agilé, chercher aussitôt, dans la foi, de quoi le cal mer. Ou me méprise, mais Dieu m'estime; on m'ordonne ce qui ne me plaît pas, mais c'est Dieu qui me l'ordonne ; je perds un ami, mais le véritable ami , c'est celui que je ne perdrai jamais; ami puissant, ami fidèle , ami de tous les temps , à la vie , à la mort, après la mort.
Enfin tous, du plus au moins, nous avons des passions, une, entr'aulres, à laquelle nous ne prenons point assez garde, et qui est comme la racine de toutes les autres; c'est cet empressement a suivre nos premières saillies , sans attendre les ordres de la foi, delà grâce, ou de la raison. On ne se possède pas, on se laisse déterminer à la force des occasions ou des objets.
Que ce soit donc assez pour n'aller pas si vite dans les choses mêmes du devoir, que de sentir qu'on s'y porte avec trop de précipitation i et que la paix en est tant soit peu altérée; demain, tantôt, si la chose peut être différée; si elle ne peut l'être ^ la faire avec assez de modération et de lenteur , pour sentir qu'on est maître de soi-même, qu'on se possède ; n'agir jamais , ne parler jamais i qu'on ne puisse rendre compte à un homme sage qu'on aurait sans cesse à ses côtés , et le satisfaire par une raison pertinente; ne se trouver jamais réduit à répondre: Je n'en sais rien — c'est la colère , le dépit, l'humeur , qui me transportait... Ceci, comme vous voyez, est la pratique de l'abnégation continuelle dont nous parlâmes ces jours passés, et dont l'obligation de combattre et de vaincre les passions, persuade la nécessité autant que tout le reste. Mais
SUR DIVF.KS SUJETS DE PIÊTÊ. 2 l 1
n'allez pas les combattre selon la méthode de ces philosophes hypocrites, qui les sacrifient Time à l'autre , ou les sacrifient toutes à la fausse gloire de se rendre irréprochables; ni à la manière de ces indolens qui , par crainte de se gêner ou de rien risquer, se contentent de juger en souverains, de ceux qui travaillent, pourvu encore qu'ils ne les détournent pas du travail. Combattez constamment, ne perdez point courage, et n'oubliez jamais que vous travaillez pour acquérir un fonds de paix que rien ne puisse troubler , et vous conserver dans cette parfaite innocence qui est le gage assuré de la félicité éternelle. Ainsi soit-if. ,