‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 103 sur 140 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

TROISIÈME POINT

Je suis maître de mon éternité

Heureux éternellement, ou malheureux, cela dépend de moi , prévenu et soutenu de la grâce de Dieu.... Si cela dépendait de Dieu seul , sans qu'il fût nécessaire que je fisse aucun effort pour mon salut, je me tiendrais assuré de mon bonheur éternel: rien ne me fera jamais penser qu'il ait créé l'homme pour le perdre , ou qu'il ne Tait pas racheté de bonne foi. Si cela dépendait du démon , je me désespérerais au contraire ; tout serait certainement perdu : il ne cherche qu'à faire des compagnons de son malheur et de sa rage contre Dieu. Mais, avec la grâce qui me prévient, qui me soutient, qui m'ac compagne sans cesse, je puis dire, dans un sens très véritable, que la chose dépend de moi ; raison d'es pérer et de trembler tout à la fois. Je puis me sauver ; mais je ne puis m'assurer de mon salut sans de grands efforts , sans une vigilance continuelle , sans un mépris souverain , une aversion infinie de tout ce qui peut me partager et me tenter.

Eternité ! durée immense, abîme impénétrable , mer sans bornes et sans fond , temps qui n'a plus de temps ni de parties , écueil de l'imagination et des calculs les plus multipliés , que tu es terrible , désespérante , s'il faut souffrir autant que tu dureras ! mais que tu es consolante et désirable , si notre bonheur n'a point d'autres bornes que ton étendue I

Eternellement bien , éternellement mal ! mon esprit m'abandonne , je m'égare, ou plutôt je m'éga-

rais , et je me retrouve à cette pensée. J'ai risqué tant de fois mon éternité ; je l'ai abandonnée au ha sard ; je l'ai presque perdue. Mais c'en est fait ; désormais je ne connaîtrai plus ni trop de travail , ni trop de peines , ni trop de précautions ; je tâcherai d'assurer mon éternité , en répondant aux grâces , aux bienfaits d'un Dieu plein de bonté et de miséricorde. Ainsi soit-il.

MEDITATION

Des Châtimens spirituels et invisibles.

Reste-t-il quelque chose encore a méditer de plus terrible que l'enfer ? Non ; mais il y a quelque chose qui mène comme infailliblement à l'enfer, et qui, même durant cette vie mortelle, conduit à une espèce d'enfer d'autant plus terrible, qu'on demeure plus long-temps et plus tranquillement pécheur. Ce sont les châtimens spirituels, l'aveuglement , et l'endurcissement, dont nous feronsle sujet de notre méditation. 11 est tiré du chapitre second de Jérémie , verset 21 (1) , et surtout du chapitre cinq d'Isaïe ; voici comment Dieu parle : J'avais , dit - il , planté une vigne, je l'avais environnée d'une haie , fortifiée d'une maçonnerie de défense; j'espérais qu'elle me donnerait de bons raisins ; je suis aile en chercher ; je n'en ai point trouvé , ou je n'en ai Iromé que de mauvais (2). Or , maintenant, continue - t - il , qu'on soit juge entie ma vigne et moi : qu'ai-jcdùlui faire que je n'aie pas fait?Mais qu'on

(i) Ego plantaui te vineam electam. c. i , v. ai. (a) Is. 5, 3.

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