‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 112 sur 140 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

de Dieu? Tant d'esprit et de raison, un si bon cœur, un naturel si heureux, une si bonne éducation, une conduite si fervente , ces grâces , ces sentimens si tendres et si pieux, cette pudeur si timide autrefois et si réservée !... En peu d'années, en peu de mois, un épancheraient trop grand, une conduite arbitraire, efface, dissipe, anéantit tout cela. Petitesse, bagatelle, dit-on ; j'étais enfant, je ne le suis plus , je ne veux plus l'être.

2.° C'est dans la débauche qu'il dissipa son bien (1). Vie douce, vie molle, vie toute séculière et toute païenne, sous des dehors chrétiens, sous un extérieur édifiant et religieux, tout devient permis , hormis les grands crimes ; et Dieu veuille encore que le cœur étant une fois livré à ses penchans corrompus, le crime même, et le plus honteux de tous les crimes, l'impureté, l'habitude de l'impureté, ne succède point enfin au relâchement et au libertinage.

Fruits de son égarement.

1.° Après qu'il eut tout dépensé, il survint une grande famine (2). Cette faim dévorante, ce sont les désirs inquiets de se satisfaire, qui sont un véritable tourment.

2.° Il tomba dans l'indigence (3). Notre cœur ne peut être content que de Dieu; tout autre satisfaction irrite sa cupidité sans la remplir ; fût-on dans l'abondance, on manque ou l'on croit manquer de tout. Au défaut des consolations intérieures , on cherche un supplément , un dédommagement (4).

(i) Vivendo htxuriosè. — [%) Facta est famés valida. (3) Capit egere. — (4) Adhœsit uni civium.

Il faut des plaisirs : on les mendie au dehors. Le monde le souffre jusqu'à un certain point ; l'excès lui en fait horreur. On se lie avec toutes sortes de personnes les plus viles, les plus décriées (1) : car, que peut offrir le monde, que ce qu'il aime , que ce qu'il estime , que ce qu'il a ? Ou bien on voudrait assez, comme le monde, goûter de tous les plaisirs ; mais on ne peut, on n'ose (2). Mur de séparation, la vigilance des supérieurs, le scandale des vrais amis, les railleries des mondains. Alors s'accomplit ce qui est dit , dans l'Imitation de Jésus Christ, d'un religieux peu fervent, et ce qu'on peut très-bien appliquer à ceux qui, quoiqu'au milieu du monde , en sont comme séparés par leur état saint , ou par une profession ouverte de piété et de dévotion. Ils ne trouvent , dans leur égarement, aucune consolation intérieure, et ils n'osent en chercher d'extérieure parmi les mondains (3 . De là, le dégoût, l'ennui, les tentations, les révoltes, le découragement.

Considérons-nous bien nous-mêmes. TS'avonsnous aucune part à ce tableau ? ]Non ; Dieu soit béni : quelle grâce (4) ! Aimons celui qui nous a protégés, conservés, préservés.

N'y aurons-nous jamais de part ? Ne servironsnous jamais de parabole aux autres? Dieu veuille

(i) Ut pasceret porcos.

(2) Cupiebal implere venfreia suum de sdiquis. ... et nemo illi dabat.

(3) Religinms négligeas et tepidus > luthet fribulationem super tribulationein , et ex omni parte patitur angustiam , quia interiori consolatione caret , et exleriorem quœrere prohibetur. Liv. I, e. 2 5.

(4) Eegebam te mihi , servabam le mihi ; ut tempus , iocvs , suasirdeesset, ego feci.

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