Les diverses démarches du prodigue
Forte résolution de partir (1). Un effort, ô mon ame ! c'est trop languir ; c'est trop porter des chaînes si honteuses et si pesantes. N'attends pas qu'avec des passions si fortes, avec des habitudes si anciennes, il ne doive t'en rien coûter ; cela est-il juste ou possible ? Mais élève-toi vers Dieu ; il le tend la main ; tu le sens.
J'irai trouver mon père (2). C'est toujours mon père, enfin ; j'ai pu défigurer son image ; je n'ai pu entièrement l'effacer. Je suis chrétien, le caractère m'en est resté. Je lui dirai : J'ai péché grièvement ; j'ai péché au jugement des anges, au jugement des hommes même (3). Il ne faut que de la raison et un peu de religion pour me reconnaître bien coupable ; mais je ne vois dans mon péché que l'offense d'un si grand maître, d'un si bon père.
Je ne suis plus digne d'être apjielé votre fils(&). Un fils est plein d'attache, de déférence, de crainte respectueuse pour son père : il y a long-temps que je n'ai plus rien de tout cela pour Dieu.
Traitez-moi comme un de vos mercenaires (5). Que je tremble, du moins , si je suis encore peu capable d'aimer! Avec les grâces ordinaires, alten-
(i) Surgam. — 'i lbo ad Patrem.
(3) Dicam ci: Pater , peccavi in cœlum et enratn te.
(4) Juin non sum dignus vocari filius tuus. *5) Fac me <ticut unum de tnercenariis tnis.