Il travaillait du métier de charpentier
3.° 11 profitait, il croissait en sagesse, et en âge , et en grâce (3).
PREMIER POINT
Dans la solitude ? Jésus-Christ obéissait.
Il obéissait, et à qui ? A Joseph et à Marie, un artisan, et une jeune personne de vingt-deux ou vingtquatre ans. Et d'abord, avaient-ils, pour lui commander , quelque avantage au-dessus de lui ? Plus
(i) Venit Nazareth , et erat subditus Mis. Luc. 2, 5i.
(a) Nonne hic est J'aber..j abri fdius .3Matt. i3, 55 ; Marc. 6, 3
(3) Proficiebat sapientià, et œtate , etgratiâ. Luc. 2, 52.
de lumières, plus de conduite, plus de vertu que lui ? Non, mais ils lui tenaient la place de Dieu son Père ; et dans eux il ne regardait que lui seul.
Il obéissait, et en quoi ? Souvent en choses peu importantes. Dans ses premières années, du moins, que pouvait-on lui ordonner autre chose ?
Il obéissait , et comment ? Selon tous les degrés de perfection qui sont recommandés par les saints: soumission de cœur et d'esprit, obéissance exacte , prompte, généreuse; point de raisonnemens , point d'excuses, point de murmures ; avec cela seul , il méritait autant notre salut, que quand il naissait à Bethléem dans la plus extrême pauvreté , ou qu'il mourait sur la croix, épuisé de sang et de forces ; parce que Dieu n'a pas tant d'égard à ce que l'on fait, qu'à l'esprit avec lequel on le fait. Partout c'était le même dévouement , la même attention à ce que son Père souhaitait de lui.
Cependant le monde roulait à l'ordinaire. On assiégeait des villes, on donnait des batailles, on faisait des traités de paix et de nobles alliances. Il se formait des empires et il s'en détruisait. Mais le Fils de Dieu ne se mêlait de rien , quoique maître de tout ; il n'entrait dans rien , quoique capable de tout ; il gardait une profonde solitude ; de plus nobles objets l'occupaient au dedans : il traitait avec Dieu de la grande, de l'importante affaire de la r& conciliation du salut des hommes.
La monarchie romaine s'élevait et se fortifiait su* les débris de toutes les autres, afin que l'Evangile s'annonçât plus loin et plus aisément dans tout le monde, quand le monde entier n'aurait plus qu'un même chef. Tous les grands événemens se rappor-
[aient donc à Jésus-Christ, et il ne paraissait nulle part. Du haut de l'empyrée, Dieu ne disait pas aux anges : Voyez-vous là-bas ces grands capitaines , ces politiques habiles, ces orateurs, ces poètes fameux, quelle réputation ils ont, quelle gloire ils acquièrent ? Il disait : Voyez mon Fils, l'objet de mes plus tendres complaisances, comment il obéit, jusqu'où il shumilie, combien il m'aime.!
Ah! qu'il y a donc, au jugement de Dieu et de Jésus-Christ, et des esprits bienheureux, de vraie et de solide grandeur à être vertueux à petit bruit , dans une vie dépendante et cachée ! Ce n'est donc point une chose incompatible , que d'avoir un grand esprit, de rares taîens, avec une simplicité et une humilité encore plus grandes. Que de mérites l'on amasse! L'amour-propre , la vanité n y ont point de part, comme dans ces emplois éclatansdu dehors. Ici, tout est pour Dieu; on est inutile aux hommes en apparence ; quelquefois méprise dédaigné des hommes, comme une personne au-dessous du commun; mais estimé de Dieu, regarde avec plaisir de celui qui sonde les cœurs et les plus secrètes intentions; écouté de Dieu quand on le prie et par là souvent plus utile à l'Eglise que ceux qui s'épuisent à prêcher, à exhorter : ceux-ci auront la peine du travail ; mais un ecclésiastique humble et modeste, un religieux simple et obscur, leur compagnon ou leur confrère, en aura peutêtre le fruit et la récompense : c'est lui qui, au dernier iour, aura la consolation de voir une multitude d'enfans de ses larmes et de ses pénitences. De combien de fléaux lisons-nous dans 1 histoire des
saints , que du fond de leurs déserts ils ont délivré l'Eglise !
L'aimable condition que celle d'un simple frère coadjuteur, et que Jésus -Christ semble bien leur avoir donné la préférence au-dessus des états plus élevés ! Car enfin , il n'a prêché que trois ans , et il s'est caché trente , c'est comme avoir estimé l'un dix fois plus que l'autre.
La belle vie que celle de ce saint et religieux prêtre qui, dans la régularité la plus parfaite, toujours occupé de Dieu , caché dans l'obscurité du silence et de la solitude, aimant mieux travailler à traduire d'anciens auteurs , utiles à la piété , que de rien faire de son chef, quoiqu'il en fût fort capable '; rougissant d'une louange comme d'autres se fâcheraient d'une injure. Avec cela , quelle obéissance , quelle dévotion , quelle douceur ! Ah ! que des hommes de ce caractère auront dû être favorablement accueillis au temps de la mort ! On en pourrait dire autant de bien de simples religieux et de saints prêtres qui se trouvent dans toutes les sociétés et communautés.
Au moins donc, estimons, aimons notre solitude, tout le temps qu'elle dure. On ne se produit guère sans danger, quand on aime tant à se produire. Les plus grands prélats de l'antiquité ne furent de si grands saints, et ne firent tant de fruits dans le gouvernement de l'Eglise , que parce qu'ils avaient été formés dans la solitude, et qu'il ?vait fallu des miracles pour les en arracher.
SECOND POINT
Devis la solitude, Jésiis-Ckrist travaillait.
Et quel travail encore? Il se servait lui-même ; il servait Joseph et Marie. Il agissait en tout par leurs ordres; il déchargeait sa sainte Mère d'une partie des soins d'un pauvre ménage. Ce fut son premier travail; ensuite, ses forces croissant, il commença à prêter la main à saint Joseph , dans son métier, jusqu'à ce qu'il devînt lui-même ouvrier de profession (1); travail corporel des plus pénibles et des plus humilians ; travail assidu depuis sa première jeunesse jusqu'à trente ans, et chaque jour, du matin au soir, comme celui des gens de journée ; travail nécessaire à sa subsistance, et par là exposé à toutes les misères d'une condition si rabaissée. Personne ne le plaignait ; il était traité, sans doute, comme ces pauvres manœuvres à qui l'on croit faire beaucoup de grâce, dans les maisons les plus charitables, que de leur donner à manger, dans un coin de basse-cour, quelques res tes du repas, après qu'ils ont beaucoup fatigué.
C'est pour honorer cet- état obscur et laborieux de Jésus-Christ , que, dans les noviciats et dans les séminaires, l'on nous occupe à aider les officiers dans les emplois les plus bas, à entretenir la propreté d'une maison, à nous entre-servir les uns les autres, aux infirmeries, aux offices, et par tout ailleurs. Faisons tous ces exercices avec Jésus-Christ , pour Jésus-Christ, et dans le même esprit que Jésus-Christ ; jamais nous ne les ferons négligemment, ni avec pré- Ci) Nonne Jiic estjaèer, etc. Marc. 6 , 3.
cipitation ; toujours nous les ferons avec joie et avec) consolation , quelque fréquens et quelque longe qu'ils puissent être. Belle parole de saint François- Xavier nommélégat du Saint-Siège, lorsque, mon tant sur un vaisseau pour les Indes , on voulut lui donner un valet : Tandis que Dieu me conservera ces deux bras, je servirai tout le monde, et je n'incommoderai personne pour me servir.
Accoutumons notre esprit à se livrer à des occupations utiles et saintes. Une solitude oisive est une solitude bien dangereuse. A quoi pense-t-on ? Que peut-on faire pour passer le temps ? Des études ou des lectures, au moins frivoles , si elles ne sont ni mauvaises, ni dangereuses ; écrire des nouvelles ou en recevoir ; promener ses inquiétudes par la ville ou par la maison. La vie des personnes qui vivent dans le monde, sans emploi , a-t-elle quelque autre danger plus grand ? Quel compte à rendre d'avoir été infidèle aux devoirs de son état, d'avoir enfoui son talent ! Mais quel préjugé pour craindre une pareille destinée, que de ne pouvoir qu'à peine gar der sa chambre, de soupirer après les jours et les heures de divertissement ! de s'ennuyer d'un livre sérieux, aussitôt qu'on l'a commencé ! de ne pouvoir assujettir sa mémoire à se charger de rien î etc.
On craint de se fatiguer, de se surcharger, d'abréger ses jours. Un ouvrier évangélique, des plus laborieux, répondait : Il en meurt de si jeunes qui n'ont rien fait ; il en vit de si vieux qui ont toujours travaillé ! INous pourrions ajouter : Tant de gens sont toujours infirmes, en se ménageant beaucoup; tant d'autres, en se ménageant peu, se portent bien, ou se mettent au-dessus de leurs infirmités ! Soyons
de ceux-ci, ou mourons à la peine. Mais, puissionsnous charmer nos ennuis pendant un long temps , l'âge viendra où certaines incommodités arrivent ; que ferez-vous , si vous n'avez pris l'habitude de garder la maison, la chambre, et de vous y occuper utilement ? Le temps dure beaucoup , quand on n'a pas appris, dès sa jeunesse, à savoir remployer.
TROISIÈME POINT
Dans la solitude Jésus-Christ profitait.
Pour l'intérieur , il ne pouvait acquérir aucun genre de vertu , ni de perfection ; cela veut dire donc, que, chaque jour avec rage, il produisait à l'extérieur de nouvelles marques de vertu et de sainteté.
Qu'il est honteux pour nous d'avoir perdu peutêtre tant de beaux jours, tant de belles années, et que nous les regretterons à la mort , si nous ne le faisons pas dés maintenant ï Mais, au moins, commençons aujourd'hui , et profitons chaque jour assez pour qu'après quelque temps notre progrés puisse se faire sentir. Songeons au grand besoin de vertu que nous aurons dans la suite ; nous trouverons qu'une année , deux années entières , sont bien courtes au temps du travail. Alors on ne peut guère compter que sur le fonds de ses vertus acquises, et c'est faute de fonds qu'on voit quelquefois des personnes long-temps ferventes, se déranger dans un âge plus avancé, et perdre l'esprit de leur état.
Ne nous effrayons pas en voyant un ouvrage grand et difficile : avançons par degrés et par prin-
cipes , commençons par nous bien fonder dans la connaissance de nous-mêmes , clans la crainte de Dieu, dans l'horreur des moindres fautes, dans une grande attention, et une fidélité plus grande encore à la 2:râce.
Ne nous étonnons point , ne nous décourageons point pour quelques fautes , mais ne les aimons pas ; relevons-nous vite, devenons plus humbles, et jamais ne reculons, jamais ne tournons le dos à l'ennemi.
Jésus-Christ, dit l'Evangile, profitait devantDieu et devant les hommes (1). Formons-nous, ou réformons-nous, même à l'extérieur, et qu'on s'en aperçoive. L'édification présente est peut-être la réparation nécessaire du mauvais exemple passé, qui le demande, outre que le dedans dépend beaucoup de la conduite du dehors. Mais quand les hommes seraient contens de nous, ne le soyons pas toujours nous-mêmes. Il faut trop peu de chose pour les satisfaire ; bien imparfaits, peut-être bien vicieux devant Dieu, nous n'avons pas laissé d'avoir leur estime et leur approbation : un peu de probité et d'arrangement, quelques vertus toutes naturelles les ont trompés.
Dieu ne se contente que des vertus chrétiennes, fortes et solides : humilité sincère, résignation parfaite à tous les desseins de sa providence , zélé pur et sans bornes, charité, douceur, patience inaltéra ble, mépris souverain du monde et de tout ce qu'affectionne le monde.
Hâtons - nous donc, et faisons de grands efforts
(i) Jpud Deum et hommes. Lue. 2,32
de ferveur et de courage. Nous ne savons pas ni s'il nous reste du temps, ni combien il nous en reste.
Adressons-nous, en finissant, à Jésus -Christ enfant, pour demander l'esprit de la sainte simplicité, de L'enfonce évangélique : Si vous ne devenez comme de petits en fans, tous n'entrerez point dans le royaume des deux (1).
On n'entre au Ciel qu'en devenant comme des enfans ; et celui qui aura le plus ressemblé à cet enfant-ci, y sera le plus grand de tous.
Ne parlons plus que de la sagesse cachée dans les mystères duFils de Dieu (2j. Mais qu'il daigne donc nous la donner lui-même, cette sagesse (3).
MEDITATION
Sur le voyage de Jésus-Christ à Jérusalem à Vàge de douze ans. Des vertus propres de ceux qui se disposent au ministère évangélique.
Dans ce voyage, Jésus-Christ nous donne l'exemple de trois vertus qui conviennent parfaitement à l'état où l'on se trouve quand on se prépare au ministère évangélique.
La première est une grande ferveur et une assiduité constante à tous les exercices de piété et de religion.
La seconde , une simplicité merveilleuse à nous
(i) Matth. 18, 3.
(2) Loquiniur Vei sapientiam in mysterio , quœ abscondîta est. I. Cor. a, 7.
(3) Da rnihi sedium tuarum assistricem saj>ientiarn , et noli mt reprobait à pueiis tuis. Sap. 9 , \.
interroger et à nous instruire sur nos différens de-
'ô voirs.
La troisième, une aversion absolue de tout ce qui
pourrait nous distraire, et mettre obstacle à notre
avancement spirituel.
PREMIER POINT
Grande ferveur et assiduité constante à tous les exercices de piété et de religion.
l.° Jésus-Christ compte pour rien de faire , de Nazareth à Jérusalem, un voyage de trente lieues, à pied, pour se rendre au temple, où Dieu avait voulu qu'on vint l'adorer.
2.° Il passe dans les exercices de religion, nonseulement les huit jours que durait la fête de Pari! le : mais la fête étant passée , il demeure encore à Jérusalem pendant trois jours; et vraisemblablement il y serait resté davantage, si Ton ne fût pas venu le chercher.
3.° On ne dit point, pendant ce temps-là, ni où il se retirait , ni s'il prenait quelque nourriture , parce que vraisemblablement sa demeure de nuit et de jour fut le temple, ou les lieux voisins du temple , et que sa nourriture principale fut de faire la volonté de Dieu son Père , comme il le dit depuis , dans une autre occasion (1).
Telle est l'assiduité et l'affection que nous devons avoir ici aux exercices de piété et de religion : ne plaindre ni ses pas , ni sa peine, pour aller trouver Dieu où il nous appelle ; faire de l'oratoire ou de
(i) Ego cibum habeo maiiducare quem vos nescitis ... Meus ci' bus estutfaciam voluniatem ejus gui misit me. Joaii. 4, 3a, 34.
l'église , notre demeure la plus ordinaire ; ne pas perdre un instant du temps destiné à l'oraison, aux examens, à la lecture, aux prières vocales d'obligation et de dévotion ; être fâché que la faiblesse naturelle ou les besoins du corps nous détournent un moment de la prière et du culte de Dieu ; y revenir aussitôt que nous le pouvons. Sans cette assiduité et cette affection aux choses de Dieu,
1 .° Jamais nous ne réparerons dignement le passé ; tout notre mal est d'avoir quitté les exercices de piété, ou de les avoirfaits nonchalamment : notre première pénitence doit être de les bien faire.
2.° Jamais nous ne nous disposerons comme il faut à nos ministères pour le temps à venir ; ils ont tous pour fondement une grande union de cœur avec Dieu ; les talens naturels ou acquis servent peu sans cela. Delà viennent les grandes lumières, l'esprit de discernement et de conseil pour nous et pour les autres ; de là les discours vifs, touchans et persuasifs. Un homme plein de Dieu, et qui sent ce qu'il dit , parle tout autrement qu'un autre : c'est Dieu qui parle dans lui. De là les grâces de protection, dans cette multitude de dangers qui nous attendent.
Comptons donc que nous ne profiterons, pour le présent et pour l'avenir, qu'autant que nous nous affectionnerons , et que nous nous accoutumerons à écouter Dieu, et à nous entretenir familièrement avec lui. Il ne faudra pas que cela cesse, même après notre retraite ; le fruit en serait bientôt perdu. On pourrait dire de quelques-uns , après qu'ils ont quitté le lieu et le temps de leurs exercices et de leurs épreuves, qu'il leur eût été avantageux d'en
sortir immédiatement après les premiers mois de leur solitude, et que, pour le reste de la vie, il leur en serait resté de beaucoup plus grands avantages. A qui en sera la faute ? Les choses se conservent par les mêmes moyens qui leur ont donné naissance ; voyons ce qui nous a changés ; c'est ce qui nous soutiendra. Ce qui nous a changés, ce sont de profonds retours sur nous-mêmes; c'est une succession d'exercices de religion et de vertu ; c'est de la docilité et du zèle à bien faire. Mais si la Retraite étant une fois passée, les jeunes prêtres séculiers ou réguliers négligent de continuer à travailler à leur sanctification, et se livrent à des études étrangères et profanes, ils seront bientôt tout ce qu'ils furent en arrivant , et peut-être plus imparfaits encore , parce qu'ils auront abusé avec ingratitude de la plus grande de toutes les grâces. Si, au lieu de continuer h travailler à leur sanctification , de s'attacher à la lecture des saintes Ecritures, et particulièrement du saint Evangile et des épitres de saint Paul, de converser avec des gens habiles , de consulter les bons livres, approuvés de l'Eglise , livres de théologie , livres de cas de conscience, livres ascétiques, et de se rendre familière la lecture des saints Pères; si, au lieu de répondre à la grâce de leur vocation pour devenir des ministres selon le cœur de Dieu , et donner à son troupeau la nourriture delà science et delà doctrine (1) ; en un mot, si, au lieu de se préparer à être le sel de la terre et la lumière du monde (2), pour conserver les peuples dans la ver- Ci) Pastoresjuxtacormeum, etpascent vos scientiâ et doctrine. Jerem. o, i5.
(2) Sol tetTœ , iuxmundi. ?ûaîtii. 5, i3, 14.
tu par de bons exemples, et les éclairer par de solides instructions, ils se livrent au contraire à l'oisiveté ou a des occupations inutiles ou même dangereuses ; s'ils cherchent à lire des poètes, des histoires profanes, des fables, des romans , des livres d'une doctrine suspecte ; s'ils ne s'occupent que du désir de se répandre dans le monde, et regardent le lieu de leur retraite comme une prison ennuyeuse, ils en sortiront sans doute, mais plus coupables qu'ils n'y étaient entrés ; et que de chagrins pour la suite, n'ayant acquis ni un fonds de science , ni un fonds de vertu ! Quel personnage feront -ils, quand on attaquera la religion par des discours scandaleux ou des railleries indécentes ? Timides et flatteurs devant les défenseurs et les patrons du libertinage et l'irréligion, ils seront comme des sentinelles aveugles , et n'oseront avertir du danger qui menacera la maison de Dieu , ou comme des chiens muets qui se taisent tandis que l'ennemi ravage l'héritage du père de famille (1). Fasse le Ciel qu'ils n'en viennent pasjusqu' à parler le langage des incrédules, et applaudir à leurs impiétés, pour gagner leur amitié et leur protection (2) ! Mais qu arrivera-t-il enfin, et quelle punition leur est réservée r Ils seront méprisés de ceux mêmes dont ils briguaient la faveur (3). Evitons l'effet de ces menaces ; faisons une ferme résolution de ne rien négliger de tout ce qui peut nourrir la piété et la religion ; étudions, consultons , lisons de bons livres ,
(i) Speculatores cœci, canes muti. L>. 56, io. (a) Sacerdotes applaudebant manibus suis, et populus meus dile xit talia. Jer. 5, 3i.
(3) Et ego dedi vos conte mptw des. Malach. a, 9.
et surtout prions le Seigneur, Dieu de toutes les sciences, persuadés que le plus sûr moyen de réussir, c'est de joindre à une application constante une grande confiance dans le secours de Dieu.
En consacrant ainsi volontiers à Dieu ces heureux momens dont nous jouissons aujourd'hui dans la solitude, nous retrouverons , avec son secours , le temps que nous lui aurons donné ; et, d'ailleurs, étant devenus plus vertueux , nous n'en perdrons plus.
SECOND POINT
Une simplicité merveilleuse à interroger et à nox.s instruire sur nos diffèrens devoirs.
On ne lit point que Jésus-Christ paraisse parmi les docteurs pendant la fête. Ils avaient tout le peuple à instruire pendant ce temps-là , et ce n'étaient pas des leçons ordinaires qu'il cherchait. Mais , après la fête , dans un temps où ils étaient moins occupés et plus en état de l'écouter et de lui répondre , il se trouve assidûment dans leurs assemblées.
On ne lit pas non plus qu'il les instruisît, ni qu'il fit le maître parmi eux : cela ne convenait point à son âge. Avec la manière et tout l'extérieur d'un disciple humble et docile, le Fils de Dieu, la sagesse de Dieu , celui qui a inspiré les prophètes , écoutait et interrogeait de simples hommes (1). S'il était interrogé à son tour, à l'occasion des questions qu'il avait pu faire , il répondait avec une modestie et une sagesse qui ravissaient en admiration
(:) Audientcm illos et intenvgantem eos. Luc. 2, 46.
SECONDE PARTIE. ^Sû
tous ceux qui l'entendaient (1). Voilà l'image de nos conférences publiques et de nos entretiens particuliers ; et qui de nous, après l'exemple de Jésus- Christ, n'aurait pas honte de vouloir être à soi même son propre maître, son propre guide ? Fussionsnous cent fois plus éclairés que nous ne le sommes, il faut toujours prendre conseil, pour plusieurs raisons importantes.
l.° Si Ton est de notre avis , nous y serons confirmés, et nous craindrons moins de nous être trompés , ou de nous être égarés sans le savoir ; si l'on n'en est pas , on nous dira des raisons peut-être qui nous feront changer de sentiment.
2.° Cest l'ordre que Dieu a établi , que les hom mes s'instruisissent par d'autres hommes. Saûl est envoyé à Ananias par Jésus - Christ même , qui aurait bien pu l'instruire. David , tout prophète qu'il était , est redressé dans ses égaremens par Nathan et Gad , moindres prophètes que lui ; Moïse prend conseil des anciens ; il ne s'en cache pas. C'est l'es prit de tous les temps : les anciens Pères du désert n'eurent point d'autre conduite.
3.° La chose est encore plus nécessaire dans les communautés qu'ailleurs. On s'y forme en rendant compte de son intérieur, de ses défauts , de ses vertus avec simplicité : Dieu bénit toujours cette conduite. Une grâce y eat attachée, n'en doutons point, comme elle l'est à ce qui fait l'essentiel de chaque
institut.
4.° Nous regretterons peut-être ce secours, quand il n'en sera plus temps : nous ne trouverons plus qui
(i) Stupebant autem omîtes qui eum audiebant , super pvudentid et vesponsis ejus. Luc. 2 , 47* Retraite spùit. 1.
consulter. On n'osera nous interroger , ou Ton ne voudra pas s'en donner la peine et s'exposer à des refus. Nous serons dans la nécessité de donner conseil à d'autres , et nous ne saurons par où nous y prendre.
Souhaitons , pour notre conduite , les supérieurs et les directeurs les plus saints et les plus éclairés. Mais Jésus-Christ attache sa grâce à ce qu'il nous donne , et enfin nos pères spirituels sont plus , par rapport à nous, que ces docteurs ne furent à l'égard de Jésus-Christ.
On voudrait quelquefois \oir réformer beaucoup de choses dans les autres : on se plaint que tout dégénère , que les mœurs ne sont plus les mêmes : commençons par nous réformer , cela dépend de nous ; le reste n'en dépend pas. Gardons le saint règlement qu'on nous a prescrit , nous ne tomberons point , ou nous ne tarderons pas à nous relever.
TROISIÈME POINT
Une aversion absolue de tout ce qui peut mettre obstacle à notre avance?nent spirituel.
l.° Joseph et Marie, inquiets de ne pas voir Jésus - Christ avec eux , le cherchent parmi ses parens et les personnes de sa connaissance ; il n'est point là.
2.° Ils reviennent à Jérusalem ; ils le cherchent dans le lieu où ils avaient logé pendant la fête , et s'informent par toute la ville ; ils n'en apprennent point de nouvelles.
3.* Le troisième jour ils vont au temple , c'est là qu'ils le trouvent enfin.
SECOND PARTIE. «>0 i
4.* Ils lui font des reproches de les avoir ainsi abandonnés et laissés si long - temps dans l'inquiétude et dans la douleur ; il leur répond avec respect , mais d'une manière ferme , et même en ap parence un peu sèche , contre sa coutume : Qu'aviez-vous tant àme chercher ? Ne satiez-vous pas, ou ne deviez-vous pas savoir que je dois m' occuper des affaires de mon Père ? Mais ils ne comprirent pas ce qu'il voulait leur dire. Que de grandes leçons pour nous encore ?
1.* Jésus - Christ se perd dans la foule et dans le tumulte, etsouventonl'a perdu, qu'on ne s'en aperçoit pas. Dans l'oraison, à l'église, on le retrouve; mais ce n'est pas toujours sur l'heure. Il faut persévérer à le chercher. Si nous ne sentons pas encore Dieu dans notre cœur, ne nous décourageons point. Nous l'avons fui assez et trop long - temps , et nous ne commençons que depuis très-peu de temps à vouloir sincèrement le trouver.
2.* Tant de parens et d'amis, tant de connaissances qu'on fait et qu'on entretient, sont bien opposés à l'union avec Dieu. Ce n'est point encore là qu'on trouve Jésus-Christ ; ils se fâcheront si vous ne les cultivez pas ; eh ! qu'importe ? faut-il , pour leur plaire , que nous déplaisions à Dieu , ou que nons donnions moins de temps à nos devoirs ? Si nous allions les interrompre quand ils ont eux-mêmes des affaires , comment nous recevraient-ils ? N'ont - ils pas consenti à nous donner à Dieu ? Quelle pitié de voir des gens consacrés au service des autels , des religieux même , solliciter des procès , briguer de l'emploi pour leurs parens , avec plus d'instances que si c'était pour eux - mêmes ! Jésus-Christ , le
plus soumis de tous les enfans (ne l'oublions ia-
^'^ ,PlUSaimab,e detOUS les fils. "'" Point fait difficulté , dans dépareilles occasions, de consister la meilleure et la plus tendre de toutes les mères. Surtout dans ces temps d'épreuve et de recueillement , point de lettres d'affaires , point de parties d'amusement.
3.° // faut que je me donne aux affaires de mon l'ère: pesons bien ces dernières paroles. !.• Oportet, ,1 le faut; c'est notre profession. Nous pouvions ne pas nous engager ; mais, une fois engagés , il ne nous est plus libre de manquer à nos devoirs. 3 • Me esse ; ce mot ne s'exprime pas assez bien dans noire tangue : Il faut que je m'applique aux affaires de Uieu ; c est trop peu dire encore, il faut que ie m'y attache et que je m'y livre tout entier, sans réserve sans partage. De si importantes affaires ne demandent rien moins qu'un homme tout entier : l'esprit le cœur , les facultés, tout doit être employé. In hi's quœPatrismeisunt. Les affaires deDieu ; c'estmon salut premièrement, et puis celui du prochain. Que de choses ! il est mon Dieu , il est mon Rédemp. leur, ,1 est mon premier père. Je travaille pour moi, en travaillant pour lui. Les mondains n'entendent point ce langage ; ipsi nihil horum intellexerunt Ecla.rés de Dieu, ils l'entendront avec le temps et nous en estimeront davantage. S'ils demeurent aveugles, ne les suivons pas ; ils nous mèneraient ju»qu au précipice. J