‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 21 sur 140 · FONDAMENTALE · texte numérisé non relu

FONDAMENTALE

Des exercices de la pre?nière partie.

L'homme est au monde pour connaître Dieu , le louer , l'aimer , servir , et mériter par là le salut , et la béatitude éternelle (i).

La fin de cette méditation n'est pas précisément de nous exciter à la reconnaissance envers Dieu pour le bienfait de la création , mais de nous remplir profondément de notre destination, afin de dé-

{ij Creatus est homn ad hunefmem, ut Dominum Devm tofaÉl \audet et reveveatur , eicjue tandem serviens t saivusjiat. Igii.

pîorer notre aveuglement sur le temps passé, et de prendre une forte résolution de nous conduire désormais selon les régies de la vraie prudence, dont le propre est de rapporter toutes choses à leur insti tutionet à leur fin.

Cette première vérité doit être le fondement et la base de toute la conduite de l'homme sur la terre. Considérons , l.° quel'homme n'est et ne peut être au monde que pour servir Dieu ; 2.° jusqu'où s'étend cette obligation ; 3.° ce que l'homme , en servant Dieu , peut espérer de lui , pour l'autre vie et même pour celle-ci.

PREMIER POINT

L'homme n'est au monde que pour servir Dieu. Dieu avait duré toute une éternité sans que le monde fût encore ; content en lui - même , il pouvait toujours se passer du monde, puisqu'il s'en était si long-temps passé. Il créa le monde d'un acte de sa volonté. Travaillant sur rien , il fit en un moment tout ce que nous voyons de plus beau et de plus admirable, et il y plaça l'homme, pour qui tout avait été fait : Dixit, et facta sunt ; mandavit, et creata su?it.

Mais laissons ce qui regarde les autres hommes ; ne pensons qu'à nous-mêmes. Le inonde avait duré environ six mille ans sans qu'il y fût question de moi ; qu'étais-je il y a un siècle P Où étais-je ? Enfin , je me suis trouvé au monde ; mais qui m'y a mis ? Moi-même ? Je n'étais rien , et rien ne fait rien : Ipse fecit nos , et non ipsi nos. Serait - ce le hasard ? Terme chimérique : outre que le hasard ne fit jamais rien de parfait ni de durable, ce que Ton

nomme hasard n'est qu'un assemblage de causes libres ou nécessaires , dont la liaison et les effets nous sont inconnus, à la vérité, mais dont rien n'est caché à celui qui les a rangées et qui les remue ; hasard donc par rapport à moi peut-être ; mais par rapport à Dieu, ouvrage d'un dessein, d'une sagesse ineffable.

Ceux qui passent pour m'avoir mis au monde ne seraient-ils point les auteurs de mon être ? Ils m'auraient formé sans défaut, s'ils en avaient été les maîtres ; c'eut été leur gloire et leur avantage. Mais non , ils peuvent dire comme la mère des Machabées : Nescio qualiter in utero meo apjuiruistis , neque enim ego spiritum et animam donavi tobis. J'ignore comment vous avez été formés dans mon sein; car ce n'est point moi qui vous ai donné l'ame, l'esprit et la vie , ni qui ai joint tous vos membres pour en faire un corps ; c'est le Créateur du monde, celui qui forma l'homme dès sa naissance , et qui a donné l'origine à toutes choses.

Je ne dis donc rien , je ne pense rien de raisonnable de moi-même , jusqu'à ce que je remonte à la première source, à la cause universelle. C'est Dieu qui m'a fait tout ce que je suis ; c'est Dieu qui m'a formé ce corps ; tout vil et tout matériel qu'il est en lui - même , il ne laisse pas d'être un miracle et un chef - d'œuvre de puissance et de sagesse dans l'arrangement et dans l'usage de ses parties : 31anus tuœ} Domine, feoerunt me et plasmaxerunt ?ne totum in circuitu. Dieu m'a donné ce souffle de vie, celte portion précieuse de son immortalité , cette ame, l'image du pouvoir qu'il a de penser, de vou-

loir , et d'agir sans contrainte ; ceci supposé , raisonnons à présent.

A quel dessein Dieu m'a-t-il mis au monde ? A quel dessein a-t-il pu m'y mettre ? Car une sagesse aussi grande que celle quiparait dans ma création, ne saurait agir à l'aventure et sans quelque vue. Quelle vue a-t-il donc pu avoir en me créant ? Je sais déjà qu'il pouvait se passer de moi ; il pouvait bien se passer du monde entier. S'il y avait aussi quelque être plus grand et meilleur que lui , il aurait pu travailler pour cet être supérieur à lui ; mais non , étant tout , et méritant tout , il est impossible qu'il se soit proposé d'autre objet que lui-même. Il m'a donc fait pour lui ; il n'a pu me faire que pour lui. Son droit sur moi , comme sur toute chose , est inaliénable: qu'il cesse d'être Dieu, je pourrai être pour quelque autre. Jusque là, tout Dieu qu'il est, il ne peut me dispenser d'être pour lui : il n'était pas nécessaire que je fusse ; mais , supposé que je sois , il est nécessaire que je soispourlui.

Si donc Dieu m'a donné un esprit capable d'intelligence , ce n'a pu être qu'afin que je le connusse ; s'il m'a donné un cœur libre, ce n'a été qu'afin que je l'aimasse , et qu? je m'attachasse à lm ; s'il m'a donné un corps , de la santé, des forces, ce n'a pu être qu'afin que je les employasse à son service; si je suis enfin tout ce que je suis , ce ne peut être que pour lui.

Omon Dieu ! seul créateur, seul conservateur de mon être , quelle triste et affligeante image se présente à mes yeux ! car enfin , toute ma conduite iusqu'ici qu'a-t-elïe été, sinon un désordre, unrenrerc~ment, une injustice étrange et continuelle PJ'ai

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