‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 22 sur 140 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

vécu â peu prés comme si je m'étais fait moi- même; à quoi ai-je pensé, qu'a moi-même ? Qu'ai-je aimé, que moi-même ? Pour qui ai-je travaillé, que pour moi-même ? Je me suis rassuré sur ce que la plupart des autres ne vivaient pas d'une autre manière; c'étaient d'aveugles, d'ingrates, d'indignes créatures aussi-bien que moi : c'est tout ce que je puis en dire ; mais leur égarement peut-il justifier le mien ? Quelle obligation ne vous ai -je pas pour avoir daigné aujourd'hui m'ouvrit les yeux î Je méritais que toujours ils demeurassent fermés à ces vérités salutaires. JSotam fac mihi , Domine , vùnn tuam\ faites - moi donc connaître , ô mon Dieu î et péné* trer de plus en plus quelle est ma destination.

SECOND POINT

Jusqu'où s'étend l'obligation que l'homme a de servir Dieu. Développons encore davantage cette grande vérité (l'homme est créé pour servir Dieu), et rendons-nous-la toujours propre et personnelle.

Je suis de Dieu ; donc je dois servir Dieu : cela est évident. Mais je suis de Dieu seul : nul autre que lui n'a contribué à mon être, ou nul autre que lui n'y a contribué que comme instrument de ses volontés ; donc, je dois le servir lui seul. Nul égard ni à personne , ni à moi-même ; intention simple , pure, et invariable de lui plaire et de le glorifier. Je suis tout de Dieu ; l'ame , le corps , les facultés , la vie , l'action , tout est de lui ; donc je dois être tout à Dieu ; point d'exception, point de partage ; ce ne sont que ses propres biens que je lui rends : un rien de moins, il ne saurait être content: tout est de lui; tout est à lui.

Je suis toujours de Dieu : il m'a créé ; il me conserve ; et me conserver , c'est me créer de nouveau à chaque instant. L'instant où il cesserait de me soutenir , je tomberais dans le néant ; l'instant où il cesserait de concourir avec moi, je deviendrais immobile ; je ne pourrais plus ni penser , ni agir , ni parler, ni vouloir; donc dans toute la vie et à chaque moment de la vie , donc dans la jeunesse comme dans l'âge avancé, donc tous les jours et à chaque instant du jour , je dois être toujours à Dieu , toujours occupé de choses qui puissent se rapporter à lui , et, dans ce sens, toujours appliqué à lui plaire. Tout le temps que je donne à autre chose , est un temps perdu ; tout dessein , toute entreprise qui me détourne de là , est un crime , ou un amusement qui dispose au crime. Tout emploi de mes facultés , de ma santé, de mes forces, de mes talens, qui me divise d'avec Dieu , est un larcin, une usurpation indigne et sacrilège.

Enfin , Dieu m'a fait, Dieu me conserve sans intérêt et sans contrainte , je dois donc aussi être à lui par estime, par générosité , par reconnaissance pure : je dois le servir , quand je n'attendrais plus rien de lui. Je dois m'oublier moi-même de temps en temps, et m'estimer malheureux, quand je puis croire que je ne cherche pas en tout sa gloire , et que le seul désir de lui témoigner mon amour n'est presque jamais le motif qui me fait agir.

Quelle perfection ! Quelle étendue d'obligations! Cependant on défie l'homme le plus écarté de ses devoirs, et le plus rempli d'amour-propre, de ne pas convenir qu'en tout ceci il y a une souveraine justice , et d'imaginer la moindre exception raisonna-

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