‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 24 sur 140 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Ah ! du moins aujourd'hui me voici prêt à vous écouter, ô mon Dieu ! parlez : eh î que pouvez-vous me dire ? Homme > créature , sois à Dieu seul par qui tu es ; sois toujours à celui par qui tu es toujours ; et sois à lui par pure reconnaissance , puisque tu es de lui par pur amour.

TROISIÈME POINT

Ce que l'homme , en servant Dieu , peut espérer de lui pour l'autre vie et pour celle-ci. Il peut espérer : ce n'est pas assez dire ; il peut s'assurer que Dieu sera à lui autant et à proportion que lui-même sera à Dieu. Dieu tout entier à lui . s'il est tout entier à Dieu ; Dieu toujours à lui , s'il est toujours à Dieu ; Dieu aussi parfaitement à lui que s'il était seul au monde ; s'il est à Dieu seul , qu'il ne soit point du tout au monde, et qu'il n'ait aucun égard au monde que par rapport à Dieu.

Considérons ici quelle est la bonté et la libéralité immense de Dieu qui nous a faits. Son droit était d'exiger tout de moi sans rien me promettre. J'avais assez reçu déjà ; et pour ce que j'avais reçu, ce n'était pas trop de me donner parfaitement à lui. Dans le monde, la seule considération des bienfaits n'est elle pas une raison suffisante pour se dévouer à ses bienfaiteurs ? Un grand du monde attend tout de ceux qu'il veut bien nommer ses créateurs. Un enfant doit aimer et servir son père , n'eût-il ni héritage ni gratification à en attendre ; qui y manquerait , serait un dénaturé , un ingrat , un monstre.

Quelque chose de plus. Le droit de Dieu est de me dire : Si vous me servez , vous aurez fait votre devoir , je ne vous en tiendrai aucun compte ; mais

si vous ne me servez pas comme vous le devez , et comme mes bienfaits vous y obligent , je vous traiterai de la manière la plus sévère ; je vous damnerai. Ainsi , les législateurs ne disent pas : Qui gardera la loi , sera récompensé ; ils disent : Qui ne la gardera pas , sera puni. Le maître dit simplement à son esclave : Obéissez , et vous n'aurez aucun mal ; mais si vous n'obéissez pas, vous éprouverez toute ma rigueur.

Enfin , en supposant que tout travail mérite récompense, pour prix de mes services Dieu eût pu ne me promettre qu'une récompense de même nature que ces services ; récompense temporelle , naturelle , bornée , qui finit à la mort.

Mais Dieu, souverainement libéral et généreux ; Dieu , aussi jaloux de mon bien que de sa propre gloire , a attaché mon bonheur à son service. Servez-moi, m'a-t-il dit ; ne pensez qu'à me servir, et j'aurai soin de vous, je penserai à vous , je me donnerai à vous : Ego merces tua magna nimis (1). Quelle récompense ! et qui pourrait en comprendre le prix ? Mais elle regarde principalement l'éternité .

Sans attendre l'autre vie , que nf fait-il pas dés celle-ci pour ceux qui se donnent pleinement, parfaitement, constamment à luiP 11 établit sa demeure dans leurs cœurs. 11 y règne avec tout ce qu'il a de lumière , de grâces , et de consolation. Ses yeux sont attachés sur eux : il les regarde avec complaisance. Sa providence veille sur leur conduite avec plus d'attention , d'affection, que la mère la plus tendre n'en a pour un fils uniquement chéri. Il

(i) Gènes. i5, s.

écarte leurs ennemis ; il prévient leurs prières et leurs désirs.

Il est donc juste , il est même nécessaire que je sois tout à Dieu. Vous me commandez de vous servir , ô mon Dieu ! et si je ne le fais pas , vous me menacez des misères les plus extrêmes. N'en est-ce pas une assez grande que de ne pas vous aimer et de vous servir 't C'en est une sans doute , d'autant plus grande qu'elle en entraine une multitude d'autres à sa suite. Notre cœur est fait pour vous , et toujours il sera malheureux jusqu'à ce qu'il prenne son repos dans vous : Fecisti nos ad te s Deus , et irrequietum est cor nostrum , donec requiescat in te (2).

Prenons notre parti ; commençons dès ici - bas notre béatitude : nous le pouvons. La terre est un paradis pour quiconque ne veut contenter que Dieu. Dieu le gouverne, comme s'il n'avait que lui seul à gouverner. La terre, au contraire, est un enfer anticipé pour qui refuse les avances d'un Dieu. Il souffre beaucoup , il souffre sans mérite ; et cet enfer n'est qu'un prélude de l'autre , avec cette grande différence , qu'ici Dieu veut que nous l'aimions , et que nous ne le voulons pas : que là nous voudrons l'aimer , et que nous ne le pourrons pas, et que nous désespérerons de le pouvoir.

(i) S. August.

SECONDE 3IEDITATIO:\

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