‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 23 sur 140 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

ble contre des vérités si solides et si bien appuyées. X Ces vérités , on les appelle principes , et vérités fondamentales ; principes , parce qu'elles portent leur évidence avec elles ; il ne faut que développer les termes , et réfléchir ; principes , parce qu'elles n'ont presque pas besoin de preuves , et qu'elles servent elles-mêmes à prouver tout le reste ; vérités fondamentales , parce qu'elles sont comme la terre ferme sur laquelle doit être élevé l'édifice de la religion, de la perfection, de la sanctification. On ne fait rien de solide, qu'autant qu'elles ont jeté dans le cœur et dans l'esprit de profondes racines ; mais en bâtissant là-dessus , à quoi ne s'élève-t-on pas ?

Aussi les apprend-on aux enfans presque avant qu'ils puissent faire aucun usage de leur raison ; mais on doit le répéter sans cesse , et aux plus parfaits , et à ceux qui désirent le plus de le devenir Le premier , le grand précepte de la loi , celui qui renferme tous les autres , ne commande rien de moins. Vous aimerez , par estime et par choix , le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur , de tout votre esprit, et de toutes vos forces: Diliges Dominum Deum tuum , ex toto corde tuo, ex tôt a mente tua , et ex totis viribus tuis. Vérités encore dont la connaissance est de toutes les religions et de tous les temps, puisqu'elles sont contenues dans les premières notions de créateur et de créature. Pour les comprendre, il ne faut être ni chrétien, ni juif; il ne faut qu'être homme. Le christianisme , après le judaïsme , n'a fait que développer de plus en plus ce qui était renfermé dans ces vérités comme dans sa semence.

Bien des gens portent le nom de chrétiens , qui

jamais n'eurent guère de religion, ou qui Vont perdue. Plusieurs voudraient qu'on n'eût d'autre religion que la naturelle. S'ils pensent naturellement comme ils parlent ; s'ils se conduisent en effet suivant la religion naturelle , ils ne tarderont pas à penser comme nous. Dés que de bonne Foi ils croiont en Dieu , auteur de leur être , bientôt nous les réduirons à tout. Cette seule considération ,je ne me suis pas fait moi - même , un autre ma fait , les obligera à respecter ce grand maître , à étudier ce qu'il peut attendre et désirer d'eux. Dans cette étude bientôt ils trouveront des devoirs qui , s'ils y sont fidèles , avec le secours de la grâce , leur attireront de nouvelles grâces pour devenir de parfaits chrétiens. Les premiers hommes n'eurent long temps presque que ces principes pour se conduire , et à quelle sainteté n'arrivèrent-ils pas ? Sans parler des autres , Abraham y trouva l'obligation de quitter son pays, de sacrifier son fils unique, de mener une vie pure et détachée , d'exercer toutes sortes de bonnes œuvres. Job y trouva les plus nobles sentimens qu'il eût de la divinité , le principe de sa patience et de sa soumission , sa ressource et sa consolation dans toutes ses calamités.

Avouons que jusqu'ici nous avons eu très-} religion , ou que nous en avons fait très-peu d'usage. La religion était dans notre cœur ; elle y disait assez ; elle y disait tout, si nous eussions voulu l'écouter ; mais le tumulte du monde , l'embarras des affaires , la crainte peut-être de changer , nous empêchèrent toujours de vouloir l'entendre. Mille autres voix étouffèrent celle - là ; elle ne put se faire écouter.

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