PREMIÈRE PARTIE
2.* Rien n'est plus honorable , plus grand , plus glorieux , plus digne d'une ame immortelle , chrétienne et religieuse ; dicjnum est.
3.° Rien n'est plus avantageux, ni plus salutaire, soit pour le temps , soit pour l'éternité ; salutare.
PREMIER POINT
Cela est juste , souverainement juste s veré justum est.
Car , que me demande - t - on enfin ? Je suis de Dieu ; je suis de Dieu seul ; je suis tout de Dieu ; je suis toujours de Dieu. On demande que je sois à Dieu , que je sois à Dieu seul ; que je sois tout à Dieu, et toujours à Dieu ; quoi de plusjuste? Juste donc que , par des services effectifs , qui sont les vraies, les solides actions de grâces , nous nous appliquions sans cesse à vous glorifier, ô mon Dieu î j\os tibi semper et ubiquè grattas aqere.
Cela est juste , quand même il n'y aurait point d'autre récompense attachée: ce que vous avez déjà fait pour nous, le mérite bien, n'eussions-nous plus rien à attendre de vous.
Cela est juste , et l'on ose défier toutes les passions ensemble de pouvoir rien répliquer contre ce devoir; ceux mêmes qui ne servent point Dieu, sont forcés de convenir qu'ils ont tort et grand tort.
Cela est juste , et , pour reconnaître celte obligation, il n'est point nécessaire d'être encore ni religieux , ni chrétien ; il suffit d'être homme , d'avoir des principes de raison, de reconnaissance, d'équité naturelle. Mais il faut une raison qui s'élève audessus d'elle-même, et qui sache se recueillir , swrsùm corda ; et c'est ce qui nous manque. Une per-
sonne raisonnable trouve dans cette seule considération, et le détail de tous ses devoirs , et le reproche de toutes ses fautes, et l'idée de toutes ses obligations pour l'avenir.
Aussi , Dieu ne demande-t-il rien ni de plus ni de moins. Israël , écoutez : Le Seigneur seul est votre Dieu ; vous l'aimerez donc de tout votre esprit , de tout votre cœur , de toutes vos forces (1).
Jamais donc je ne manque à ce devoir, même selon la plus grande étendue, que je ne commette une injustice , que je ne me rende coupable d'une ingratitude criante.
Dieu ne nous a pas fait de ce devoir un commandement rigoureux dans toute son étendue ; mais les ménagemens mêmes ne nous obligent qu'à plus de générosité : plus il a d'égard pour notre fragilité et de compassion denos faiblesses, et moins faut-il que nous nous ménagions avec un Dieu si bon , si raisonnable , si généreux. On demande s'il peut y avoir des actes indifférens , c'est - à - dire , qui ne soient ni bons , ni mauvais , qui ne soient ni commandés , ni défendus : qu'il y en ait , si l'on veut , eu égard à la loi de rigueur; certes, il n'y en a point quant à la reconnaissance ; la reconnaissance envers Dieu ordonne tout ce que nous sommes capables de faire pour lui.
Ce n'est point un commandement rigoureux ; par conséquent , c'est une raison pour nous de ne pas nous reprocher nos infidélités comme des crimes , et ne point nous ronger de scruples, ni nous imaginer , après quelques fautes , que tout soit perdu ;
(i) Audi , Israël: Dominus Deus tiius unus est ; dilïges ergo Dominum Deum tuum ex toto corde, ex tôt A mente , ex totis vi- >TÎu5, Deut. 6.