PREMIERE PARTIE
mais au contraire de remercier Dieu avec confiance, même après nos chutes, mais non pas d'être contens de nous-mêmes , ou de croire que Dieu puisse Têtre parfaitement , quand , volontairement et de sens rassis , nous renonçons à une si juste obligation.
Cette application continuelle à glorifier Dieu en tout , échauffe la tête , dit-on , et nuit à la santé ; hélas ! on s'échauffe tant , on s'inquiète , on nuit à sa santé dans tant d'autres choses qui le méritent bien moins ! Mais non , c'est le cœur qu'on nous demande ; et le cœur , quand il agit par générosité, ne souffre rien , ou le plaisir et la joie de souffrir pour Dieu le dédommagent de ce qu'il souffre.
Juste pour tous les hommes , d'être tout à Dieu ; mais combien plus juste pour des religieux attachés à Dieu par leur état! Le Seigneur nous a choisis pour être son peuple favori (1) ; il veut être notre père , et que nous soyons ses enfans : il ne nous a appelés que pour cela, et nous n'avons écouté sa voix qu'à ce dessein. Ad quid venisti ? Ne trompons ni les espérances de Dieu , ni les nôtres.
SECOND POINT
Celaest raisonnable, digne d'une ame raisonnable , chrétienne , et religieuse ; verè dignum est.
En cela consiste toute notre élévation , toute notre noblesse. On est Dieu en certaine manière , quand on pense comme Dieu , qu'on ne veut que ce qu'il veut , qu'on n'a d'autre occupation que la
(i) Te elegit Dominus... ut sit ei populus peculiaris, Dent. 7,6.
sienne ; et c'est le sort glorieux de ceux qui ne vivent que pour lui , comme il ne vit que pour lui-même.
Nous nous dégradons toutes les fois que nous nous assujettissons ou à nous-mêmes, ou à quelque autre créature que ce soit. Je ne suis que pour Dieu; tout ce qui est au - dessous de Dieu, est au-dessous de moi. Ce sentiment nous élève : c'est le seul orgueil qui puisse être pardonnable ; mais non , ce n'est point orgueil , c'est justice. L'humilité serait ici trés-mal placée : ne craignons point alors d'être trop fiers ; peut-être faudrait-il craindre que nous ne le fussions point assez. La fierté naturelle n'est peut-être au fond qu'un mouvement de cette vraie grandeur ; mais nous la détournons où il ne faut pas.
Oh ! si Dieu nous avait ordonné de faire notre Dieu d'une créature, c'est alors qu'il eût fallu nous plaindre ! Le mystère de l'Incarnation mal entendu fut le scandale des anges : la qualité d'homme met le Verbe au-dessous de Dieu, dirent-ils; elle le met donc aussi au-dessous de nous. Ils se trompaient ; Dieu n'est que plus grand , pour ainsi dire, quand il s'humilie par bonté , par compassion pure ; mais tout ce qui n'est point ou le Dieu glorieux , ou le Dieu anéanti par amour, est véritablement au-dessous des anges et au-dessous de nous.
Il y a plus ; non-seulement je dois être à Dieu , mais réellement je suis de Dieu ; je suis de la race de Dieu: je suis de ses descencîans, de ses enfans : Jpsius enitn et genus suvrus (1) ; voudrais-je donc me déshonorer : voudrais-je me mésallier; qu'en pensons-nous ? qu'en doivent penser ceux qui sont (i) Act 17, a8.