‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 44 sur 140 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Dieu voit tout , Dieu peut tout , et il m'aime. Accablé de misère et de maladies , Job disait : Qu'il me tue , et j 'espérerai encore en lui (1) ; parce que ni avant , ni durant sa disgrâce , il n'avait point offensé Dieu. Tobie disait à son fils : Nous mirons toujours assez de biens , mon cher enfant , si nous craignons Dieu et que nous nous éloignions du mal (2). Suzanne disait : Il taut mieux tomber dans lesmains des hommes injustes, sou frir la perte de la ■fationet de la vie, que de pécher en la présence de Dieu (3). Tout ce qui peut nous arriver de mal ici-bas est équivoque , hors d'être dans la grâce de Dieu ou dans sa disgrâce. La vie ou la mort, la santé ou la maladie, les biens ou la pauvreté, tout cela peut être une récompense ou un châtiment, un vrai bien ou un vrai mal. Tout est mauvais , dès qu'on est votre ennemi, ô mon Dieu î et tout est bon , dès que vous aimez et qu'on vous aime.

Aussi , qu'est-ce que les saints n'ont pas méprisé ou souffert plutôt que de pi cher .J Pourquoi les mar tyrs se sont-ils laissé tant tourmenter , sinon pour éviter d'offenser Dieu en le renonçant, ou en faisant semblant de le renoncer ? Pourquoi les combats des vierges , les pénitences des confesseurs et des solitaires? Pour éviter de commettre un péché mortel. Saint Pernard , saint François, saint Benoit, se roulèrent le corps sur les épines , dans des neiges glacées ; saint Marlinien , sur des charbons ardens, pour résister à une tentation , à un péché. Et j'en ai tant commis , et j'ai tant de facilité à en commettre !

(î) Eliamsi occident me , in ipso sperabo. Job. i3, tS. Tob. 4. 23.^(3) Dan. i3 , a3.

Enfin, Dieu lui-même que n'a-t-il point fait pour empêcher le péché ? Pour le détruire , il a envoyé son propre Fils sur la terre. Le Fils est mort pour l'empêcher , comme pour l'expier. Pour l'exterminer entièrement , Jésus-Christ a envoyé ses apôtres et ses prédicateurs ; et tout ce qui travaille de la part de Dieu , ne travaille que pour cela. Daignez, ô mon Dieu! m'inspirer un peu de cette sainte haine que le péché vous inspire. Vous dites , dans vos saintes Ecritures , qu'il vous contriste, qu'il vous afflige, qu'il vous aigrit, qu'il vous cause des amertumes et des déplaisirs, ah î faites-moi comprendre ce que tout cela signifie ; que j'exprime dans moimême tous ces sentimens que vous ne vous appropriez que pour me donner de l'horreur du péché. Au reste , comprenez ces vérités , ou ne les comprenez pas: oubliez-les, ou pensez-y, les choses ne changeront ni de situation ni de nature. En n'y pensant point , vous ne vous rendez que plus coupable : Dieu vous a ordonné d'y penser : eh ! que vous a fait Dieu pour lui désobéir , pour vouloir lui déplaire? Que vous êtes-vous fait à vous-même pour vous traiter ainsi en ennemi P Si vous n'avez pas pitié de votre ame , au moins ayez pitié de ceux qui ont plus de foi que vous. Votre conduite , votre sang-froid, vo tre insensibilité sur ce aui regarde Dieu et vos intérêts éternels, leur déchirent le cœur ; que faut - il qu'ils fassent pour vous obliger à aimer Dieu et à vous aimer vous - même ? Dites , et ils le feront. Pourquoi s'inquiètent - ils , après tout , et que leur fait votre salut , si ce n'est qu'ils voient le précipice ou vous allez tomber ? Jérusalem , infidèle Jérusalem, convertissez-vous donc vers le Seigneur votre

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