PREMIÈRE PARTIE
vait tout d'un coup le visage couvert de lèpre , ou bien tel qu'on peint celui des démons , rirait - elle d'une si affreuse disgrâce , ou si elle y chercherait du remède F Notre miroir , c'est la foi , ce sont les Ecritures : ouvrons-les , et voyons.
On se flatte que le péché est aussi facile à expier qu'il est aisé a commettre : cela est vrai , peut-être, pour ceux qui ont beaucoup de peine à pécher. Les mêmes raisons qui les font balancer, qui les retiennent long - temps dans l'occasion , ne perdent pas toute leur force après le péché. Mais je pèche de sens rassis : je sais que cela va déplaire à Dieu , m'exposer à la damnation, et je n'en suis pas touché. Le serai-je davantage quand il faudra détester mon péché ? Ce qui n'a pu me retenir, aura-t-il
la -force de me faire changer ? Le péché facile à
expier! N'a-t-il pas fallu pour cela qu'un Dieu
se fit homme , qu'il souffrît , qu'il mourût P Sans ce secours l'expierais-je jamais P Jamais aucune créature pourrait - elle l'expier P Jésus - Christ a fait ce que je ne puis faire ; mais il n'a pas tout fait , et les pénitences des saints nous montrent ce que mérite le péché depuis la mort même de Jésus-Christ. Confesser son péché n'est que la moindre partie de la pénitence ; et que de gens périront sur la folle présomption des facilités à se réconcilier avec Dieu ! On se rassure encore sur la multitude de« pécheurs. Trop de gens , dit-on , commettent le péché , trop de gens le méprisent , pour que ce soit un si grand mal ; si nou« dîions seuls pécheurs parmi une multitude de justes, nous craindrions le péché... Vaine ressource ! Le péché n'est pas moins grand au jugement de Dieu, que si nous étions seuls pécheurs.
Tous les hommes périrent au déluge , hormis huit justes : tout fut consumé dans Sodome, hormis la famille innocente de Lot : tous les anges rebelles ont été foudroyés ; tous les pécheurs seront damnés , et ce? sera le plus grand nombre des hommes.
Enfin , on ne peut pas croire qu'une action passagère puisse causer tant de mal. On ne comprend donc point qu'une blessure légère en apparence , que deux grains de poison puissent donner la mort; qu'on puisse se noyer dans les eaux d'un simple bassin ; qu'une injure faite au prince mérite laperte de la vie?
Faibles appuis , sur lesquels tant de fois je me suis rassuré , je vois donc votre faiblesse , votre illusion. Je sais ce que le péché mérite. Si Dieu m'épargne , s'il semble me favoriser, n'est-ce point qu'il me réserve à des châtimens éternels? Mais son arc est bandé , sa colère va partir. Mon Dieu ! peuton vivre un moment lorsqu'on est mal avec vous ? Peut-on s'endormir dans un état si funeste ? Ah ! celui- là mérite bien que vous le punissiez, qui ose vous défier de le punir ; et n'est-ce pas vous défier, que de pouvoir prendre du plaisir oudurepos lorsque vous êtes en colère ? Miséricorde , ô mon Dieu ! miséricorde ! Suspendez votre colère ; je veux me repentir , je me repens.
TROISIÈME POINT
Le péché mortel considéré par rapport à tous les autres maux imaginables.
Il n'y a proprement de mal que celui-là. Dans tous les autres maux je puis me consoler en disant :