‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 64 sur 140 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

ché véniel ; mais l'imperfection simple, presque jamais. Y a-t-il du mal à cela, ou n'y en a-t-il point? Ce fut toujours là la règle de mes délibérations. Y a-t-il plus de bien à cela, ou y en a-t-il moins ? Ce ne la fut jamais. Et je ne meurs pas de confusion î et ma confusion du moins n'aura pas la force de me rendre désormais plus vigilant et plus fidèle ! Nolite contristare Spiritum sanctum Dei (1). Ah ! n'affligez pas, ne contristezpas le Saint-Esprit. Ego sto ad ostimn ; et pulso {'!) : si péri mihi , soror mea (3), Jésus-Christ est à la porte , il frappe , c'est lui : Ouvrez-moi , ame fidèle , ma sœur depuis que je me suis lié à votre faible nature. N'a-t-il pas tort en effet ? Ne nous fait-il pns une grande injure d'être jaloux de notre cœur, de demander de nous plus que de tant d'autres ? Ah ! si vous saviez , si vous pensiez quel est celui qui vous prie ; il ne demande que pour donner. Si scires donum Dei, et quis est qui dicit tibi : Da mihi (4) /

SECOND POINT

Considérons le tort que fait à Y ame V in fidélité , V imperfection volontaire ; c'est-à-dire, de quels mérites elle la prive pour l'éternité , et , dès le temps présent , quelles faveurs cette imperfection volontaire lui fait perdre.

1 .° De quels mérites. Combien en amasse une personne vigilante et qui , toute la vie , du matin au soir , se rend dépendante du mouvement de la grâ- ^e ! Pour elle , il n'y a plus d'actions indifférentes ; les plus naturelles sont dignes d'une récompense

(î) Ad Ephes. 4 , 3o.— » Apoc 3 , 20.— (3) Cant. 5, a.

(4) Joan. 4.10.

infinie. Dans sa constante fidélité, combien de péchés expiés en peu de temps ! Accablés de dettes , nous n'avons point d'autres voies pour jamais nous acquitter. Mériter, au reste , n'est point une chose que les âmes les plus dégagées ne doivent désirer ; c'est acquérir chaque fois un nouveau degré de lumière pour connaître Dieu plus parfaitement pendant toute l'éternité, et pour l'en aimer davantage.

2.° De quelles faveurs , dés le temps de la vie , prive l'infidélité ! Dons surnaturels, foi vive, dévotion tendre, goûts délicieux de Dieu, paix profonde, joie du Saint-Esprit, autorité sur le cœur du Tout- Puissant , prières exaucées pour soi-même et pour les autres , jamais vous ne serez le partage que des âmes extrêmement pures et fidèles ; si d'autres paraissaient vous obtenir, on craindrait pour elles l'illusion.

Il est vrai que le même principe qui empêche qu'on ne les mérite , empêche aussi d'ordinaire qu'on ne les estime , et même qu'on y ajoute foi. Combien de gens, d'ecclésiastiques même et de religieux , jugent incroyables certains faits qu'on lit dans l'histoire des saints , dés que ces faits sortent des bornes ordinaires ! C'est que jamais ils ne sentirent rien qui en approchât , même de bien loin ; comme si Ton voulait donner une idée du Louvre ou de Versailles , à un sauvage qui n'a jamais vu que sa cabane et son désert. Un peu plus de vraie abnégation , bientôt on changerait d'avis. On commencerait par dire : Je n'y saurais atteindre ; mais je les respecte , je les crois. Peut-être avec le temps ajouterait-on : T'en ai assez d'expérience pour leur

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