PREMIÈRE PARTIE
sacrifier volontiers les plaisirs du monde , et les acheter au prix de toute ma liberté.
TROISIÈME POINT
A quels danyers expose l'infidélité volontaire.
Au danger de perdre , et la grâce actuelle , et la grâce même sa activante.
1.° La grâce actuelle, jusqu'à n'en avoir bientôt presque plus. Faire valoir une grâce présente, c'est en attirer une seconde ; la deuxième en attire une troisième, et ainsi par degrés. Au contraire , en négliger une , c'est en perdre une autre , jusqu'à ce qu'insensiblement , on se trouve comme réduit à rien. La parabole des talens explique nettement la chose. Omni habenti dabitur , et abundabit ; ab eo autem qui non habet , et quod habet auferetur ab eo (1) • A celui qui a , on donnera davantage , et il sera dans l'abondance ; mais à celui qui n'a presque rien , par sa faute , on lui ôtera même ce qu'il a. Et ce jugement est-il obscur , mystérieux, ou ne marque-t-il pas une grande injustice ? Nous le méditerons ailleurs et plus d'une fois. Qu'on soit fidèle ou infidèle, huit ou quinze jours de suite, on verra déjà du changement en bien ou en mal.
2.° Danger de perdre la grâce, même sanctifiante. Car l'infidélité conduit, par voie de punition et de disposition, au péché véniel, comme nous avons dit que le péché véniel conduit au mortel.
Mais les péchés mortels qui viennent à la suite d'une longue infidélité , sont bien plus dangereux que ceux qui peuvent échapper dans la chaleur
(i) Luc. 19, 26.
d'une passion ; et de là vient ce qu'enseignent les maîtres de la vie spirituelle, que cette infidélité est quelquefois plus à craindre qu'un péché énorme. Comment cela ?
Deux hommes se peuvent trouver dans une cave profonde et obscure , en deux manières ; Tun y tombe comme dans un gouffre , par l'ouverture de la terre qui manque sous ses pieds ; l'autre y est descendu insensiblement et par degré , jusqu'à ce qu'il fût arrivé au bas. Le premier , étourdi de sa chute, pousse des cris lamentables : on peut aller à son secours ; ou bien , revenu à lui-même , il cherche par ou il pourra remonter. Le second s'est accoutumé , en descendant , à perdre la lumière ; il croit qu'il ne tiendra qu'à lui de retourner en haut quand il voudra ; il ne se presse pas , il n'appelle personne.
De même, après un péché mortel de passion, on a peu de paix jusqu'à ce qu'on se soit réconcilié. Mais le péché auquel préparent de longues infidélités, n'étonne pas ; à peine sent-on qu'on est tombé ; on ne veut pas s'en apercevoir. Ceci suffit - il pour faire craindre l'infidélité P
Nous voici donc revenus aux résolutions de la méditation de la fin de l'homme. Nécessité d'être à Dieu , tout à Dieu , toujours à Dieu , de crainte de s'écarter de sa fin jusqu'à se perdre. La parfaite espérance du salut même dépend de là. Une seule chose dont il faut avertir ici , c'est de prendre garde que le soin de se rendre fidèle à la grâce , ne jette dans le trouble.
Le trouble pourrait être de deux sortes : se peiner trop dans la recherche des choses où il faut delà