PREMIÈRE PARTIE
on mourra ; mais si Ton a mal vécu , cela peut-il être que très-incertain ? Or , contre ces risques les plus communs , qui pourra nous rassurer ? Une grande, une parfaite , une constante ferveur au service de Dieu. La grâce de la persévérance ne se peut mériter , mais elle peut s'obtenir , suppliciter emereri. Qui pourra se reprocher une vie tiède et habituellement lâche et négligente , aura pour lors de longs et de tristes momens , et il méritera bien de les avoir. Ce qui se passe aux approches de la mort, on ne le sait pas toujours ; mais Dieu permet qu'on le sache quelquefois. On raconte d'un jeune religieux, que, peu de momens avant d'expirer, on le vit dans une grande agitation ; on eût dit que du bras il repoussait quelqu'un qui l'importunait. On l'entendait prononcer à voix basse, mais avec beaucoup de vivacité , ces deux mots : fou , sage , qu'il répétait sans cesse, à la manière d'un homme incertain et chancelant , puis répétant quatre fois de suite , non , non , non , non , il ajouta : Non , mon Dieu , non , xotre folie est sagesse. Un instant après il expira. Peut-on douter que ce ne fût là une violente tentation qu'il eut contre la foi , ayant été élevé autrefois dans des sentimens contraires à la religion catholique ?
Nous avons , dans la vie des Pères , l'histoire de ce religieux , qui , étant près de mourir , semblait disputer contre quelqu'un qui l'accusait. Quelquefois il paraissait assez bien répondre ; d'autres fois aussi il se reconnaissait coupable, et n'attendait de grâce que de la miséricorde de Dieu.
Il y a une espèce d'irréligion à faire peu de cas de ces sortes d'histoires. Elles sont édifiantes et ont
pour auteurs des saints que nous devons respecter.
Mais un homme, en cet état, s'il n'avait pas vécu en véritable religieux, n'eût-il pas dû craindre qu'en ce moment décisif , retournant vers Dieu pour implorer sa miséricorde , Dieu ne lui répondît : Allez à ceux que vous avez consultés et que vous avez aimés plus que moi : où sont-ils ? Qu'ils viennent me répondre pour vous ou avec vous. Ils vous décideront dans vos doutes, vous rassureront dans vos craintes , vous fortifieront dans votre imperfection. Avez-vous oublié leurs principes ? Non : non, Dieu n'est pas si terrible , disaient-ils , son jugement n'est pas si rigoureux qu'on l'imagine. Ubi sunt DU eorum in quibushabebant fiduciam (1)P... Surgant, et opitulentur vobis, et in necessitate vos protegant (2).
Apprenons donc qu'il n'y a que Dieu seul sur lequel il faille compter. Nous tomberons dans ses mains : personne ne pourra nous en arracher : heureux si nous trouvons , au lieu d'un juge irrité, un Dieu plein de miséricorde ! Videte quod ego sim soins et non sit alius Deus prœter me... Et non est qui de manu meâ possit eruere (3). Ayez pour ami, ame fidèle , celui qui , lorsque tout le monde vous abandonnera, ne vous quittera point, et ne souffrira pas que vous périssiez éternellement. Illum dilige, et amicum tibi rétine qui , omnibus recedentibus , te non relinquet , nec jiatietur in fine perire (4). C'est votre père, votre frère, votre époux ; mais ne vous prévalez pas. Aimez - le, servez-le comme il vous a servi , comme il vous a aimé.
(i) Dent. 3a , 37.— » Ibid. v. 38.— (3) Ibid.te, 3g. (4) De rimit. Iiv. 2 , chap. 7.